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Bases, Numéro de Juin 2008 - n°250 ProQuest annonce le rachat prochain de DialogCela n’aura pas traîné.
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Auteur : François Libmann |
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On s’étonne d’ailleurs que seule l’activité serveur soit vendue et
pas l’activité producteur de banques de données qui, à l’échelle
“ancienne”, est loin d’être négligeable puisqu’elle inclut Derwent
World Patents Index, l’ensemble des banques de données marque
Trademarkscan, Biosis, Promt, et d’autres encore, toutes banques de
données réputées et beaucoup interrogées.
Mais peut être – sans doute (?) – n’est-ce que partie remise. En tout état de cause, les représentants de la partie “Scientific” restant dans Thomson Reuters affirmaient, lors d’une journée récente consacrée à l’offre propriété intellectuelle de Thomson Reuters – hors Dialog mais avec Thomson Innovation –, qu’il n’était pas question d’abandonner ce pôle et que, grâce au cash dégagé par la vente de Dialog DataStar, des acquisitions dans ce domaine n’étaient pas à exclure dans un futur proche. La vente des serveurs, nous a-t’on expliqué, tient au fait qu’il s’agissait de “supermarchés” de l’information, comme se présente Dialog depuis longtemps. Thomson Reuters a désormais une approche à la fois plus verticale et plus ciblée vers les utilisateurs finaux, dans le domaine des brevets mais aussi dans la pharmacie et surtout, depuis peu, dans la finance. Comme l’écrit David Brown, Executive Vice President du Scientific Business de Thomson Reuters aux clients de Dialog DataStar, “Dialog et ProQuest ont en commun d’avoir pour clients les bibliothèques et les professionnels de l’information”, qui ne sont plus la cible de Thomson Reuters. On notera cependant que la définition et l’implantation des solutions sur mesure proposées par Thomson Reuters en matière de brevets passera toujours par les professionnels de l’information. La question reste quand même posée d’une vente à plus ou moins long terme de ce qui reste dans le Scientific Business Thomson Reuters, qui est encore plus petit – en valeur relative – dans l’ensemble Thomson Reuters, depuis la vente de Dialog. UN PIONNIERDialog, l’un des premiers serveurs a avoir été opérationnel, aura connu une succession de propriétaires de natures très différentes. Créé il y a quarante ans par Roger Summit chez Lockheed dans le cadre de travaux pour la Nasa, Dialog est resté longtemps chez l’avionneur qui a fini par considérer, après un assez long moment, que cette activité était décidément trop loin de son cœur de métier. L’achat en 1988 pour 353 millions de dollars par l’éditeur américain Knight Ridder avait d’abord montré que l’activité serveur avait une vraie valeur, ce dont certains doutaient à l’époque. On avait pensé aussi qu’un éditeur – de journaux papier, donc d’informations – comprendrait mieux le métier de serveur et conduirait le développement de Dialog. Las ! à part des changements de nom plus ou moins tarabiscotés (KR Probase...), Knight Ridder n’a pas beaucoup fait évoluer Dialog – ni DataStar, acheté en 1993 – et, signe de son absence de motivation, a revendu les deux serveurs pour financer le rachat ... d’autres journaux papier. Ce fut ensuite le flamboyant Dan Wagner, créateur de Maid – à l’époque plus de huit fois plus petit que Dialog et avec une culture d’entreprise très différente (voir Bases n° 132, octobre 1997) –, qui racheta l’ensemble pour 4920 millions de dollars. Mais il avait des idées intéressantes sur l’information électronique et un dynamisme certain. Son discours en ouverture du Online de Londres en 1997, juste après le rachat, avait d’ailleurs été fort apprécié (Bases n°134, décembre 1997). Dan Wagner avait bien compris quelle était la notoriété de la marque Dialog, puisqu’il rebaptisa immédiatement l’ensemble The Dialog Corporation, en y incluant Maid. Malheureusement, il accumula les erreurs stratégiques et les décisions suivies de décisions contraires : - transfert d’une partie des opérations de Californie en Caroline du Nord, pour qu’il y ait un recouvrement des horaires avec Londres (où était basé Maid), mais au prix de la perte d’expérience de ceux qui ne voulaient pas suivre ; - suite de décisions très contestables sur la tarification, avec la création des DialUnits, création intelligente dans son principe, mais appliquée de façon particulièrement maladroite : arrondi à la DialUnit supérieure pendant longtemps – ce qui ressemblait à de la provocation – et suppression, avant son rétablissement sous la pression des utilisateurs, de la facturation horaire ; - forcing pour pousser les clients à prendre des contrats forfaitaires annuels qui, dans son idée, devaient être renouvelés à la hausse chaque année ; - tentative de supprimer DataStar en en transférant une version appauvrie sur Dialog. La menace des pharmaciens suisses notamment, gros consommateurs de DataStar, d’aller sur le serveur allemand Dimdi, a fait avorter le projet ; - maladresse dans la communication financière, particulièrement malvenue dans le contexte d’une opération de rachat financièrement tendue. Puis Thomson, qui était à l’affût, vint “sauver” Dialog (comme nous l’écrivions, voir Bases n°159, mars 2000), en particulier parce que Dialog et DataStar représentaient un débouché très important pour de nombreuses banques de données produites par diverses sociétés, rachetées au fil du temps par Thomson. Malheureusement, Dialog se trouva englué dans la lourdeur du système Thomson et, mis à part de nouvelles interfaces, finalement plutôt réussies mais dont la mise au point fut très longue, le produit évolua relativement peu. Quant au service assistance, sa centralisation à Londres pour l’Europe n’a pas apporté d’amélioration significative, celui assuré à Paris par Capadoc pour STN étant d’une qualité infiniment supérieure. L’innovation, par ailleurs, s’est plutôt portée sur des produits verticaux visant les utilisateurs finaux, tels que Thomson Pharma et, plus récemment, Thomson Innovation – que nous n’avons toujours pas pu tester parce que, nous dit-on, il n’est pas encore complètement “debuggé”. LES ATOUTS DE PROQUESTLe probable rachat par ProQuest est intéressant à plusieurs titres. Rappelons d’abord que ProQuest a changé de nom quantité de fois, s’appelant en particulier UMI ou Bell & Howell Information and Learning, comme nous l’avions évoqué dans le numéro 224 de Bases (décembre 2007). Autre élément important, la société ProQuest ayant connu de “graves problèmes comptables”, elle a été rachetée il y a quelques mois par CSA (nouveau nom de Cambridge Scientific Abstracts). Elle a préféré utiliser le nom de ProQuest pour l’ensemble, parce que ce nom était plus connu aux USA, mais cela ne nous paraît pas avoir été la meilleure décision. ProQuest est très bien implanté dans les bibliothèques et les universités et offre une très large palette de banques de données et de titres en texte intégral dans un grand nombre de secteurs, remontant très loin dans le temps pour certains. CSA quant à lui s’est constitué beaucoup plus récemment que Dialog en saisissant l’opportunité d’acquérir un grand nombre de banques de données bibliographiques, le plus souvent parce que les sociétés savantes qui les produisaient à l’origine comme dérivé de leur bulletin bibliographique n’avaient pas souhaité aller trop loin dans le rôle de producteur de banques de données sous forme électronique. CSA offre aujourd’hui un très beau catalogue de telles bases dans son produit CSA Illumina, et ses clients peuvent aussi accéder sur cette plate-forme à d’autres bases non produites par lui. CSA a aussi lancé un produit très innovant baptisé CSA Illustrata, permettant de chercher de façon très fine sur les images d’un article (voir Bases n°236, mars 2007). La clientèle de CSA est également constituée de bibliothèques et d’universités, avec une formule de commercialisation limitée à la formule de l’abonnement annuel. Comme nous l’avait dit Matt Dunie, alors patron de CSA, la distribution de ses bases de données en “pay as you go” – en particulier vers les entreprises – se fait via les serveurs STN et … Dialog, qui offrent l’essentiel du catalogue de CSA, soit près d’une vingtaine de banques de données. Mais les relations ont toujours été meilleures avec STN qu’avec Dialog, pour des raisons que nous n’avons jamais réussi à élucider, même en interrogeant le patron de CSA et celui de Dialog. Dialog a même été “puni”, puisque CSA a retiré l’ensemble de ses 19 bases le 30 septembre 2002. L’annonce de leur rechargement progressif (en fait une trentaine de bases cette fois) a été fait en 2005 et ce rechargement s’est étalé jusqu’en 2006, mais avec des conditions plus restrictives que celles de STN. Par exemple, Dialog ne peut vendre les bases de CSA aux bibliothèques qu’en contrat forfaitaire annuel. Par ailleurs, d’autres bases comme Metadex en “pay as you go” sur STN, ne sont accessibles qu’en contrat annuel sur Dialog. Il sera intéressant de voir l’évolution des relations de ProQuest avec STN, que l’on peut penser a priori en moins bonne position maintenant. Mais il n’est pas sûr pour autant que ProQuest ait intérêt à gêner la diffusion de ses bases par STN, dans la mesure où il y a suffisamment de choses à créer par ailleurs avec Dialog. Espérons enfin que cette fois, le propriétaire de Dialog sera aussi innovant qu’à l’époque de ses débuts et qu’il ne touchera pas à ses points forts que sont la qualité de son langage d’interrogation et l’étendue de son catalogue. Il est sûr déjà que Dialog et DataStar peuvent accueillir rapidement de nouveaux contenus issus de ProQuest. Il sera par ailleurs intéressant de voir si ProQuest réussit à rétablir le lien quasi affectif qui a pendant des années lié Dialog à ses clients. On peut être relativement optimiste, si l’on compare l’agilité et l’esprit d’innovation de ProQuest à celle de Thomson et, comme le dit David Brown de Thomson Reuters – et on espère pouvoir le croire – : “ProQuest a l’intention d’investir agressivement dans Dialog, en rafraîchissant les plates-formes Dialog et DataStar et en allant à la rencontre de la prochaine génération d’utilisateurs”. Mais pouvait-il dire autre chose aux clients qu’il abandonne ? |
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