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Accueil > Netsources > Quand les moteurs se diversifient

Netsources, Numéro de Mars-Avril 2005 - n°55


Quand les moteurs se diversifient

Il y a déjà plusieurs mois que les moteurs semblent avoir choisi comme devise “il n’y a pas que la recherche sur le Web dans la vie”... Géolocalisation, personnalisation, recherche de vidéos, services d’e-mails, recherches sur PC... Il ne se passe pas de semaines sans que les moteurs n’annoncent de nouveaux services, élargissant toujours davantage les frontières de leurs domaines... Il nous a donc semblé utile de faire ici un récapitulatif des dernières nouveautés annoncées, pour tenter de mieux cerner les grands axes de développement des moteurs de recherche.

Auteur : Béatrice Foenix-Riou

 

FIDELISER LES INTERNAUTES PAR DES SERVICES PERSONNALISES


Si Google bénéficie aujourd’hui d’un capital sympathie rarement rencontré chez les outils de recherche, il n’en est pas moins vrai qu’une place de leader chez les moteurs n’est jamais immuable... Il suffit pour s’en convaindre de se remémorer la triste histoire d’AltaVista, moteur pionnier et coqueluche des internautes en son temps, qui ne représente plus aujourd’hui que 0,6 % du trafic généré par les outils de recherche francophones... (source : barometre Xiti-1ere position)

Il n’est donc pas étonnant que Google enrichisse constamment son offre, pour fidéliser sa clientèle ; pour se faire, l’une des stratégies les plus sûres est de lui proposer des services personnalisés, qui la rendront captive.
Le moteur a donc lancé le 20 avril dans ses laboratoires le nouveau service (en version bêta) My Search History.

My Search History de Google.com : un service basique


Celui-ci permet en fait de conserver un historique de toutes les recherches effectuées sur Google.com et de toutes les pages consultées. Il suffit pour en bénéficier de créer un compte Google, en indiquant son adresse email et en choisissant un mot de passe. Une fois enregistré, le service sauvegarde automatiquement toutes les recherches et les conserve dans un historique, accessible depuis le lien My Search History offert en haut et à droite de l’écran.

Les recherches y sont classées par ordre chronologique avec, pour chacune, la requête posée et les pages consultées (avec leur URL) ; néanmoins, lorsque les pages ont été visualisées via leur version Cache, elles n’apparaissent pas dans l’historique...
Les requêtes pour lesquelles aucun résultat n’a été cliqué figurent en dessous, sous la mention Searches with no clicked results.
Il est possible de faire une recherche par mots sur l’historique, c’est-à-dire sur les listes de résultats et sur le contenu des pages consultées ; on peut également supprimer de l’historique les requêtes ou pages de son choix.

Pour le moment, le service ne semble fonctionner que pour des recherches effectuées sur Google.com, ce qui est pour le moins restrictif ; on peut néanmoins penser qu’il sera prochainement proposé, au minimum, sur les autres interfaces du moteur.
www.google.com/searchhistory/

Avec Google History, Google entend certes offrir à ses clients un service qui les rendra peut-être “dépendants”, mais il tente surtout de ne pas se laisser distancer sur ce sujet par les offres – relativement proches – de Yahoo!, AskJeeves et A9, le moteur d’Amazon.

My Yahoo! Search de Yahoo! : des options innovantes


Yahoo! a réagit promptement au lancement de Google History en annonçant dans son blogue, le 26 avril, que des améliorations notables avaient été apportées à son service My Yahoo! Search.

Rappelons que ce dernier – nettement plus performant que l’historique de Google – permet aux utilisateurs, au fil de leurs recherches sur le Web, de sauvegarder des pages, de les annoter, de les partager (en les envoyant par mail) ou d’interdire leur affichage (voir Netsources n°52).

L’ensemble des pages et requêtes sauvegardées est accessible depuis un lien My Web ; on peut les classer dans des catégories que l’on aura créées préalablement, lancer des requêtes sur leur contenu, etc.

Parmi les améliorations  apportées fin avril au service, on signalera :
- l’ajout de la copie “En cache” de la page sauvegardée (My Saved Copy), et non plus seulement du lien vers la page Web ;
- la possibilité d’importer ses signets ;
- la possibilité de publier les liens de My Web via RSS, grâce à l’interface API for My Web ;
- l’intégration de My Web à la Yahoo! Toolbar.

Si la publication RSS des pages sauvegardées est à notre avis de moindre intérêt, l’intégration au sein de la  Toolbar s’avère en revanche très judicieuse.
Elle permet en effet de sauvegarder de façon extrêmement simple – il suffit de cliquer sur le bouton Save to My Web – les pages ou listes de résultats de son choix, qu’elles aient été obtenues depuis Yahoo! ... mais aussi depuis n’importe quel autre site ! Quand Google réserve son service aux seuls utilisateurs du Google.com, Yahoo! propose le sien à tous les internautes et compte bien ainsi séduire des Googlemaniaques...
Un plus incomparable qui place ce service loin devant ses concurrents.

D’autant que la Yahoo! Toolbar fonctionne avec les navigateurs Internet Explorer et Firefox et que ce dernier navigateur permet – fait suffisamment rare pour être salué – d’installer la Toolbar sur les Macintosh, jusqu’ici privés de barres d’outils...

GOOGLE MAPS : EXTENSION GEOGRAPHIQUE ET IMAGES SATELLITES


Nous avions présenté dans le n°54 de Netsources l’outil Google Maps, qui permet de localiser de façon très conviviale des services dans une ville (aux USA ou au Canada), que ce soient des pizzerias à San Francisco ou des hôpitaux à Montréal ; cet outil, désormais intégré à Google Local, a depuis rejoint les onglets offerts au-dessus de la zone de saisie (Web, Images, News, Local...), sur l’interface internationale du moteur.

Poursuivant sa politique d’enrichissement de ses services, Google a récemment ajouté la possibilité d’afficher, à la place d'une carte donnée, une photographie du lieu prise depuis l'espace, par des satellites d'observation. Et si les images satellites font rêver les voyageurs, elles sont aussi susceptibles d’intéresser les professionnels de l’intelligence économique, pour de toutes autres raisons.

Comme le montre par exemple le blogue Google Sightseeing (www.googlesightseeing.com) – qui propose des images surprenantes obtenues via Google Maps –, elles peuvent offrir des informations détaillées sur des des navires, des centrales nucléaires (voir San Onofre, ci-dessous), etc.

Même s’il semble que certaines photos ne soient pas à jour (dans son blogue www.dsi-info.ca, Marc Duval signale qu’un magasin existant depuis 2 ans au Canada n’apparaît toujours pas sur les images...), Google prend ici de l’avance sur ses concurrents – et notamment sur Yahoo! Local  (voir Netsources n°52) – en matière de géolocalisation.

D’autant que la couverture de ce service est amenée à s’étendre. Ainsi, Google Maps couvre depuis peu le Royaume-Uni (http://maps.google.co.uk), où il permet – comme pour les Etats-Unis – d'obtenir une carte routière détaillée d'un endroit (Glasgow ou Paddington Station), de localiser des entreprises (pizza Birmingham), ou d'obtenir de façon très détaillée un itinéraire entre deux points. En revanche, les images satellites ne sont pas – encore ? – proposées. On attend avec impatience la disponibilité de ce service pour le reste de l'Europe...

OPERATEUR DEFINE : A MANIER AVEC PRECAUTION


C’est en octobre 2003 que Google avait lancé – sur son interface internationale uniquement – l’opérateur define:, qui permettait d’identifier les pages issues de glossaires et autres dictionnaires fournis-sant les définitions d’un mot donné.

Une requête avec define:benzene obtenait ainsi une page de résultats offrant une trentaine de définitions, telles que :
Definitions of benzene on the Web:
* Colorless liquid hydrocarbon C6H6, with one ring of carbon atoms. Made from coal tar and by catalytic reforming of naphthyenes, it is used in the manufacture of phenol, styrene, nylon, detergents, aniline, phthalic anhydride, biphenyl, nitrobenzene, chlorbenzene; as a solvent; and as a component of high-octane gasoline.
www.chevrontexacoursa.com/glossary/b.html

Depuis début avril, cette fonctionnalité a été étendue à de nombreuses autres langues telles que le français, l’allemand, l’italien...

Si cette astuce peut être utile pour identifier quelques définitions sur un sujet donné (ex.: define:“agents intelligents”), elle est néanmoins à manier avec précaution.

Car les pages “sources” peuvent certes être issues de dictionnaires et autres encyclopédies, mais aussi de sites personnels pour le moins farfelus. Jean Véronis le démontre parfaitement dans son billet “La femme selon Google”, avec l’exemple “define:femme”* ...

On remarquera que pour le même service, Yahoo! a choisi une politique opposée, à savoir que les réponses à une question comme “define benzene” (sans le symbole “:”) sont tirées exclusivement d’une source : The American Heritage® Dictionary.
Ce service fonctionne pour le moment uniquement depuis Yahoo.com, pour des mots en anglais.

MULTIMEDIA : TOUJOURS PLUS


Nous avions présenté dans le dernier numéro de Netsources les récents développements des moteurs en matière de recherche de fichiers vidéos.

Les trois principaux moteurs avaient en effet pris pied sur le secteur du multimédia, en proposant respectivement :
- un module permettant d’identifier les fichiers vidéo disponibles sur les pages Web de son index (Yahoo! Video) ;
- une indexation des programmes TV récents de certaines chaînes américaines (Google Video) ;
- la possibilité de télécharger des clips, pour les récupérer sur des baladeurs vidéo (MSN Video).

Comme l’on pouvait s’y attendre, ces annonces n’étaient que les prémisses d’une offre à venir plus complète.

Yahoo! : entre musique et vidéo


Ainsi, Yahoo! a annoncé il y a quelques jours le lancement officiel du moteur  Yahoo! Video Search 1.0, jusqu’alors en version bêta. Outre l’identification des fichiers disponibles dans les pages de son index, ce module permet désormais de retrouver des vidéos fournies par des éditeurs de contenus partenaires, tels que Bloomberg, Reuters, CB News, Discovery Channel, MTV, Buena Vista, etc.
Le moteur indexe également les archives Moving Images du site Internet Archive (voir Netsources n°47), qui contiennent notamment 48 000 “ephemeral films” de la collection Prelinger, les vidéos disponibles sur Open Source Movies...

Mais Yahoo! ne compte pas s’arrêter là. D’après Cnet.com**, le moteur développerait actuellement un outil de recherche, capable de localiser des fichiers audio sur le Net, pour permettre leur téléchargement.

Ce Yahoo! Music – qui pourrait être disponible d’ici deux mois – permettra de lancer une requête à partir du nom d’un artiste ou du titre d’une chanson. Il sera alors en concurrence directe avec des sites tels Singingfish, GoFish ou MP3.com et permettra sans nul doute à Yahoo! de prendre une avance décisive en matière de recherche multimédia... 

Google mise sur l’hébergement


Tout comme Yahoo!, Google cherche à enrichir le contenu de son offre video. Si des partenariats avec d’autres chaînes TV sont annoncés, le moteur a décidé d’étoffer d’ores et déjà son index ... avec les vidéos des internautes.
Il propose pour se faire le service Google Video Upload Program – en version bêta –, qui permet à tout un chacun de télécharger aisément ses fichiers, grâce au logiciel Video Uploader.

Après acceptation par Google du fichier – le moteur vérifie que les documents ne sont pas en contradiction avec la loi –, les vidéos seront hébergées gratuitement sur Google Video, quels que soient leur poids ou leur durée. Tous les formats sont acceptés (mpg, mpeg, avi, ra, ram, mov, wmv, asf). Mais Google va plus loin : il permettra aux internautes qui le souhaitent de faire payer le visionnage des œuvres. Dans ce cas cependant, Google se rémunèrera à hauteur de 30 % du chiffre d’affaires généré.

Pour le moment, Google est dans la phase de collecte des œuvres. Dans un second temps, les vidéos téléchargées et acceptées seront ajoutées au programme Google Video, et pourront donc être recherchées, visualisées et/ou achetées.
https://upload.video.google.com/

Ces quelques exemples – parmi d’autres – montrent que les moteurs de recherche voient désormais bien plus loin que la “simple” recherche d’information sur le Web. Espérons que cette diversification ne nuira pas à la qualité de la recherche même, qui demeure – du moins pour les professionnels de l’information – la fonction première de ces outils...

 

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