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Bases, Numéro de Novembre 2007 - n°243 2007 : une année de consolidation au sein de l'industrie de l'information professionnelle“Thomson offre 18 milliards de dollars pour racheter Reuters”, “Murdoch s’empare de Dow Jones pour 5 milliards de dollars”, “Pearson cède Les Echos à LVMH” : l’actualité 2007 de l’industrie de l’information professionnelle aura été marquée par ces annonces, largement commentées, y compris par la presse d’information généraliste. Ce mouvement de concentration s’est amorcé il y a plus de dix ans, mais il va s’accélérant. (...) |
Auteur : Michel Vajou |
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Selon The Jordan, Edmiston Group, Inc, une banque d’affaires
new-yorkaise spécialisée dans l’accompagnement des opérations
capitalistiques dans l’industrie de l’information, ces opérations
ont atteint, sur les six premiers mois de 2007, la contre-valeur de
72,9 milliards de dollars, pour 399 opérations recensées, faisant
de 2007 une année record.
La concentration est donc bien l’une des facettes majeures de la consolidation en cours de l’industrie de l’information. Toutefois, un simple dénombrement de ces opérations de cession ou de rachat ne suffit pas à “faire sens”. En fait, ces mouvements capitalistiques obéissent à différentes logiques stratégiques. L’intégration annoncée de Reuters, n°2 mondial de l’information financière (derrière Bloomberg) au sein de Thomson Publishing, n°3 de ce même marché au travers de Thomson Financial, est certes impressionnante par son ampleur, mais est une classique opération structurelle de concentration. Des opérations de rachat de moindre envergure obéissent à d’autres logiques. Lorsque ce même Thomson annonce en septembre dernier le rachat de Prous Science, basé à Barcelone, qui est un producteur de bases d’information sur les composés chimiques utilisés en pharmacie et dans les biosciences, Thomson vise à compléter son catalogue de bases d’information “must have” (qui sont des sources d’information incontournables pour une population d’utilisateurs donnée) dans le secteur de la pharmacie et du biomédical. Dans les années précédentes, Thomson avait déjà racheté, avec les mêmes finalités, Derwent, Biosis, Current Drugs, etc. La volonté des grands groupes de l’information professionnelle de proposer des offres intégrées associant bases d’information et logiciels spécialisés, afin de prendre le contrôle du “workflow” de leurs clientèles, est une autre priorité stratégique à l’origine de nombreux rachats. L’illustration la plus récente (elle est intervenue fin novembre) de cette tendance est le rachat par le néerlandais Wolters Kluwer, qui produit notamment des bases d’information pour les métiers de la comptabilité, des activités TeamMate, jusqu’ici propriété du cabinet d’audit international PriceWaterhouse Coopers. TeamMate, développé à l’origine pour les besoins propres du n°1 mondial de l’audit, est un logiciel spécialisé prenant en charge le flux de tâches des professionnels de l’audit. Plus de 56 000 auditeurs, commissaires aux comptes et contrôleurs de gestion sont utilisateurs de TeamMate. Tous les grands éditeurs d’information professionnelle, Reed Elsevier, Thomson Publishing, Wolters Kluwer, partagent cette stratégie visant à créer des environnements de travail spécialisés, pour des cibles de clientèles bien identifiées. La motivation de cette prise de contrôle du “workflow” des clientèles est simple : il est plus difficile pour l’utilisateur de changer d’environnement de travail que de fournisseur d’information. De plus, ces environnements de travail intégrés, dont les bases d’information ne sont plus qu’une composante, génèrent des gains de productivité importants qui font que les clientèles sont prêtes à payer relativement cher pour cette offre de services. La consolidation de l’offre d’information professionnelle ne se réduit cependant pas aux logiques de fusions-acquisitions. Une autre facette de cette consolidation est la montée en puissance des services en ligne. Si les bases de données “online” font partie de l’environnement des professionnels de l’information depuis plus de trente ans, ces services en ligne ne généraient, jusqu’à une date très récente, qu’une part minoritaire des revenus des grands éditeurs professionnels. Mais désormais, ce sont clairement les services électroniques qui sont au cœur des “business models” : au premier semestre 2007, les services en ligne ont représenté 89 % des revenus de Thomson Publishing, 45 % des revenus de Reed Elsevier, 47 % des revenus de Wolters Kluwer. Cette montée en puissance du “online” s’accompagne d’une relance de la croissance des marchés de l’information professionnelle, qui ont en 2007 enregistré des taux de croissance organique moyens de l’ordre de 6 %. De plus, les produits numériques ont dopé les profits des grands éditeur globaux. Cette croissance des produits numériques est portée par une nouvelle génération de services en ligne. Lancé en décembre dernier, le portail d’information sur les brevets Thomson Innovation est très emblématique de cette nouvelle typologie de services d’information. Thomson Innovation intègre sur une même plate-forme l’ensemble des bases de données brevets de Thomson, des bases de littérature scientifique, mais aussi des informations “business” concernant en particulier les déposants de brevets. Cette convergence au sein d’une même plate-forme de l’information scientifique et technique et, par ailleurs, d’une information plus orientée vers l’intelligence économique, est relativement nouvelle. Mais ce qui frappe le plus dans ce nouveau service est son interface hautement graphique, qui introduit une rupture complète avec les langages de commande sophistiqués, au travers desquels les utilisateurs avertis interrogent depuis 30 ans les bases brevets. Par son ergonomie, il est clair que Thomson Innovation ne vise pas principalement le marché des spécialistes de l’interrogation des bases brevets, mais le marché plus large des “end-users”, c'est-à-dire de tous les professionnels qui, au sein des entreprises, sont potentiellement intéressés par l’information brevets. Thomson Innovation pourrait être présenté comme l’archétype de ces outils de nouvelle génération, gagnant en ergonomie des interfaces et au niveau de l’intégration des bases accessibles, ce qu’il perd au niveau de la sophistication des fonctionnalités de recherche. Ce développement de produits offrant à la fois une forte valeur ajoutée d’intégration (entre bases d’information et logiciels spécialisés), ainsi que des langages d’interrogation et des fonctionnalités calibrés sur les besoins des “end users”, est l’une des facettes majeures de cette “consolidation” au sein de l’industrie de l’information. Un autre aspect de cette consolidation est l’élargissement considérable des fonds d’information accessibles en ligne. Cet élargissement est la résultante de plusieurs facteurs. Le premier de ces facteurs est la numérisation rétrospective des fonds documentaires : tous les grands éditeurs, ainsi que les plus grandes sociétés savantes, ont engagé la numérisation rétrospective de leurs collections de périodiques. Elsevier indiquait lors du récent salon Online Information de Londres que ScienceDirect, sa bibliothèque numérique de périodiques en ligne, avait passé le cap des 8 millions d’articles accessibles en ligne en texte intégral. Sur ces 8 millions, 4,3 millions sont des articles “historiques” (publiés avant 1995), tandis que les articles “courants” (postérieurs à 1994) représentent 2,75 millions de documents. Chez LexisNexis, autre filiale du groupe Reed Elsevier, c’est le cap des 5 milliards de documents accessibles en ligne qui a été franchi. L’initiative “Not for profit” participe aussi de cet élargissement considérable du socle d’information accessible en ligne. La Royal Society, l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses sociétés savantes britanniques, a ainsi fait numériser l’ensemble de ses publications depuis l’origine, soit 60 000 articles scientifiques, remontant pour certains à 1665. La tendance à la numérisation rétrospective de fonds patrimoniaux n’est pas récente, mais les annonces faites en 2007 montrent que cette tendance s’accélère. La raison essentielle en est la baisse importante des coûts de numérisation de l’écrit, la qualité croissante de la numérisation OCR et le lancement de vastes programmes de saisie sur des fonds de documents très divers. Un autre front d’élargissement du socle de contenus accessibles en ligne a été très actif en 2007 : la numérisation de fonds de monographies (“livre électronique”). Les “ebooks” (livres électroniques) ne sont pas nouveaux : dès 2005, les premières initiatives (Blackwell Publishing, puis Springer) amorçaient un mouvement de fonds. Chez Elsevier, dans le cadre d’un projet initié en septembre dernier, 4 000 titres de monographies en ligne seront chargés sur ScienceDirect, la bibliothèque numérique de l’éditeur. Springer reste le champion de l’ebook par l’ampleur du catalogue accessible en ligne : 20 000 “livres électroniques” sont d’ores et déjà inclus dans sa bibliothèque électronique SpringerLink et 4 000 nouveaux seront ajoutés annuellement. Cette montée en puissance des ebooks fait apparaître de nouveaux agrégateurs tel Ebooks Corporation, qui propose aux éditeurs qui n’ont pas les moyens d’Elsevier ou de Springer une prestation globale incluant le chargement des monographies numérisées sur sa plate-forme, mais aussi le marketing de cette nouvelle offre. 100 000 titres sont déjà distribués par Ebook Corporation. Il y a fort à parier que les tendances relevées en 2007 (concentration, émergence d’une nouvelle génération de services, élargissement considérable des fonds d’information accessibles en ligne) se prolongeront en 2008, qui ne devrait pas être une année de rupture. Forte de ses 300 milliards de dollars de revenus (une donnée publiée par le cabinet d’étude américain spécialisé Outsell, Inc.), l’industrie de l’information professionnelle a les moyens de poursuivre sa stratégie de conquête du “poste de travail” de l’utilisateur final, au travers d’offres intégrées. |
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