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Accueil > Bases > Anciens sommaires > Intelligence économique à IDT/Net

Bases, Numéro de Mai 2002 - n°183


Intelligence économique à IDT/Net

Auteur : François Libmann

 
La session consacrée à l’intelligence économique avait été organisée en partenariat avec SCIP France.
   
Les deux premières interventions présentées par des universitaires ont donné des points de vue plutôt pessimistes sur les outils de veille spécifiques et leur utilisation, ainsi qu’on pourra en juger ci-dessous.
   
Signalons à ce sujet que SCIP France prévoit d’organiser le 26 novembre prochain une journée d’études sur le thème des outils avancés de veille. Y interviendront des sociétés proposant ces outils, qui auront nécessairement une vision plus positive, mais aussi des utilisateurs et des experts.
   
La première intervention, présentée par France Bouthillier, une universitaire Canadienne (Graduate School of Library and Information Studies, Université McGill à Montréal), était consacrée à une comparaison d’outils de veille concurrentielle.
   
Le champ est très vaste puisque le site CI Resources Index (http://ciseek.com) présente 260 logiciels concernant l’intelligence économique, tandis que Fuld (www.fuld.com) propose sur son site l’édition 2002 de son “Intelligence Software Report”, dans lequel on trouve une analyse détaillée d’une sélection de 13 logiciels.
   
De l’exposé de la conférencière, on retiendra que :
   
- On peut généralement distinguer six étapes caractérisant le processus ou le cycle de veille, chaque étape se décomposant en différentes sous-étapes :

• Identification des besoins d’information ;
• Acquisition de l’information ;
• Organisation, conservation et repérage de l’information ;
• Analyse de l’information ;
• Conception de produits d’intelligence ;
• Distribution de l’intelligence.
   
On notera que Fuld se limite à cinq étapes.
   
- Les logiciels proposés en Amérique du Nord sont très peu présents en Europe.
- Ces logiciels sont généralement chers ; Wincite par exemple est vendu 20 000 $.
- L’évolution globale de ces outils est plutôt négative.
   
De fait, “en comparaison des logiciels de gestion de bases de données, il y a peu d’innovation. Les capacités d’organisation, de codification et de stockage de l’information sont plutôt élémentaires. Les processus à valeur ajoutée, qui devraient caractériser ces nouveaux outils, sont pratiquement très limités. Les capacités d’analyse sont peu complexes et demandent une intervention importante de l’utilisateur. La surveillance automatique du Web, qui est intégrée, semble être une source d’encombrement et de surcharge d’information importante. En tant qu’outils d’aide à la prise de décision, leur valeur demeure discutable”.
   
Précisons enfin que ces évaluations ont été effectuées avec des copies de démonstration d’un nombre très limité d’outils, sans utilisation en situation, ce qui conduit à relativiser les conclusions de cette étude.
   
Laurence Favier, de l’Université de Bourgogne à Dijon, a pour sa part abordé le problème par l’utilisation qui était faite (ou non) des outils de veille dans des entreprises moyennes bourguignonnes, des cellules internes de veille de grandes entreprises parisiennes et, enfin, chez des prestataires de veille.
   
Elle confirme d’abord que les outils spécialisés en IE dont on parle en France (ceux de Digimind, Arisem, Alogic, Datops, Lexiquest ou Systal-Createam — devenu depuis Pertimm), ne sont pas ceux qui sont utilisés aux USA, à l’exception de C4U Scout (de C4ULtd.) Mais cet outil gratuit de surveillance des pages Web a disparu il y a quelques semaines.
   
“Les fonctionnalités des logiciels de veille présents sur le marché français sont essentiellement : la recherche élaborée, la mise à jour, l’alerte sur les changements de sites sélectionnés, la découverte de connaissances (analyses des données, méthodes de cartographie), la diffusion (DSI, portail intégrant la veille).
   
Malgré l’existence de ces outils spécifiquement ciblés sur la “veille”, l’utilisation que nous avons pu observer est, le plus souvent, celle des outils de recherche des sources payantes, les moteurs de recherche sur l’Internet gratuit (pour des études et non seulement pour des recherches ponctuelles dans la plupart des cas malgré la méfiance à l’égard d’Internet) et les outils de bureautique classiques pour stocker et retrouver l’information : tableau Excel, base Access, exceptionnellement outils GED très simplifiés avec stockage papier des documents sources, le tout coexistant avec les systèmes documentaires déjà en place pour d’autres finalités.
   
Toutefois certaines entreprises ont fait l’acquisition de solutions intégrées de veille.
   
Malgré la performance de ces outils le constat est celui d’un échec, lié :
   
- à leur difficulté d’utilisation : une formation à ces outils est indispensable, notamment une formation informatique que n’ont pas les veilleurs actuels ;
- au temps important à consacrer au paramétrage et à la maintenance de ce paramétrage ;
- parfois au coût que représente l’acquisition de tels systèmes.
   
L’utilisation de ce que nous pourrions appeler des “solutions non-intégrées” (outils non spécifiquement dédiés et utilisés individuellement pour chaque étape du processus) ne donne pas non plus satisfaction : absence d’interfaçage entre les outils de recherche existants, recours à un réseau d’experts, préféré pour des raisons qui peuvent être liées à la plus grande facilité et au gain de temps que représente le contact avec une personne (voir le développement des “moteurs humains”).
   
Ce type de solutions convient davantage aux recherches complexes mais plus ponctuelles, alors que les solutions intégrées actuelles sont préférées pour des veilles récurrentes. Il est en effet difficile de garder une trace stable d’un travail effectué sur plusieurs outils différents”.
   
Les deux autres présentations concernaient des pratiques d’utilisation.
   
Marie-Laure Charrier, du Ministère français des Affaires Etrangères, a montré comment le poste de veille Internet créé en octobre 1999 avait mis en valeur l’intérêt des sources Internet pour :
   
- “pallier le déficit d’information, en particulier sur les pays peu ou mal couverts par les médias classiques,
- consulter la presse en ligne,
- enrichir le corpus d’informations avec des sources informelles (sites de partis dissidents, églises...), en particulier dans les pays en crise ou soumis à la censure,
- percevoir les réactions de la société civile ou de l’opinion internationale,
- avoir un aperçu comparatif des potentialités d’Internet comme nouveau média et mieux cerner les enjeux juridiques qui l’entourent (en particulier à l’intention de la Direction de la Communication et de l’information ou du porte-parole)”.
   
L’expérience acquise a permis de mettre en lumière une série de défis et de perspectives pour cette activité :
- “retrouver l’information très récente était il y a peu encore une gageure ; aujourd’hui, les outils acquièrent une plus grande réactivité dans le traitement de leurs index (cf. http://news.google.com) ;
- l’information est internationale : elle oblige à parcourir des zones du réseau qui sont mal couvertes par les outils de référencement ;
- l’information n’est pas toujours traduite et, pour certaines langues, les traductions automatiques n’existent pas sur le marché ;
- dynamiser le réseau d’échanges avec les postes et consulats permettrait de faire remonter l’information de langue locale ;
- mettre en place une plate-forme technique pour que l’usager devienne autonome dans sa démarche de veille (recherche de solutions plus conviviales ou plus intuitives que les solutions actuelles du marché)”.
   
Pour terminer cette session, Fabien Pelous, Responsable Environnement Economique et Concurrentiel chez Air France, a présenté de façon détaillée et fort intéressante la façon dont sa cellule assure les missions d’intelligence économique et de benchmarking sur l’activité “passage” et au niveau corporate.
   
A l’issue de cette session, Robert Guillaumot, au nom de Bernard Esambert, président du jury, a remis le prix IEC 2001 du meilleur ouvrage d’intelligence économique à Didier Lucas et Alain Tiffreau, pour leur livre “Guerre économique et information, les stratégies de subversion”, publié chez Ellipses.
   
Robert Guillaumot rappela à cette occasion le rôle précurseur de Christian Harbulot, dont les auteurs ont été les élèves à l’Ecole de Guerre Economique.
   
C’est en son sein notamment qu’ont été développées  les analyses de cas de guerre informationnelle.
   
Cet ouvrage, justement, analyse toute une série de cas, allant des plans de guerre commerciale de l’Allemagne si elle avait gagné la guerre de 1914-1918 (tels que publiés en 1915 par un ingénieur conseil allemand), à la campagne de l’association ATTAC pour taxer l’investissement des firmes multi-nationales, en passant par le cas “Blue Oval News” (en référence au logo de sa marque) qui causa bien du souci au constructeur automobile Ford à partir de 1999.


 

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