On pensera notamment à Gallica – la bibliothèque numérique de la
BnF –, Erudit (Collection de revues universitaires de sciences
humaines), Ex Libris, qui propose un accès à des œuvres méconnues
des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, Berkeley Digital Library
SunSITE, Canada's Digital Collections…
Dans cet article, nous présenterons plus particulièrement Gallica
et Europeana, qui ont connu des développements importants au cours
de ces derniers mois.
GALLICA2 : LA NOUVELLE VERSION DE LA BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE DE
LA BNF
On connaissait Gallica ; voici maintenant Gallica2.
Lancée en mars 2008 au Salon du livre, la nouvelle version de
Gallica propose des services élargis et une interface très
conviviale. Pour le moment, les deux interfaces coexistent mais
Gallica2 remplacera définitivement Gallica dans les semaines qui
viennent.
UN ACCES DIRECT A DE NOMBREUSES COLLECTIONS
Gallica2 offre un accès à différents types de documents et supports
: monographies, périodiques, presse, manuscrits, documents sonores,
documents iconographiques, cartes et plans. Mais là où elle se
démarque véritablement de Gallica1, c’est qu’elle n’offre plus
seulement un accès aux collections numérisées par la BnF. La grande
nouveauté concerne l’accès aux collections des partenaires publics
de la BnF (bibliothèques, centre de recherches…), ainsi qu’aux
collections de documents sous droits d’auteurs, proposées par les
partenaires commerciaux de la BnF.
En ce qui concerne les documents des partenaires publics et
commerciaux, ils sont indexés dans Gallica2 mais restent
visualisables sur le site du partenaire. Parmi les partenaires
commerciaux, on citera Numilog, Cyberlibris, Tite-Live, La
Documentation Française, Gallimard, Sofédis… La très grande
majorité des documents proposés par ces sociétés ne sont pas
disponibles en texte intégral, mais l’on peut généralement accéder
à un extrait, puis choisir d’acheter l’intégralité du e-book.
Dans une interview accordée à Libération en février 2008, Bruno
Racine, le président de la BnF, expliquait cette évolution par le
fait qu’il ne croyait pas en “une bibliothèque numérique qui ne
serait que patrimoniale. Il (lui) paraît indispensable qu’elle
s’articule avec la production moderne et contemporaine pour
conserver sa continuité”.
A l’heure actuelle, Gallica2 indexe les notices de plus de 4 000
documents de bibliothèques partenaires et plus de 6 000 de
partenaires commerciaux. Pour les documents numérisés par la BnF et
disponibles en texte intégral sur Gallica2, on notera qu’il y a
plus de 90 000 monographies visualisables principalement en mode
image, plus de 2 400 titres de périodiques, plus de 38 000
documents iconographiques, environ 4 600 cartes et plans, une
dizaine de documents manuscrits et plus de 1 600 partitions de
musique.
EXPLORER LES DIFFERENTS UNIVERS
Les internautes qui ont le temps de flâner sans but précis peuvent
utiliser la rubrique “Explorer” disponible sur la page d’accueil et
naviguer parmi les propositions, pour découvrir un personnage, une
œuvre, un sujet, un lieu ou encore un événement. Dans chaque cas,
Gallica2 fournit une liste de résultats répondant à ces
problématiques : l’occasion idéale pour découvrir des œuvres
méconnues...
On peut aussi naviguer via une série de thèmes (histoire et
géographie, philosophie et psychologie, économie et société..) et
sous-thèmes (services sociaux, droit, économie, science
politique...) puis, à partir de la liste des résultats, affiner la
sélection en limitant par type de document, auteur, date
d’édition...
LA RECHERCHE PAR MOTS
Mais Gallica2 offre aussi la possibilité d’effectuer une recherche
par mots sur les notices, depuis une grille de recherche simple ou
avancée.
La recherche simple, disponible sur la page d’accueil, permet
d’entrer un ou plusieurs mots-clés séparés implicitement par un ET.
La recherche par expression exacte (« ») est aussi disponible.
Depuis la liste des résultats, il est proposé là encore d’affiner
la sélection par type de document, auteur, date d’édition, langue,
thème, provenance, visualisation en mode texte et type
d’accès.
La grille de recherche avancée offre quant à elle un très grand
nombre de champs permettant de préciser sa requête :
auteur/contributeur, titre, texte, table des matières/légendes,
notice, éditeur, ISBN.... Pour chaque champ, il est possible de
choisir “tous les mots”, “au moins l’un des mots” ou “expression
exacte”. Les champs sont ensuite combinables entre eux en
choisissant ET, OU ou SAUF. Notons que la troncature * fonctionne
aussi.
D’autres critères permettent de limiter par date d’édition, langue,
type de document, thème, type d’accès (libre ou sous conditions),
provenance (BnF, bibliothèques partenaires ou e-distributeurs) ou
date de mise en ligne.
Comme c’était le cas lors de la recherche simple on peut, depuis la
liste des résultats, préciser sa requête ou consulter le document
de son choix directement en ligne (en format image ou texte selon
disponibilité) ou bien choisir de le télécharger en format PDF ou
TIFF.
DES SERVICES TRES WEB 2.0
L’un des services sur lequel Gallica2 a véritablement innové est la
création d’un espace personnel. Une fois identifié, on peut accéder
sur la droite de l’écran à différentes rubriques : Mes documents,
Mes étiquettes, Mes préférences, Mes recherches...
La première rubrique permet de conserver des notices et de les
classer en créant une arborescence personnalisée.
La seconde propose de “tagguer” les pages d’un document, ce qui
confère à ce service une touche très Web2.0 et social bookmarking.
Pour ce faire il suffit, lorsque l’on consulte un document en
ligne, d’utiliser l’option “Ajouter une étiquette” sur la droite de
l’écran.
Attention, cette option s’applique uniquement à la page sur
laquelle on se trouve et non à l’ensemble du document. Chaque page
peut ainsi être tagguée avec un ou plusieurs mots-clés. La rubrique
“Mes étiquettes” de son espace personnel permet ensuite de
visualiser l’ensemble de ses étiquettes – sous forme d’une liste ou
d’un nuage de tags – et les pages de documents associées. Un
véritable service de marque-page virtuel.
Autre nouveauté : la possibilité de sauvegarder ses recherches.
Dans l’interface de recherche avancée, on dispose d’une option
“Sauvegarder la recherche” en bas de l’écran. Les recherches
sauvegardées sont ensuite conservées dans son espace
personnel.
Enfin, pour compléter cet ensemble de services, le site propose
plusieurs fils RSS.
Il est possible de s’abonner à différents fils pour connaître les
nouveaux documents (tous les nouveaux documents, les documents en
mode texte, les livres, les images, les périodiques, les cartes,
les manuscrits, les documents, la musique notée), mais l’on peut
aussi s’abonner à une liste de résultats ou à un thème particulier.
Gallica2 a d’ores et déjà rempli ses objectifs : avoir une vocation
plus large en proposant des documents du domaine public mais aussi
sous droits d’auteurs.
Quant au volume de documents disponibles, il ne devrait pas cesser
d’augmenter. La BnF espère être en mesure de mettre à disposition,
en 2010, près de 400 000 documents. On appréciera donc tout
particulièrement cette nouvelle version de Gallica, qui a su
redonner un souffle nouveau à la bibliothèque numérique de la BnF.
Non seulement l’interface est beaucoup plus ergonomique et adaptée
au Web d’aujourd’hui, mais les fonctionnalités et services proposés
peuvent répondre aux exigences d’un public toujours plus large et
diversifié.
EUROPEANA : LA BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE EUROPEENNE A ENCORE DU
CHEMIN A FAIRE...
La bibliothèque numérique européenne, c’est avant tout des années
de projets, de multiples rebondissements, un crash magistral le
jour de son lancement et, au final, un résultat très
décevant.
Tout débute en 2004 lorsque Google lance son projet Google Print
(rebaptisé depuis Google Recherche de Livres) pour la recherche de
livres numérisés. En réaction, Jean-Noël Jeanneney, alors président
de la BnF, publie en janvier 2005 une tribune incisive dans le
journal Le Monde intitulée “Quand Google défie l’Europe”, où il
insiste sur “le risque d’une domination écrasante de l’Amérique
dans la définition de l’idée que les prochaines générations se
feront du monde”. C’est alors qu’un projet de bibliothèque
numérique européenne (BNuE) se met à germer.
En 2006, la Commission européenne intensifie les efforts pour
mettre en ligne la “mémoire de l’Europe”, via une bibliothèque
numérique européenne.
En mars 2007, Jean-Noël Jeanneney, toujours président de la BnF,
présente au public lors du salon du livre le prototype Europeana,
ce dernier représentant la contribution française au vaste projet
de BNuE, en association avec la Hongrie et le Portugal.
En mai 2008, la commissaire européenne Viviane Reding annonce la
fermeture du premier prototype et le lancement, le 20 novembre
2008, de la Bibliothèque numérique européenne, qui reprend le nom
d'Europeana.
Europeana est effectivement mise en service à cette date, mais ce
sera de très courte durée, puisqu’à peine quelques heures après son
lancement, le site doit fermer ses portes en raison d’une trop
grande affluence.
Le site est de nouveau accessible depuis décembre 2008, mais
l’internaute est prévenu d’emblée qu’“Europeana est actuellement en
phase de test” et que “l’utilisation peut ne pas être optimale
durant cette période”. Malgré tout, nous avons voulu y jeter un
coup d’œil.
Affublée d’un logo aux couleurs déconcertantes, composé d’un “e”
stylisé suivi de deux “o” – qui font immanquablement penser aux
initiales “Goo” à l’envers –, d’une pastille “beta” ressemblant à
une scie circulaire et d’un message de prévention
surdimensionné, la page d’accueil est loin d’être la partie
la plus réussie du site.
En ce qui concerne les documents disponibles, on sait qu’Europeana
propose 2 millions de documents (images, textes, sons et vidéos),
provenant des bibliothèques nationales et de plus de 1 000
institutions culturelles des 27 pays de l’Union européenne.
De nombreuses institutions alimentent donc le service, parmi
lesquelles on peut citer la British Library, la BnF, l’INA, la
Bibliothèque nationale du Portugal, le Rijksmuseum au Pays-Bas ou
encore la bibliothèque de l’université d’Heidelberg en Allemagne.
Mais dans les faits, plus de la moitié des documents ont été
fournis par la France et seulement 1 % par l’Allemagne, 1,4% par
l’Espagne, 7% par la Suède et 10 % par le Royaume-Uni. Autant dire
qu’on est encore loin d’une bibliothèque européenne.
Venons-en maintenant à la recherche. Outre une simple zone de
saisie constituant la recherche simple sur l’écran d’accueil, on
dispose d’une grille de recherche avancée, infiniment plus basique
que celle de Gallica2.
La grille offre en effet trois zones de saisie disposant des champs
“N’importe quel champ”, “Titre”, “Créateur”, “Date” et “Sujet”. Les
trois zones peuvent ensuite être reliées par un ET, OU ou SAUF.
La liste de résultats est composée de cinq onglets : Tout, Textes,
Images, Vidéos et Sons. Sur la gauche, on peut également affiner la
recherche par langue, pays, date, fournisseur et type. Cela
fonctionne plutôt bien et mérite donc d’être noté.
Le résultat se veut très visuel avec une image associée à chaque
document (une photo, l’image de la couverture d’un livre, d’une
page). L’idée est bonne sauf lorsqu’il n’y a pas d’image associée ;
dans ce cas, on voit en lieu et place de l’image d’affreux
rectangles fluorescents.
On notera aussi l’existence d’un espace personnel appelé “Mon
Europeana”.
Malheureusement, il n’est pas encore accessible. Dans l’avenir, on
pourra y sauvegarder sa recherche, ajouter des tags, sauvegarder
ses objets sélectionnés, ou encore partager avec ses amis les
objets qui nous intéressent.
L’idée d’une bibliothèque numérique européenne n’est pas à remettre
en cause, bien au contraire. Mais le résultat est pour l’instant
très décevant, tant au niveau du contenu, des fonctionnalités de
recherche que de l’ergonomie.
En ce début d’année 2009, nous ne pouvons donc que lui souhaiter
une meilleure représentativité de tous les pays européens, une
recherche avancée digne de ce nom et la mise en service de l’espace
personnel.
Nous restons malgré tout conscient qu’il ne s’agit que d’une
version bêta.
La version Europeana V1.0 est actuellement en cours de
développement et sera lancée en 2010, avec un volume de plus de 6
millions d’objets numériques.
Un conseil : attendez 2010 et le lancement de la version 1.0 pour
aller y faire un tour.
INFORMATIONS
•
http://gallica2.bnf.fr/
•
http://www.europeana.eu