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Bases, Numéro de Mars 2008 - n°247 Le FT : "must have" ou "nice to have" ?Que le lecteur veuille bien pardonner le jargon du titre, mais il nous a semblé un bon résumé de la situation, que l’on peut décrire plus clairement ainsi : les lecteurs accédant au Financial Times par un serveur ou un autre considéreront-ils ce titre comme totalement indispensable – quel qu’en soit le prix ou presque –, ou ne souhaiteront-ils y accéder que dans le cadre d’un bouquet de milliers de sources, à un prix raisonnable et équivalent aux autres, comme c’était le cas avant le 1er avril dernier. (...)
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Auteur : François Libmann |
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Le Financial Times n’en est pas à son premier virage stratégique
“sur l’aile”, pour ce qui concerne les modes de diffusion de ses
contenus sous forme électronique.
Il avait décidé, après avoir créé le serveur FT Profile, de retirer ses contenus de tous les autres serveurs, pour l’offrir en exclusivité à côté d’autres titres qui n’étaient pas en exclusivité. Ce serveur n’était le meilleur ni en terme de nombre de titres disponibles ni en terme de langage d’interrogation, mais ceux qui tenaient au Financial Times s’en accommodèrent, même si cela revenait à contracter avec un serveur supplémentaire, sachant que les conditions de vente qu’il proposait n’étaient pas fondamentalement différentes de celles de ses concurrents. En revanche, les serveurs qui s’étaient vu déposséder de ce titre avaient manifesté assez violemment leur désaccord, mais avaient fini par se faire débouter par la justice anglaise. Cette aventure prit fin en janvier 2000, le jour où LexisNexis racheta FT Profile et intégra ses contenus, en abandonnant le serveur lui-même. Le Financial Times redevint alors accessible sur un très grand nombre de plates-formes classiques (Factiva, Dialog, Cedrom-SNI...) et moins classiques (Alacra..), en faisant parfois varier la durée des embargos et proposa également un site web ft.com. Mais cela n’aura duré qu’un temps et les stratèges créatifs du groupe ont inventé un nouveau système, qui est en place depuis le 1er avril. Le FT distingue aujourd’hui : - les grandes entreprises dans lesquelles au moins vingt personnes souhaitent avoir accès au FT sous forme électronique, avec toutes ses possibilités : accès à l’édition du jour et à l’intégralité des archives, utilisation des fonctionnalités de recherche et de surveillance des agrégateurs partenaires.... Ces entreprises constituent clairement le cœur de cible de la nouvelle stratégie ; - les autres entreprises, qui n’auront accès qu’au site web ft.com, avec des possibilités très limitées mais néanmoins un système complexe d’options ; - les établissements académiques et les bibliothèques publiques. La philosophie qui sous-tend ce changement de stratégie est que le contenu électronique du Financial Times a une valeur si grande – nous exagérons à peine le discours du FT – qu’il importe de distinguer son achat, à la fois de celui des autres sources que l’on trouve sur les agrégateurs et de l’achat des services propres de l’agrégateur (regroupement des sources, utilisation de son moteur de recherche, formation et assistance…). Le FT veut donc, affirme-t-il, privilégier la relation directe avec ses clients, ce qui permettra dit-il de mieux connaître leurs besoins et d’en tenir compte. Cela passe, pour les grandes entreprises, par la signature d’un contrat direct entre l’entreprise et le FT ce qui, annonce aussi le FT, évitera aux sociétés ayant des contrats avec plusieurs agrégateurs de payer deux fois le contenu du FT. Ce dernier argument n’est vraiment pas très convainquant pour de multiples raisons, qu’il est inutile de détailler ici. Le contrat minimum est de 199 £ (248 €) par an et par “siège”, avec un minimum de 10 “sièges”, le prix par “siège” étant ensuite dégressif. Le prix minimum pour une entreprise est donc de 1 990 £ (2 480 €) par an, donnant un accès illimité à dix utilisateurs sur l’ensemble des plates-formes qui continueront à distribuer le FT, telles que les agrégateurs Factiva, Cedrom-SNI ou Alacra – Dialog a déchargé non seulement le texte intégral mais aussi les résumés – ; la condition sera bien sûr d’avoir par ailleurs un contrat avec l’agrégateur utilisé. Les entreprises qui n’auront pas signé un tel contrat seront réduites à utiliser le service ft.com, qui présente le double inconvénient de n’avoir de possibilité de recherche que très rustiques et des archives limitées à 5 ans, alors que chez certains serveurs elle sont de plus de 20 ans. On soulignera que les différents modes d’accès à ft.com ont un côté “usine à gaz” qui ne surprendra pas dans le contexte. Il n’y a, en effet, pas moins de quatre formules, de la première – gratuite et anonyme – qui permet de décharger jusqu’à cinq articles par mois, à la formule “premium”, qui donne notamment un accès illimité aux articles des cinq dernières années et au contenu de la rubrique “Lex”. Il en coute 319 € et 549,08 € si l’on s’abonne aussi au papier. Pour le secteur “académique”, la situation est un peu différente, dans la mesure ou l’accès reste possible sur les agrégateurs, mais avec un embargo de 24h. Comme on l’a dit, le Financial Times nous a habitués dans le passé à des stratégies pour le moins originales, qui sont loin d’avoir eu, sur le long terme, le succès escompté. La manière dont est mise en œuvre cette exigence d’avoir le contact direct avec le client – présupposant que suffisamment de clients accepteront la démarche – est néanmoins risquée, voire très risquée. Ce qui est sûr, c’est que le FT perdra dès le 1er avril les royalties, très loin d’être négligeables, provenant des serveurs qui l’hébergent et devra, de plus, dédommager les serveurs qui l’hébergent sans facturer son usage. La question est de savoir si les sommes payées par les grandes entreprises qui signeront le nouveau contrat, augmenté des quelques contrats nouveaux sur ft.com, seront supérieures ou inférieures au montant des royalties payées précédemment par les différents serveurs. C’est un pari risqué, car les sources de qualité en économie ne se limitent pas au FT et l’on peut se demander si, hors du Royaume-Uni et éventuellement des pays anglo-saxons – le Wall Street Journal est en effet un concurrent sérieux aux Etats Unis –, un nombre suffisant d’utilisateurs considèreront le FT comme un “must have” et pas seulement un “nice to have” finalement pas indispensable. Le responsable des contrats dans le domaine de l’information d’une des plus grandes entreprises françaises très internationale nous a dit que, dans un premier temps, il pratiquerait le “wait and see” – pour rester dans les anglicismes –, et qu’il n’envisageait pas pour le moment de signer ce fameux contrat. Cette initiative reflète par ailleurs, à l’évidence, un très grand agacement de certains éditeurs, qui s’estiment contraints de passer par des agrégateurs pour proposer l’ensemble de leur offre, leur offre directe sur le Web n’étant pas considérée, malgré leurs efforts, comme le seul canal de vente possible pour l’information sous forme électronique. Si l’on peut comprendre cet agacement, qui risque d’ailleurs d’être contagieux à moyen terme si l’opération s’avère être un succès, on notera quand même que si certains titres de presse quotidienne on développé le portage à domicile de leur éditions papier, le réseau de distribution de la presse passe bien depuis des lustres par des agrégateurs que sont les marchands de journaux, alimentés en France par des structures telles que les NMPP ou les MLP, qui sont un autre niveau d’agrégateur. Pour les utilisateurs en tout cas, cela n’est pas une bonne nouvelle, même pour ceux pour qui payer les sommes demandées par le FT n’est pas un problème d’argent. Cela génère en effet une complexité supplémentaire inutile ; quant aux autres entreprises, elles subissent une claire dégradation de l’offre. Cela étant, il faut néanmoins rappeler qu’un éditeur est totalement maître de sa distribution. Pour finir on s’étonnera du peu de réactions observées dans la presse française internationale ou spécialisée. Est-ce le signe que le FT n’est pas un “must have”, et qu’il s’agit d’une péripétie sans importance ? L’avenir nous le dira. |
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