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Bases, Numéro de Décembre 2006 - n°233 Le marché chinois de l'informationCette année encore, il y avait au salon Online de Londres une conférence sur l’information en Chine, intitulée “Pour comprendre le marché chinois de l’Information”. Le “format” de cette conférence était identique à celui de l’année dernière : une succession de présentations d’officiels chinois et d’“Occidentaux”, qui relataient leurs expériences ou leurs points de vue sur l’information en Chine. ... |
Auteur : François Libmann |
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Du côté chinois, on retrouvait les mêmes représentants que l’an
passé : le bureau chinois de CAB International et la société
chinoise Wanfang Data, liée au ministère de la Science et de la
Technologie et serveur de nombreuses banques de données.
Ici, le discours est immuablement centré – avec chiffres à l’appui – sur l’ancienneté de la civilisation chinoise, la puissance démographique de la Chine, le développement économique impressionnant et le développement rapide des sciences, de la R&D et de l’IST ; les grands programmes gouvernementaux sont mis en avant, tout comme l’ouverture aux investisseurs étrangers dans le domaine de l’information en général avec, il faut le noter, l’insistance sur les partenariats possibles avec les éditeurs étrangers. On retiendra que la Chine est le cinquième déposant de brevets dans le monde, que le milieu des professionnels de l’information représenterait environ 20 millions de personnes et que les publications scientifiques et techniques sont estimées à 6,7 % du volume mondial. On notera également, dans ce discours globalement très officiel et peu vivant, un certain nombre de contradictions ou de “nuances” : l’insistance sur la phase de transition que connaît la Chine au niveau politique et économique ou le taux de pénétration, somme toute peu élevé, des technologies récentes (téléphonie mobile, Internet, ordinateurs). On ne manquera pas également de relever, et cela nous intéresse, le problème du manque de qualité des services d’information, de même que les difficultés d’accès à l’information et sa diffusion encore très limitée, les contraintes étant ici d’ordre technologique et culturel. Il fallait visiblement plus de distance avec le pays d’origine pour que la présentation soit plus vivante : ce fut le cas d’une enseignante chinoise, Chang Kaiser de l’Université H. Heine de Dusseldorf, qui présenta principalement les résultats d’une enquête sur les moteurs de recherche – deuxième utilisation d’Internet après les news –, menée par le CNICC (China Internet Network Information Center) en septembre 2006. On apprit ainsi que sur les 123 millions d’utilisateurs chinois d’Internet, nous avions tout de même 17 millions de bloggers et 75 millions de lecteurs de ces blogs. Le profil de l’utilisateur des moteurs est quant à lui jeune, la plupart du temps avec une bonne éducation, à la recherche de contenus divertissants ou, venant juste après (on est rassuré), de matériau pour les études ou le travail, et toute information reliée au monde de la connaissance. La langue préférée pour les contenus accédés est le chinois, comme on pouvait l’imaginer. Ce marché des moteurs de recherche est dominé par Baidu, avec une part de 62 %, un succès lié principalement aux facteurs suivants : moteur de recherche “local”, attrait des jeunes utilisateurs pour le téléchargement de MP3, contenu utile aux études avec le Baidu Library Search et très bons résultats en termes de fiabilité et de temps de réponse. Un argument de poids en faveur de Baidu est également la bonne maîtrise du traitement des requêtes formulées en langue chinoise. On notera tout de même que Google, toujours agaçant, détient 25,3% du marché, devançant de loin Yahoo! (4,8%) et les moteurs chinois Sohu (3,2%) et Sina iAsk (1,2%). Cette présentation s’achevait sur des conseils pour les sociétés étrangères désireuses de s’implanter sur le marché de l’information local, comme en particulier la prise en compte des spécificités locales en termes de mode de recherche et également de contraintes (coûts, pratiques non éthiques des moteurs de recherche…). Nous ne nous attarderons pas sur la narration, par une représentante de Deloitte, UK, d’une taskforce sur la stratégie à mettre en œuvre pour l’implantation d’initiatives de Knowledge Management en Chine. Les enseignements clefs, largement exprimés en de multiples occasions, étaient ici le respect de la culture chinoise et les recommandations de lenteur dans l’approche, la communication comme outil premier et l’échange avant tout humain avec les Chinois. Enfin, même si sa présence témoignait de la volonté chinoise, que nous avons déjà évoquée, de s’ouvrir aux partenariats avec le monde occidental, le représentant d’Elsevier qui clôturait cette conférence était décevant du point de vue de la connaissance du marché de l’information en Chine ; il ne s’agissait en fait que d’un récit d’expérience “vivante” en Chine, avec les leçons que l’on peut en tirer au niveau de la relation avec le peuple chinois et du business en général. On déplorera ces propos généralistes, même si leur pragmatisme faisait écho à la présentation de Deloitte, d’autant plus que l’on imagine le nombre de données que doit avoir Elsevier sur le marché chinois. La mise en forme de ces données aurait pu justement aider à répondre à l’objectif de la conférence tel qu’annoncé, et nous fournir une représentation concrète, à véritable contenu exploitable, de l’information en Chine. Cela dit, cette conférence avait pour mérite d’essayer, quel que soit le niveau de langage adopté – langue de bois ou non –, de mettre en avant à la fois la nécessité d’aborder la Chine de l’information comme un pays singulier et complexe, et en tout cas prometteur. |
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