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Netsources, Numéro de Janvier-Février 2004 - n°48 Yahoo! / Google : fin d'une histoire de désamour |
Auteur : Béatrice Foenix-Riou |
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Lancé sur le Web en 1994 par deux étudiants de l’université de
Stanford, pour les besoins de leurs études, Yahoo! a rapidement
pris son essor pour devenir l’un des outils vedettes du Web. Les
versions nationales de Yahoo! se sont si bien multipliées (il en
existe pour plus de vingt pays dont la France, le Danemark, la
Chine, Hong Kong, la Suède, l’Argentine, le Brésil…), que l’on
parle aujourd’hui de la “galaxie Yahoo!”.
YAHOO! : RETOUR SUR UNE HISTOIRE TOURMENTEETrès vite, l’annuaire a rencontré un succès mérité. En novembre 1997 par exemple, la compagnie annonçait fièrement que d’après Mediamark Research, 63 % des adultes américains connectés à Internet utilisaient Yahoo! et que cette audience était la plus grande jamais enregistrée par un site Web ou un service en ligne ! La même année, la Sofres classait Yahoo! France “site Web français le plus fréquenté”, avec une audience de 45 % … Forcément, ce succès a attiré les annonceurs et les bannières publicitaires ont fleuri sur les pages de l’annuaire... Pour séduire davantage encore les visiteurs, l’équipe de Yahoo! n’a pas hésité à multiplier accords et partenariats, afin d’élargir les services offerts : achats de livres, disques et vidéos, service d’e-mail, galeries commerciales, banque en ligne, actualités, agenda, pages jaunes, enchères en ligne, service de voyage, petites annonces... Un plongeon dans la lecture des premiers communiqués de presse de l’entreprise est à ce titre riche d’enseignements : les annonces concernant le commerce électronique y occupent une place royale. Cela étant, ce choix ne semble pas avoir déplu aux internautes, puisque Yahoo! est resté le premier outil de recherche utilisé aux Etats-Unis en 1998 (48,6%) et en 1999 (64,7%). Dans le même temps et pour offrir un service aussi complet que possible aux utilisateurs – et répondre par conséquent aux questions généralistes comme aux requêtes très pointues –, l’annuaire Yahoo! a conclu rapidement un partenariat avec un moteur, aux termes duquel la requête de l’internaute était lancée sur l’index du moteur quand – et seulement quand – aucun résultat n’était obtenu sur Yahoo!. Un premier contrat fut signé avec Altavista en juin 1996. A la suite de quoi Yahoo! quitta AltaVista pour Inktomi en mai 1998. Décidément volage, il abandonna Inktomi pour Google en juillet 2000. C’est à partir de cette époque que la cote de Yahoo! a diminué, l’annuaire ayant en quelque sorte introduit le serpent en son sein… Les résultats de Google fournis par Yahoo! ont en effet propulsé le moteur sur le devant de la scène et ce dernier, dont la page d’accueil était aussi dépouillée que celle de Yahoo était surchargée, a vu croître sa notoriété et son audience. Google a grignoté des parts, grignoté des parts … et ce qui devait arriver arriva... Début 2002 (source NetBooster-Weborama), Google séduisait 40 % des internautes français qui passaient par un outil de recherche, quand Yahoo.fr chutait à 21,62 %. Devant une telle concurrence, Yahoo! a forcément hésité à reconduire le partenariat avec Google, qui arrivait à échéance en juin 2002. Il a reporté sa décision à septembre et a finalement décidé, à la surprise générale, de poursuivre l’aventure avec Google, mais sans lui jurer fidélité. A la suite de quoi … il a annoncé en décembre 2002 qu’il rachetait Inktomi ! A cette date, l’annuaire Yahoo! s’était depuis belle lurette transformé en portail. La page d’accueil surchargée faisait la part belle au commerce électronique, limitant l’annuaire à sa plus simple expression, dans le quart inférieur gauche de la page. Puis, de façon incompréhensible – et à notre avis suicidaire – il a lancé une nouvelle interface de l’annuaire qui affichait directement, en réponse à une requête par mots, une liste de pages Web fournie ... par Google (voir Netsources n°41). Sans doute jaloux du moteur, Yahoo! cherchait à lui ressembler, quitte à perdre son âme et sa raison d’être. 2003 : L'ANNEE DE TOUS LES POSSIBLESLes débuts 2003 ont été difficiles pour Yahoo!, qui a vu son audience continuer de décroître. Il faut dire qu’obtenir – sans le savoir – les résultats d’un moteur, lorsque l’on pense effectuer une recherche sur un annuaire, peut désorienter les internautes les plus expérimentés ! D’après le baromètre 1ère Position / Xiti, Google enregistrait en France, en février 2003, 56,75 % d’audience quand Yahoo!, pourtant en 2ème position, était descendu à 14,77 %... La progression de Google s’est confirmée tout au long de l’année (68,22 % en janvier 2004), quand le déclin de Yahoo! s’est, malheureusement, confirmé tout aussi bien (9,97 % en janvier 2004). Yahoo! se devait donc de réagir, s’il ne voulait pas tomber dans les oubliettes du cyberespace, suivant le chemin déjà emprunté par AltaVista... Le moins qu’on puisse dire est qu’il a réagi. En juillet 2003, Yahoo! a en effet annoncé qu’il rachetait Overture – le spécialiste des liens sponsorisés –, pour 1,63 milliard de dollars (voir Netsource n°44). Cette acquisition lui a permis de disposer – en complément du moteur Inktomi, racheté six mois plus tôt – : - de la technologie des liens sponsorisés d’Overture et de son portefeuille de 88 000 annonceurs ; - de la technologie des deux moteurs AlltheWeb et AltaVista, rachetés par Overture en février 2003 (voir Netsources n°42). Avec de telles richesses dans ses tiroirs, Yahoo! pouvait se préparer à contrer efficacement le ténor actuel de la recherche sur le Net – Google – et son concurrent déjà annoncé : le prochain moteur de recherche de Microsoft... Grâce à l’intégration d’Overture et au rebond de la publicité en ligne, l’année 2003 a été exceptionnelle pour Yahoo! : - pour l’année 2003, l’annuaire annonce en effet des revenus de 1 625,1 millions de dollars – dont 663,9 millions, soit 40,8 %, ont été réalisés au quatrième trimestre –, contre 953,1 millions de dollars pour l’année 2002, soit une croissance de 71% ; - le résultat d’exploitation quant à lui a connu une augmentation de 234 %, passant de 88,2 millions de dollars en 2002 à 295,7 millions en 2003 ; - mais c’est en matière de bénéfices nets que la croissance est la plus spectaculaire. Ceux-ci s’élèvent en effet, pour l’année 2003, à 237,9 millions de dollars, soit une augmentation de 456 % (!) par rapport à 2002 (42,8 millions de dollars). D’après Terry Semel, le CEO de Yahoo!, “les performances du quatrième trimestre complètent une année de croissance phénoménale et représentent les meilleurs résultats trimestriels de l’histoire de Yahoo!”... Comme l’on peut s’en douter, ces bons résultats sont dûs pour l’essentiel aux revenus des services marketing : liens sponsorisés et bannières publicitaires ; ils représentent en effet 73,8 % des revenus de Yahoo!. 18 FEVRIER 2004 : LE DIVORCE EST PRONONCEFort de ses résultats financiers, Yahoo! a pu envisager la rupture avec Google. Le 18 février 2004, il a brutalement cessé d’utiliser l’index de Google – sur sa version internationale uniquement – lors d’une recherche par mots. Yahoo! Inc. utilise désormais son propre algorithme de recherche (Yahoo! Search Technology – YST pour les intimes), sur son propre index, dont la taille n’a pas été révélée. Quelques tests semblent montrer que les index de Yahoo et de Google sont d’une taille “comparable”, sans qu’il soit possible d’en dire plus pour l’instant. En revanche, il est intéressant de noter que YST indexe le texte intégral des pages avec une limite maximale de 500 ko par page, quand la limite maximale de Google est de 101 ko… Le moteur est pleinement accessible depuis l’interface Search de Yahoo! (search.yahoo.com, voir Netsources n°43), interface qui a la grande qualité d’être dépouillée et dédiée à la recherche, sur différents modules bien identifiés (Web, Directory, News, Images..). La version française de cette interface (search.yahoo.fr, voir Netsources n°45) devrait, de la même façon, basculer – pour la recherche sur le Web – de l’index de Google à l’index de Yahoo! dans les semaines qui viennent. Les possibilités de recherche – en mode simple ou depuis la grille de recherche avancée – ont comme un air de “déjà vu” et reprennent pour une bonne part les fonctionnalités de Google. La recherche se fait par défaut avec l’opérateur AND, mais il est possible d’utiliser l’opérateur OR, écrit en majuscules. La grille de recherche avancée (Advanced Search) affiche plusieurs zones de saisie permettant de préciser que la requête doit se faire avec tous les mots, la phrase exacte, un des mots et/ou aucun des mots et doit être lancée sur le titre des pages, l’URL des pages ou sur l’ensemble des pages. On peut aussi écrire directement, dans la zone de saisie de l’écran d’accueil, les opérateurs intitle: et inurl: immédiate-ment accolés aux mots-clés, pour limiter la recherche aux titres et/ou aux URLs. La grille de recherche avancée permet d’autre part de restreindre la requête à certains noms de domaine (com, edu, gov, org), à un site particulier (opérateur site:), ou aux documents dans un format spécifique : PDF, Word, Excel, PowerPoint, Text, mais aussi RSS/XML (Really Simple Syndication), utilisé notamment par de nombreux sites offrant des actualités en temps réel. On peut enfin limiter la sélection selon la date de mise à jour des pages (trois mois, six mois, un an), le pays (à choisir dans une liste de 25) ou encore la langue des documents (plusieurs choix à cocher dans une liste de 33 langues). La page de résultats, elle aussi, ressemble étonnamment à celle de Google. Pour chaque page identifiée, on dispose du titre (avec un lien), d’un extrait pertinent dans lequel les mots-clés sont en gras, de l’URL, de la taille (ko) et … de la version Cached, que Google était jusqu’ici l’un des rares à proposer. On dispose donc aujourd’hui d’un nouveau moteur, qui reprend tout ce que l’on aime chez Google (la version Cached, la recherche sur de nombreux formats…), mais qui va plus loin grâce à des spécificités intéressantes. Ainsi, Yahoo! Search Technology tire parti des développements de Yahoo! dans la lutte contre le spam et utilise la technologie SpamGuard, employée plutôt avec succès par son service de courrier électronique. Les déboires qu’a connu Google fin 2003 – avec de nombreuses attaques de spamindexing, qui ont pertubé la pertinence des résultats –, montrent tout l’intérêt d’un tel système de protection… D’autre part, Yahoo! met l’accent sur la personnalisation des services. Au sein d’un espace MyYahoo, l’internaute peut intégrer les possibilités de Yahoo! Search sur des fils d’actualités – qu’il aura lui-même sélectionnés – utilisant le format RSS. Ceci lui permettra de disposer instantanément des titres (avec liens) des articles, dès leur parution. Et ce n'est qu'un début. Yahoo! annonce en effet que le lancement d’YST n’est que le premier d’une série d’innovations ; au cours des prochains mois, les utilisateurs devraient ainsi voir de nouvelles améliorations dans la technologie de recherche, de nouvelles offres de personnalisation… Voilà une bonne nouvelle pour les internautes. Non seulement ils disposent d’un moteur supplémentaire – l’article pp.1-4 a montré tout l’intérêt que ces derniers peuvent avoir – mais le “chouchou” du moment, qui s’était peut-être un peu endormi sur ses lauriers ces derniers temps, va devoir réagir et surveiller (voire améliorer) la qualité de ses services, s’il ne veut pas perdre sa place de premier… En tout état de cause, le monde de la recherche sur le Net va passer d’une situation de quasi-monopole à un marché ouvert à la concurrence, ce qui est bien plus sain. |
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