
|
Bases, Numéro de Juin 2003 - n°195 LexisNexisOfffensive en vue sur le marché français |
Auteur : François Libmann |
||||||
|
LexisNexis est présent en France depuis fort longtemps. Qu’on se
rappelle TéléConsulte, filiale du Point, avec son flamboyant et
provocateur directeur commercial, qui diffusait en France dans les
années 80 des textes de droit français en texte intégral mis en
ligne par Mead Data Central (MDC).
La société américaine à l’origine de Mead Data Central s’appelait Data Corporation. Cette société avait développé un moteur de recherche baptisé Central!, qui était utilisé par l’armée de l’air américaine pour gérer ses appels d’offres et ses stocks. Dans les années 60, cette technologie attira l’attention de l’American Bar Association, qui explorait les possibilités qu’offrait la recherche d’informations juridiques assistée par ordinateur. Cet intérêt se concrétisa par la signature d’un contrat de 7 000 $ attribué à Data Corporation, par l’Association des avocats de l’Ohio. Le moteur Central! devint alors le noyau d’une banque de données interrogeable en texte intégral des “Ohio Statutes”. Ce service, baptisé OBAR (Ohio Bar Automated Research), est l’ancêtre du service LexisNexis d’aujourd’hui. La société Mead a acheté Data Corporation pour 6 millions de $ en 1968, à l’époque où beaucoup pensaient que l’information sur support électronique allait connaître un tel développement que les activités à base de papier et de bois (celles de Mead) seraient amenées à décliner. La diffusion du service OBAR resta purement locale pendant quelques années, puisque ce n’est que le 2 avril 1973 que Mead en fit un service commercial qu’elle baptisa Lexis. En France, TéléConsulte, filiale d’Hachette, développa dès le début des années 80 une offre significative de droit français, avec le texte intégral du Journal Officiel, de la jurisprudence (Conseil Constitutionnel, Conseil d’Etat, Cour de Cassation…), les codes et bulletins officiels... Après avoir étudié les programmes et langages utilisés alors dans le monde des banques de données, Hachette choisit la technologie développée par Mead Data Central, qui fut préférée à Mistral IV ou encore Stairs et ses dérivés. Le contenu produit par TéléConsulte a donc été chargé sur les machines de Mead Data Central à Dayton dans l’Ohio aux USA, ce qui, d’ailleurs, n’a pas manqué de poser des problèmes politiques. TéléConsulte était ainsi, à l’époque, le producteur de la partie droit français sur MDC et le diffuseur en France de l’ensemble de son offre. Cet accord prévoyait aussi, à terme, un chargement privilégié des titres de presse du groupe Hachette dans la partie Nexis. Mais cet élément de l’accord, assez visionnaire pour l’époque, ne s’est finalement pas concrétisée. Le principe adopté à l’époque par TéléConsulte était celui de MDC pour le droit américain, à savoir le chargement du texte intégral brut saisi dans des pays où la main d’œuvre était bon marché, avec des possibilités de recherche en texte intégral intéressantes, mais une indexation minimale ou tout simplement inexistante. Malgré une politique de prix élevés avec des frais fixes importants (il fallait louer obligatoirement un terminal dédié, le fameux terminal rouge UBIQ, introduit en 1979 et qui termina sa carrière avec le siècle), cette offre rencontra un succès notable et se heurta, parfois violemment, aux efforts publics de constitution d’une offre alternative pour le droit français qui ne soit pas hébergée sur un serveur américain. En juillet 1991, les éditions Lamy, filiale du groupe néerlandais Wolters Kluwer, prennent la majorité de TéléConsulte et commercialisent à la fois la partie juridique (Lexis) et la partie presse (Nexis), lancée par MDC en 1979 avec … six sources, selon les mêmes principes de texte intégral. En 1994, Questel – qui avait alors de grandes ambitions dans la presse, devient le second distributeur de Nexis. Il faut noter que la signature de cet accord de distribution a été grandement facilitée par le fait que le directeur général de Questel à l’époque avait exercé juste avant les mêmes fonctions chez TéléConsulte ! ENTREE DANS LE GROUPE REED ELSEVIERLa société Mead vend LexisNexis à Reed Elsevier à la fin de l’année 1994, pour se recentrer – comme c’était la mode à l’époque – sur ses activités de base dans le papier et l’embal-lage ; ces dernières finalement n’avaient pas été mises à mal par le développement de l’information électronique (voir Bases n°97 et 102). En France, Reed Elsevier rachète les Editions Techniques, éditeurs notamment de la collection JurisClasseur, qui devient rapidement le nom de la société. Cette société acquiert par la suite le Bottin Administratif et le Bottin des Communes en 1993, Litec en 1995, ainsi que la Documen-tation Organique, Infolib et Legisoft en 1997. Toutes ces sociétés ont alors cohabité, l’équipe s’occupant de LexisNexis agissant en fait comme un simple bureau commercial, appliquant les décisions qui se prenaient à Londres, et étant donc assez indépendante de JurisClasseur. Cette situation a duré pendant plusieurs années ; le rachat par LexisNexis Europe et l’intégration en janvier 2000 de FT Profile, le serveur du Financial Times qui offrait essentiellement de la presse en ligne, ne provoquant pas de changement majeur dans la gestion de LexisNexis en France. DISPARITION DU DROIT FRANCAISIl s’est, en revanche, produit un changement de taille dans l’offre de Lexis en février 2000 quand Lamy, filiale du néerlandais Wolters Kluwer, a décidé de ne plus distribuer ses banques de données juridiques via la filiale de son concurrent Reed Elsevier, avec lequel une tentative de fusion avait échoué peu de temps auparavant. Lamy décide alors de commercialiser lui-même avec son service Lamyline les différentes banques de données juridiques qu’il produit. Cette décision fut déterminante pour la société, qui ne commercialisait alors comme produit télématique que Téléroute, une bourse de fret sur Minitel qui avait d’ailleurs rencontré un grand succès. (Voir Bases n°82, mars 1993) On est donc arrivé à une situation paradoxale dans laquelle LexisNexis, connu en France essentiellement pour la production et la distribution d’une banque de données consacrée au droit français (que l’on pouvait appeler Lexis France), ne proposait plus du tout de droit français et possédait une offre d’origine française extrêmement réduite, composée de quelques dizaines de titres de presse, celà à côté d’une offre d’origine anglo-saxonne très importante, en particulier dans les domaines du droit et de la presse. Cette perte de l’offre de droit français n’a, pas plus que le chargement du contenu de FT Profile, provoqué de bouleversement dans l’organisation de LexisNexis en France. Cette situation aurait pu durer encore un bon moment si le groupe anglo-néerlandais Reed Elsevier n’avait, peu de temps auparavant, pris conscience des limites de son modèle de management ; ce dernier consistait à respecter, pour des raisons historiques (le groupe est né de la fusion de l’anglais Reed avec le néerlandais Elsevier), une stricte parité entre les dirigeants anglais et néerlandais. Ce modèle conduisait en effet à un certain immobilisme dans la gestion d’une sorte de confédération d’entreprises restées assez autonomes. A la suite de cette prise de conscience, Crispin Davis avait été nommé en juillet 1999 au poste de CEO (Chief Executive Officer), du groupe Reed Elsevier, pour faire évoluer la situation. Ce dernier a réorganisé le groupe en quatre entités : - Science & Médical, avec notamment Elsevier Science et des banques de données telles que Compendex et Embase, ainsi que le service Sciencedirect.com ; - Education, peu représenté en France, avec Harcout Education International, UK & International School Publishing ; - Business, avec Miller Freeman et Reed Exhibitions – spécialisé dans l’organisation de manifestations –, mais aussi l’hebdomadaire français Stratégies, consacré au monde de la publicité ; - Juridique avec LexisNexis, JurisClasseur, Butterworths, Matthew Bender... Les conséquences de cette réorganisation ont fini par se faire sentir en France, avec la nomination en avril 2002 de Laurent Verney – qui avait passé 18 ans chez General Electric – comme PDG de JurisClasseur, succédant à pas moins de ... six présidents en deux ans et demi. Cette nomination a été suivie d’une profonde réorganisation. On notera, en particulier, le départ de Denis Guedez – qui dirigeait le bureau parisien de LexisNexis depuis sa création le 1er avril 1998 –, et la nomination en juin dernier de Denis Berthault en tant que Directeur de l’information News and Business de LexisNexis. Ce dernier était depuis 2000 directeur de l’information juridique en ligne pour JurisClasseur. Il avait été directeur de l’information juridique chez ORT et, auparavant, chef des ventes pour la France au sein de L’Européenne de Données. La mission du nouveau PDG est clairement de promouvoir aussi bien JurisClasseur que LexisNexis – en développant le contenu français pour ce dernier – et de changer la situation antérieure dans laquelle la société française s’occupait en priorité de JurisClasseur et suivait de loin les activités de LexisNexis, pilotées par le bureau de Londres. On notera aussi que LexisNexis devient la marque ombrelle de l’ensemble des activités, les autres banques de données – telles que JurisClasseur – gardant leur nom en tant que produits. LexisNexis sera donc à la fois la marque ombrelle et le nom d’un produit, ce qui n’ira pas sans créer des ambiguïtés. Curieusement, il s’agit de la même situation que pour Dialog, qui est à la fois le nom de la société et le nom d’un produit. On est donc amené à parler de Dialog DataStar pour le serveur DataStar, alors même qu’il n’y avait aucune obligation de faire ainsi. Ce changement s’accompagne d’une très forte augmentation des effectifs consacrés au produit LexisNexis. Ils ne seront pas de trop pour faire changer d’échelle la pénétration en France de LexisNexis, qui a son offre juridique très fortement réduite (seules quelques revues juridiques comme la Documentation Organique ont été chargées récemment) et qui a pris de plein fouet le développement très agressif de Factiva, un concurrent frontal sur la presse internationale, tant sur le plan des recherches rétrospectives que sur celui des panoramas de presse. Il est clair que les positions prises par Factiva, en particulier dans de grandes entreprises, ne seront pas faciles à reconquérir. Il est en effet bien rare que, lorsque l’accès à l’un de ces serveurs est largement diffusé dans une grande entreprise, l’accès à un deuxième de même nature soit proposé à la même échelle, en complément ou en substitution. On peut penser aussi que Dialog avec Newsroom (voir Bases n°188) et NewsEdge, dont nous parlerons prochainement, est également un concurrent, mais sans doute moins frontal. Sur le plan spécifique de l’offre, LexisNexis en France s’est fixé pour objectif de développer rapidement le nombre de sources françaises. Cette offre d’une trentaine de titres a néanmoins peu de chances de rattraper l’offre de Pressed de L’Européenne de Données, qui a annoncé le chargement de la centième nouvelle source de presse spécialisée. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas l’objectif, LexisNexis n’ayant a priori aucune raison stratégique de rivaliser avec Pressed sur ce point. L’objectif est, comme pour Factiva ou Dialog d’ailleurs, d’offrir un nombre honorable de titres de presse française ; ils espèrent ainsi qu’une partie significative des clients français potentiels la considèrent suffisamment importante, au sein d’une offre de presse internationale incluant la France. Si l’on compare rapidement les offres des serveurs internationaux en matière de presse française, on observe que LexisNexis et Factiva ont des offres très comparables, avec sensiblement le même nombre de titres : la plupart des quotidiens nationaux, des éléments de l’AFP, des périodiques tels que L’Entreprise, L’Expansion, ou L’Express... Des différences apparaissent pour des titres plus spécialisés, LexisNexis offrant par exemple des lettres d’Indigo Publications (Intelligence Online...) et Factiva proposant 01 Informatique, 01 Réseaux ou les lettres Vigies de l’Adit. L’offre de Dialog est plus restreinte, puisque l’on trouve dans Newsroom l’AFP, Le Monde et Libération, tandis que DataStar offre, dans des fichiers séparés, Le Monde et La Tribune. La comparaison avec Europresse n’est pas ici très pertinente, ce serveur canadien se positionnant en France plutôt comme un serveur français ayant en plus une offre canadienne et quelques titres de presse internationale. Cela étant, le développement en France de LexisNexis – mais cela est sans doute vrai aussi dans d’autres pays européens – va devoir passer par de profonds changements dans la présentation de l’offre, dans l’image et dans la façon de communiquer. UN CONTENU TRES RICHEL’offre de LexisNexis est incontestablement très riche (le serveur annonce 2,5 milliards de documents disponibles) et est sans doute l’une des plus riches du marché ; mais elle donne une impression de très grande complexité et les aides pour maîtriser cette complexité sont restées, jusqu’ici, assez limitées et fort peu diffusées. Sur le plan du contenu, cette offre se scinde en plusieurs grandes parties : - la presse française et internationale, avec une domination anglo-saxonne écrasante ; - l’information sur les sociétés ; - les rapports et études de marché, avec une dominante très américaine ; - les biographies ; - l’information juridique, essentiellement américaine ; c’est l’activité d’origine, il ne faut pas l’oublier, mais on trouve aussi du droit anglais, néo-zélandais, canadien et irlandais, ainsi que Celex, la banque de données du droit européen ; - des informations scientifiques et techniques, en particulier dans le domaine médical ; - des informations brevets, avec notamment les brevets américains et européens en texte intégral. Si l’on s’en tient à la presse, le chiffre annoncé de 11 000 titres disponibles est significativement plus élevé (de plusieurs milliers) que ce qu’annoncent Factiva ou Newsroom de Dialog. Le problème est que, chez les uns comme chez les autres, on ne sait pas exactement comment est effectué ce décompte. On se pose d’ailleurs quelques questions lorsque l’on voit que dans le service Internet gratuit d’identification des sources de LexisNexis (disponible à l’adresse http://web.nexis.com/ sources/), de nombreuses sources en français sont comptées deux fois. On notera au passage qu’il n’est pas possible sur ce service d’identifier les sources françaises directement, mais seulement les sources en langue française, en les limitant, éventuellement à l’Europe ; on ne peut en effet sélectionner un pays européen, alors qu’on peut sélectionner un état américain. Il faudrait sans doute aider les Américains, qui ont fait ce service d’aide, à prendre conscience du fait que l’Europe aussi est composée d’états, et qu’ils sont même sans doute un peu plus différenciés que ne le sont les états américains. Factiva, dans son “source locator”, permet pour sa part de sélectionner les sources françaises. L’offre presse de LexisNexis comporte, comme on l’a vu, une majorité écrasante de titres en anglais ; on trouve cependant aussi des titres de presse française, néerlandaise – avec en exclusivité les dix plus gros titres de presse néerlandaise (Reed Elsevier est un groupe à moitié néerlandais) –, allemande, espagnole, italienne, danoise, en langue originale. Précisons néanmoins que, hormis la presse américaine bien sûr et celle du Royaume-Uni, très bien représentée, la presse des autres pays ne compte que quelques titres ou quelques dizaines de titres. Le gros problème est que la documentation relative à cette offre très diversifiée est extrêmement limitée et que, sauf motivation très forte, il est très long et très difficile de s’y retrouver. Les bureaux français et européens ont diffusé il y a quelques années plusieurs numéros d’une lettre destinée à leurs clients, mais cela ne fut qu’un feu de paille. Seules quelques fiches aident à faire certaines recherches – comme pour les biographies – ; quelques clients reçoivent par ailleurs chaque année le LexisNexis Directory of Online Services qui, bien qu’un peu rébarbatif, est très intéressant ; son édition 2003 compte plus de 800 pages. Les Américains diffusaient gratuitement à une époque, par fax puis par mail, une petite lettre baptisée LexisNexis This Week, annonçant les nouveautés et donnant des exemples de stratégies. Il fallait vraiment fouiller dans les recoins du site pour trouver le bulletin d’abonnement à cette lettre. Sa publication a malheureusement été inter-rompue, et ses abonnés n’ont pas été informés de la disponibilité de la publication mensuelle “LexisNexis Information Professionnal Update”, à l’adresse www.lexisnexis.com/infopro/newsletters/. Il faut cependant préciser que le contenu de cette dernière lettre n’a vraiment d’intérêt que pour les juristes américains, exception faite de la rubrique “New to the LexisNexis Services”, qui présente les sources venant d’être chargées. Le dernier numéro annonce ainsi le chargement de plus de cinquante publications très diverses, telles que New Zealand Management, Latin News Daily, Journal of Business Strategy, l’annuaire d’ICC consacré aux sociétés irlandaises, diverses publications en allemand et près de 40 publications de type juridique, essentiellement américaines. UNE ORGANISATION COMPLEXE MAIS PARFOIS ASTUCIEUSELes informations de LexisNexis sont organisées en bibliothèques (il y en a 208 aujourd’hui), à l’intérieur desquelles on peut choisir un ou plusieurs fichiers, sachant qu’un fichier peut être composé d’une ou plusieurs sources, en totalité ou en partie. Certains fichiers peuvent par ailleurs se trouver dans plusieurs bibliothèques. Parmi ces 208 bibliothèques, on trouve celles correspondant aux documents juridiques de chacun des états américains, ainsi que toute une série de bibliothèques consacrées à différents thèmes juridiques – tels que Corporate Law, Copyright Law, State Tax – ou au droit de certains pays anglo-saxons, comme New Zealand, Malaysia, UK, ces dernières proposant également des titres de presse publiés dans ces pays. Le nombre important des bibliothèques de nature juridique illustre, s’il en était besoin, la part qu’occupe le droit anglo-saxon dans l’offre de LexisNexis. Hors du droit, la bibliothèque NEWS rassemble 9 000 sources dont les articles en anglais sont disponibles en texte intégral. Sont également disponibles dans cette bibliothèque environ 1 000 sources dont les articles figurent sous forme de résumés en anglais, tels qu’une sélection en provenance de la banque de données Business & Industry, ceux de Chemical Business News Base ou les abstracts du Wall Street Journal. On trouve enfin dans cette bibliothèque NEWS des articles dans d’autres langues que l’anglais. C’est ainsi que l’on arrive à 11 000 sources environ. D’autres bibliothèques de taille plus réduite ont des thématiques plus spécialisées, dont certaines sont particulièrement intéressantes, par exemple : - PEOPLE, qui regroupe les annuaires biographiques et les articles de presse de type biographique ; - BLOOMBERG (BLMBRG), qui propose différents fils de cette agence mais pas en temps réel. Ces documents ne se trouvent dans aucune autre bibliothèque ; - ENTERTAINMENT (ENTERT), qui est très prisé des professionnels du secteur. Elle inclut en particulier des titres spécialisés comme Entertainement Design ou Television Europe, ainsi qu’une sélection d’articles issus de publications non spécialisées dans ce domaine, tel que le New York Times ou Nikkei Weekly ; - COMPANY (COMPNY) dans laquelle on trouve, en particulier, des annuaires, des documents financiers et des rapports concernant les entreprises. Signalons que les brevets sont regroupés dans LEXPAT et les documents de type medico-pharmaceutique dans GENMED (General Medical Library). La presse française pour sa part est disponible dans les bibliothèques NEWS, WORLD, EUROPE et LANGFR. Dans la recherche traditionnelle, on choisit d’abord dans quelle bibliothèque on veut effectuer la recherche, mais on peut hésiter dans le choix de bibliothèques dont les contenus se recoupent, comme par exemple NEWS et MARKETING. On peut ainsi se trouver confronté à un choix ne proposant que de mauvaises solutions, c’est-à-dire ne chercher que dans l’une au risque de négliger certaines sources, ou chercher dans les deux et avoir du bruit. On choisit ensuite dans quel fichier, plus précisément, on veut effectuer la recherche. A titre d’exemple, dans la bibliothèque NEWS qui est sans doute l’une des plus importantes, les fichiers que nous utilisons les plus classiquement sont ceux qui regroupent tous les articles en texte intégral en anglais. ALLNEWS (ALLNWS) reprend ainsi l’ensemble, avec des articles remontant jusqu’au 28 avril 1967 – en l’occurrence un article de Latin American Newsletter –, tandis que Newsweek remonte à janvier 1975 et le Washington Post à janvier 1977. Mai on peut aussi se limiter aux informations du jour, des trois derniers mois, des deux dernières années ou au-delà de deux ans. On peut aussi sélectionner les magazines, les principaux quotidiens... Si, classiquement, beaucoup de bibliothèques sont de simples regroupements du contenu d’une série de titres (lorsqu’il s’agit de presse), d’autres ont des définitions plus subtiles qui permettent des applications intéressantes et astucieuses. Dans la bibliothèque PEOPLE par exemple – consacrée aux informations à caractère biographique – on peut, si on le souhaite, chercher seulement dans le fichier des annuaires biographiques stricto-sensu, mais également dans le fichier constitué par des articles de type biographique issus d’un grand nombre de publications, ou encore dans les deux. De même, dans la bibliothèque UK, on peut choisir le fichier constitué des titres publiés au Royaume-Uni et/ou celui des articles issus d’autres publications mais traitant d’une actualité concernant le Royaume Uni. UNE MULTITUDE D'INTERFACESCes principes d’organisation de l’information ont longtemps été les seuls moyens d’accéder au contenu de LexisNexis, et restent aujourd’hui le mode d’organisation sous-jacent des informations. Le développement de la micro-informatique et d’Internet, l’abandon du terminal rouge ... et des réflexions marketing nouvelles ont conduit LexisNexis a développer, il y a quelques années déjà, de nombreuses interfaces diffé-rentes ; dans celles-ci, ces principes n’apparaissent pas aussi clairement, d’autres moyens a priori plus conviviaux et nécessitant une moindre connaissance de l’organisation des sources étant mis en œuvre. L’interface Windows qui est le prolongement de celle offerte en son temps par le terminal Ubiq est baptisée aujourd’hui Research Manager. Elle est disponible en deux versions : Classical Interface et Graphical Interface. Dans cette dernière, les sources sont identifiées par un chemin, par exemple : News / by country & region / France. Deux interfaces plus particulièrement destinées aux Européens sont actuellement mises en avant : LexisNexis Professional disponible en trois langues (français, anglais, allemand), et sa version allégée LexisNexis Executive. Dans ces interfaces, plusieurs façons de choisir les sources sont proposées. Citons enfin pour mémoire les interfaces – disponibles en anglais uniquement – lexis.com pour les recherches de nature juridique et nexis.com, plutôt diffusées aux USA. Le principe - louable - du développement de ces interfaces est de faciliter les recherches des non-spécialistes et même, sans doute, des spécialistes ; mais on regrettera qu’il ne soit pas prévu de développement futur sur l’interface Research Manager. C’est une tendance actuelle au nivellement par le bas, que l’on trouve malheureusement de plus en plus souvent, chez les serveurs ou agrégateurs. UNE RECHERCHE EN ENTONNOIRLe principe traditionnel de la recherche sur LexisNexis est basé sur le principe de l’entonnoir. On effectue en effet une première recherche, que l’on peut modifier en ajoutant d’autres termes, sachant que ces termes seront liés à la syntaxe de la première recherche par un opérateur, booléen ou non. Il est en revanche impossible de combi-ner les étapes. On peut utiliser les opérateurs booléens classiques, ainsi que des opérateurs de proximité, dans l’ordre ou non. Un opérateur atleast permet d’exiger qu’un terme soit présent n fois. Une fonction “more like this” est également disponible. On peut limiter la recherche à certains champs, variables selon les fichiers. On dispose des pluriels automatiques et même d’une certaine forme de synonymie, puisque co par exemple retrouve company. Les documents en anglais de la bibliothèque NEWS sont indexés avec le Smart Indexing ; les documents dans d’autres langues seront aussi indexés à terme. On peut dire que ces fonctionnalités de recherche sont assez proches de celles de Factiva, ce qui confirme l’état de concurrence assez frontale de ces deux agrégateurs, pour ce qui concerne la partie News. Sur l’interface LexisNexis Professional, différentes démarches de recherche – globalement assez guidées – sont proposées, pour le choix des sources comme pour la mise au point de la stratégie. Même si le fonds est identique, la démarche de recherche peut être assez différente de celle utilisée dans l’interface classique. Un point est en particulier très différent. Il s’agit de la limitation à 1 000 du nombre de réponses sur l’interface Professional. Si le résultat de la recherche dépasse 1 000 documents, un message apparaît en effet qui rappelle cette limite de 1 000 et invite à reformuler la question, sachant qu’il n’y a pas d’autre choix. Cette limite à 1 000 documents nous paraît très pénalisante. Sa probable augmentation prochaine à 3 000 documents ne nous paraît pas être une amélioration significative. Cela n’enlèvera pas la contradiction qu’il y a entre l’utilisation d’un énorme système – plus de 2,5 milliards de documents et des possibilités de recherche très puissantes – et une telle limite dans les résultats d’une première formulation d’une question. Il est évident qu’il est exceptionnel de vouloir visualiser 1 000 documents ; mais il ne l’est pas du tout d’en obtenir beaucoup plus lorsque l’on commence à formuler une question de façon un peu générale pour l’affiner ou la modifier ensuite. En fait, il semblerait que cette limite soit un effet pervers du système de facturation utilisé dans la plupart des cas par LexisNexis, qui est une facturation à la question, à laquelle s’ajoute en général le coût des lignes téléchargées. Il existe quantité d’autres systèmes de facturation : à la durée, à la puissance informatique consommée, à la session, au terme de recherche, uniquement au document visualisé... Aucun de ces systèmes n’est totalement satisfaisant. Mais le plus insatisfaisant nous paraît être la facturation à la question, qui pénalise fortement l’utilisation de l’interactivité, princi-pale qualité d’un système de banques de données en ligne tel que LexisNexis. Par ailleurs, si la recherche générant plus de mille documents est refusée et n’est pas facturée, celle générant zéro réponse l’est bel et bien, y compris s’il y a une faute de frappe ou d’orthographe dans la formulation de la question, ce qui nous a toujours posé un problème de principe ! Il est clair que le développement des facturations forfaitaires rend moins apparent ce principe de facturation et ses inconvénients ; il n’en reste pas moins que le calcul des forfaits est effectué pour une part sur ces facturations à la question. Ce refus par le système d’une question générant plus de 1 000 réponses a été créé pour que les utilisateurs novices ou peu habitués – de plus en plus nombreux depuis la mise à disposition des interfaces Internet – ne se voient facturer une question dont les résultats ne seront pas facilement exploitables, et qu’il peut être difficile de reformuler uniquement avec des modifications gratuites. Sur l’interface Research Manager en revanche, le message annonçant que la recherche va générer plus de 1 000 documents apparaît également, mais il suffit d’appuyer sur la touche Envoi pour que la recherche soit effectuée quel que soit le nombre de réponses. Cela tient au fait que cette interface est destinée à des utilisateurs a priori plus professionnels que ceux de l’interface ... Professional qui, de plus, peuvent choisir d’être facturés soit à la question, soit au temps de connexion. L'EVOLUTION EN MARCHEComme on l’a vu au début de cet article, LexisNexis fait partie des pionniers de l’information en ligne, avec une offre particulièrement solide sur le plan technique et sur celui du contenu. Son double positionnement sur le droit et la presse a sans doute contribué à brouiller son image, surtout en France, avec le transfert à Lamy des fonds juridiques français. LexisNexis a aussi souffert de la complexité de son offre – ce qui bien sûr ne diminue en rien son intérêt – et d’une communication très déficiente, sauf sans doute à l’époque de TéléConsulte pour le droit français. Ces handicaps n’ont rien d’insurmontable, même si les concurrents n’ont pas attendu pour accentuer leur présence. La nouvelle équipe a quantité de chantiers passionnants devant elle et elle en a tout à fait conscience. On attend avec intérêt la concrétisation des projets.
|
|||||||