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Netsources, Numéro de Juillet-Août 2005 - n°57 Quand les moteurs jouent aux cartesLe dépouillement des résultats sur un moteur de recherche est souvent fastidieux et il n’est pas toujours aisé d’appréhender rapidement le contenu des pages identifiées, leur pertinence, etc. C’est peut-être pour cela que la plupart des netsurfers se limitent à la lecture de la première page de réponses !
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Auteur : Béatrice Foenix-Riou |
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Pour aider l’internaute dans cette interprétation, certains moteurs ou métamoteurs – tels Exalead, Vivisimo – offrent la très utile fonction des “termes associés”, qui liste en fait les principaux mots composés et expressions apparaissant le plus souvent dans les pages pertinentes (voir Netsources n°49). C’est là une aide appréciable, qui justifie à elle seule l’emploi de ces outils. D’autres ont choisi des approches différentes pour guider les visiteurs dans leur lecture des réponses. Plutôt que d’afficher une liste linéaire de résultats – même agrémentée des précieux termes associés – ils présentent ces derniers sous forme graphique, afin de leur “donner du sens” ; ils espèrent ainsi permettre aux utilisateurs de reconnaître ou de découvrir des tendances, des concepts ou des similarités dans les informations, qui les aideront dans leur sélection. Ainsi, le métamoteur français Kartoo, lancé en 2001 (voir Netsources n°31), affiche les résultats sous la forme de cartes, dans lesquelles les sites trouvés sont représentés par des pages plus ou moins grosses selon leur pertinence ; des mots et expressions connexes apparaissent à la fois sur la carte et dans une colonne sur la gauche de l’écran, et aident à affiner la requête. Plus récemment, d’autres outils ont fait leur apparition ; on trouvera dans les pages qui suivent la présentation de quelques initiatives originales. GROKKER.COM : JE GROKKE, TU GROKKES, NOUS GROKKONS...La société californienne Groxis a développé fin 2003 un logiciel (payant) permettant de cartographier les résultats de différents moteurs. Sans doute pour offrir une meilleure visibilité à son produit, elle a lancé sur le Web en mai 2005 un site en accès libre – www.grokker.com – qui propose une représentation graphique des résultats issus de Yahoo! Si la page d’accueil de Grokker offre, classiquement, une zone de saisie pour indiquer les termes de sa recherche, la page de résultats en revanche est des plus originales. L’outil envoie en effet la requête à Yahoo! et construit sa carte à partir des 160 premiers résultats du moteur – on notera que le logiciel (payant) myGrokker utilise pour sa part 2 000 résultats par question et peut interroger Google, Amazon... Une fois la requête lancée sur Grokker.com, on obtient un écran affichant, dans une colonne sur la droite, les liens sponsorisés de Yahoo! ; les résultats du moteur quant à eux sont “clusterisés” par Grokker dans des rubriques et sous-rubriques, une même page Web pouvant être classée dans plusieurs catégories. Ces catégories sont représentées, dans la partie centrale de l’écran, par des cercles de tailles et de couleurs différentes, comprenant d’autres cercles et offrant au final des carrés, correspondant aux pages Web sélectionnées. On peut aussi personnaliser l’outil (option “show tools”) et représenter catégories et résultats sous forme de carrés. Ces catégories sont définies de façon automatique par Grokker – un peu à la manière des expressions connexes d’Exalead –, mais les résultats sont bien meilleurs pour des requêtes en anglais qu’en français. Ainsi, une recherche sur “competitive intelligence” offre les grands cercles business intelligence, competitive intelligence professionals, market research, internet intelligence... quand “veille” affiche veille stratégique, veille concurrentielle, mais aussi sur le, sur les... A partir de la page de résultats, on navigue alors en cliquant sur les cercles, afin d’explorer leur contenu. Un clic sur un cercle agrandit ce dernier, de façon à rendre lisible les rubriques qu’il contient. Et lorsque l’on glisse le curseur sur le carré final – représentant la page Web – on obtient une petite fenêtre indiquant le nom de la page, un extrait pertinent, la date de mise à jour, le nom de domaine du site auquel elle appartient, le type de site (commercial, à but non lucratif...), le format (html...) et enfin le classement de la page dans les résultats de Yahoo (de 1 à 160). Un clic sur le carré affiche ces mêmes informations dans la colonne à droite de l’écran, avec en plus une vignette de la page et un lien hypertexte. Mais Grokker ne s’arrête pas là et c’est ce qui fait toute son originalité. Il offre en effet plusieurs options astucieuses. En cliquant sur le bouton Show Tools, dans le bas de l’écran, on affiche divers outils, permettant notamment : - de lancer une recherche par mots sur les descriptions des pages (Find within the map) ; au fur et à mesure de la saisie des lettres, la carte s’épure pour ne laisser que les pages qui contiennent le mot dans leur titre ou leur description ; - Date is after : un curseur propose d’affiner la sélection pour ne garder que les pages créées ou mises à jour après une date donnée ; - Yahoo! Rank : grâce à un curseur, on peut alors restreindre l’affichage aux x premières pages de Yahoo!, selon leur classement par popularité (avec un maximum de 160 résultats affichés) ; - les boutons Layout et Color permettent quant à eux de changer la couleur du fond de carte (noir ou blanc) et la forme des catégories (cercles ou carrés) ; - enfin, et c’est là une fonctionnalité fort utile, il est possible de personnaliser sa carte : on peut tout aussi bien créer une nouvelle catégorie – un clic droit de la souris affiche les options Create et Delete –, que redisposer la carte à son gré, en changeant l’emplacement des catégories, sous-catégories et pages (par de simples glisser/déposer), ou encore renommer ou supprimer des catégories ou des liens. Complément indispensable de la personnalisation, il est possible d’enregistrer sa carte : le lien Email your Grokker Map envoie alors à l’adresse mail indiquée un lien donnant accès à la carte sauvegardée. Cette dernière est conservée 15 jours. UJIKO.COM : AUX COMMANDES DE LA NAVETTEPetit frère de Kartoo, le moteur Ujiko.com – qui utilise, comme Grokker, les résultats de Yahoo! – a été lancé en avril 2004 et se caractérisait alors par ses options de personnalisation. Tout en gardant cet axe, la société clermontoise Kartoo a totalement modifié l’interface du moteur, pour présenter en juin dernier une version au look résolument futuriste... Dans une ellipse parfaite pouvant symboliser le tableau de bord d’une navette – explorant le cyberespace bien sûr ! –, Ujiko trie les résultats de Yahoo! et les classe non plus par pertinence mais par thématiques, de façon circulaire et intuitive. Chaque page affiche douze résultats, dont deux maximum peuvent être sponsorisés. Les thèmes s’inscrivent dans le centre de l’écran ; ils peuvent être colorés et associés à des briques de couleur. En glissant le curseur sur ces thèmes, on visualise alors en surbrillance les résultats auxquels ils sont associés ; en cliquant sur l’un des thème, on relance la recherche en rajoutant ce mot à la requête initiale. Lorsque l’on glisse le curseur sur l’un des résultats, on affiche dans le centre de l’écran la vignette de la page avec un extrait pertinent et l’URL. Certes, cette présentation plutôt ludique des résultats est originale et le classement par thèmes mérite que l’on s’y intéresse ; mais hormis ces aspects graphiques, il n’y a guère ici de réelle nouveauté ; l’innovation est ailleurs, et plus spécialement dans les options de personnalisation proposées. Ainsi, lorsque l’on clique sur le dessin de page situé près de chaque résultat, on affiche deux icônes dans le centre de l’écran : un cœur, qui permet de mémoriser les sites pour les afficher en tête de liste lors de recherches ultérieures sur les mêmes thèmes et une poubelle, qui propose à l’inverse de supprimer les résultats “parasites” lors de recherches futures. Ces deux fonctions, déjà offertes par la première version d’Ujiko, permettent au moteur “d’apprendre” les préférences de l’internaute et constituent peut-être une voie d’exploration à suivre pour les outils de recherche. Mais le point sans doute le plus déroutant est qu’Ujiko évolue avec l’expérience de l’utilisateur. Lorsque le netsurfer clique sur des liens présentés par Ujiko, il se voit attribuer des “points” (1 point par page vue ; 2 points pour les liens sponsorisés) ; au bout de 10 points, il passe automatiquement au niveau supérieur, ce qui lui donne accès à de nouvelles fonctions : recherche dans les news et les vidéos, possibilité de créer des filtres supplémentaires, de classer les résultats dans des favoris, de personnaliser les “skins”, etc. A partir du niveau 10, il peut étendre sa recherche par l'intermédiaire du métamoteur Kartoo.com. Fort heureusement pour lui, un cookie garde en mémoire le nombre de pages qu’il visualise... Il n’est donc pas nécessaire de cliquer sur dix liens par recherche pour accéder au niveau 2 ! Cela étant, on s’étonne d’un tel choix, qui destine résolument Ujiko à une cible grand public... Certes, le système de “niveau à atteindre” pour pouvoir bénéficier de toutes les fonctionnalités est adopté par de nombreux jeux vidéos, car il suscite l’émulation des joueurs ; mais il risque en revanche de rebuter plus d’un professionnel. C’est sans doute pour ne pas les décourager qu’Ujiko affiche désormais les thèmes centraux dès les premières utilisations du moteur, alors qu’ils étaient au départ réservés aux internautes ayant atteint le niveau 2... NEWSMAP : POUR CARTOGRAPHIER LES ACTUALITES DE GOOGLE NEWSMarcos Weskamp est un programmeur et un designer graphique inspiré à qui l’on doit plusieurs réalisations originales, présentées sur son site www.marumushi.com. L’une des dernières, Flickr Graph – qui a remporté les FITC Awards 2005 –, permet ainsi de visualiser les relations sociales qui s’établissent dans le site de partage de photos en ligne Flickr.com, en utilisant un algorithme “d’attraction-répulsion”. Avec une cible cette fois plus professionnelle, Marcos Weskamp a lancé en 2004 NewsMap, une application flash qui fonctionne à partir de l’agrégateur Google News et qui a reçu cette même année le prix Ars Electronica dans la catégorie Netvision. NewsMap utilise la technologie des Treemaps, qui – d’après une définition de l’université de Maryland –“représentent l'information hiérarchisée dans un rectangle en 2D, en utilisant un remplissage maximum de l'espace. C’est une représentation par rectangles récursifs.” (qui peuvent être répétés de façon indéfinie - ndlr). Concrètement, les articles indexés par Google News sont représentés par des rectangles de couleur, dans lesquels on retrouve le titre de l’article. Les couleurs sont attribuées en fonction de la thématique des articles et correspondent aux grandes rubriques de Google News : World, Nation, Business, Technology, Sports, Entertainment, Health. La “luminosité” des couleurs donne une indication sur la date de parution des articles, les plus récents apparaissant dans des couleurs plus vives. La taille des rectangles quant à elle est fonction de l’importance médiatique accordée au sujet dans la presse, c’est-à-dire au nombre d’“articles connexes” indiqué pour chacun par Google. Lorsque l’on glisse le curseur sur l’un des articles, on affiche une fenêtre précisant le titre, la source, le début de l’article et le nombre d’articles connexes – un clic permet alors de s’y connecter. L’intérêt de NewsMap est que l’on peut faire des requêtes croisées, en choisissant à la fois la ou les interfaces de Google News interrogées (Allemagne, Australie, Autriche, Canada, Espagne, Etats-Unis, France, Inde, Italie, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni), mais aussi la ou les thématiques de son choix. On peut également filtrer les résultats selon la date d’indexation des articles. L’application met alors en évidence les différences culturelles qu’il peut exister entre les pays ; elle permet en effet de comparer aussi bien l’importance accordée au traitement de tel ou tel événement, que les thèmes traités en priorité. On découvre ainsi que l’information sportive par exemple bénéficie souvent d’une couverture médiatique plus importante en Italie et en Allemagne qu’en Autriche et au Royaume-Uni, ou que des pays comme l’Espagne et le Royaume-Uni accordent plus d’importance à l’information nationale que l’Australie ou la Nouvelle-Zélande... Bref, comme le dit Marcos Weskamp dans une interview accordée au journal Libération (“Ce qui se trame sous la Toile” - 4 mars 2005), “Parfois, une simple réorganisation visuelle de l’information suffit pour percevoir quelque chose de familier d’une manière totalement nouvelle.” www.marumushi.com/apps/newsmap/newsmap.cfm Bien évidemment, les outils décrits ici ne constituent qu’un maigre échantillon de l’offre disponible. Il en existe de nombreux autres, utilisant diverses technologies et proposés dans toutes les gammes de prix. Leur point commun est d’avoir comme but l’organisation des données, de manière spatiale ou graphique, afin d’aider l’utilisateur à détecter et à synthétiser les “liens invisibles” de l’information. Tout un programme... dont nous parlerons plus en détail dans un prochain numéro. |
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