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Accueil > Bases > Anciens sommaires > Concentration chez les agrégateurs de presse française

Bases, Numéro de Décembre 2003 - n°200


Concentration chez les agrégateurs de presse française

Cedrom-SNI achète Diva-Press

Auteur : François Libmann

 
Jusqu’à il y a peu, trois agrégateurs de presse française se trouvaient en concurrence sur le marché. Après l’abandon de ce secteur par Questel, L’Européenne de Données avait ainsi été rejointe par Cedrom-SNI et, plus récemment, par Diva-Press.

Cette offre pouvait paraître surabondante. Le marché français en effet n’est pas  extensible à l’infini, même si l’on peut penser que le prosélytisme – et sa conséquence, qui est la conquête de nouveaux utilisateurs – réalisé par les uns et les autres, n’était pas sans résultats.
   
Lorsque l’on fait l’inventaire des offres du domaine, il faut aussi prendre en compte celle de serveurs internationaux comme Factiva ou LexisNexis ; certes, ils ne sont pas strictement concurrents, mais leur offre de presse française – élément d’une offre très internationale – n’est pas négligeable.
   
On savait dans le milieu que Diva-Press, produit original relancé récemment (voir Bases n°191, février 2003), peinait à trouver le volume de clientèle et les moyens qui lui auraient assuré le développement espéré au sein du groupe Agefi.
   
Aussi, dès le mois d’octobre 2003, les actionnaires de Diva-Press se sont-ils mis en quête d’un partenaire ou d’un acheteur, avec l’objectif d’avoir “bouclé” le dossier dès la fin de l’année.
   
Ils avaient en effet pris conscience que, si les développements techniques et marketing avaient pour l’essentiel été réalisés, il était indispensable de s’adosser à un industriel pour permettre un développement commercial conséquent et parvenir à un niveau satisfaisant de rentabilité.
   
C’est finalement le schéma de la cession pure et simple à une société ayant les mêmes activités qui a été retenu, d’autant que l’Agefi souhaitait se recentrer sur ses produits d’édition et de presse.
   
On notera que cette cession se fait onze mois seulement après le lancement marketing de Diva-Press, ce qui paraîtra très rapide. Pierre Briand, le directeur général sortant de Diva-Press, ne peut, comme on l’imagine, s’empêcher de regretter de n’avoir pas disposé de plus de temps pour développer le produit.
   
Des rumeurs assez insistantes avaient laissé penser que SVP – qui en est à son deuxième propriétaire depuis la vente de la société par la famille des fondateurs – rachèterait Diva-Press, réalisant ainsi une sorte d’intégration verticale. Mais il semblerait que certains éditeurs aient eu des réticences, menaçant dans ce scénario de ne pas reconduire les contrats avec le nouveau propriétaire. Ils semblaient préférer en effet que Diva-Press soit repris par une entité ayant déjà une bonne expérience de ce type de contrat.
   
On aurait aussi pu penser qu’un des acteurs du secteur des revues/panoramas de presse saisirait là l’occasion d’acquérir cette société, présente à la fois sur le créneau des panoramas de presse et sur celui de la mise à disposition d’archives, même si le secteur concerné – la finance – était de taille relativement limitée.
   
Finalement, c’est le Canadien Cedrom-SNI, offrant en France le service Europresse, qui a remporté l’affaire. Cette opéra-tion lui permet d’éliminer un concurrent – plutôt potentiel, puisque le nombre de clients communs est inférieur à dix –, mais aussi et surtout d’acheter une clientèle dans un secteur où il était peu présent.
   
Ce rachat permet aussi à Europresse de récupérer – cela fait partie de la transaction – l’exclusivité de trois titres présents uniquement sur Diva-Press, à savoir L’Agefi, L’Agefi Actifs et le Guide des Etats Majors. Europresse trouve enfin dans Diva-Press des titres non exclusifs qu’il n’avait pas, tels que le Journal des Finances, Investir, Le Revenu, La Vie Financière, le Financial Times et le Financial News, tous clairement orientés vers la clientèle des financiers, cœur de cible de Diva-Press.
   
Richard Pottecher, PDG de L’Européenne de Données, nous a confié se réjouir de cette opération de concentration, qu’il analyse comme un signe de maturité du secteur.
   
Cela étant, au-delà de l’achat d’une clientèle dans un domaine où il était peu présent, on peut se demander ce qui a motivé la décision de Cedrom-SNI d’acheter Diva-Press. La plate-forme de Cedrom-SNI est en effet très différente de celle de Diva-Press, qui utilise le moteur de recherche de Sinequa.

Or, on a pu remarquer dans le passé que la présence de deux plates-formes différentes était un sérieux frein aux synergies espérées lors du rachat d’un serveur agrégateur par un autre.
   
Ainsi, après que le groupe Maxwell eut acquis les serveurs Orbit et BRS à la fin des années 80, il a envisagé de fusionner les deux plates-formes mais y a finalement renoncé, notamment à cause de leurs caractères profondément différents.
   
Dan Wagner quant à lui avait également dû renoncer à ses vélléités de fusionner DataStar et Dialog, lorsqu’il en a été propriétaire. Certains gros utilisateurs de DataStar – et notamment les laboratoires pharmaceutiques suisses – avaient en effet menacé de basculer leurs consommations chez Ovid et/ou Dimdi, si Dan Wagner mettait son projet à exécution en limitant de facto les performances de DataStar ou de ce qui lui aurait été substitué.

Le seul à avoir vraiment réussi la fusion de deux plates-formes est Questel qui, à partir de sa plate-forme et de celle d’Orbit, a créé la plate-forme commune Questel. Orbit, qui semble avoir été bien acceptée par la majorité des clients de l’un et l’autre serveur.
   

UNE NOUVELLE PLATE-FORME EN 2004

   
En fait, l’examen du produit Diva-Press a produit une “résonance” chez les dirigeants de Cedrom-SNI ; ils y ont trouvé beaucoup de points communs avec le projet de nouvelle plate-forme à laquelle ils réfléchissent depuis deux ans et dont le lancement est prévu pour le deuxième semestre 2004.

Cette nouvelle plate-forme va intégrer les problématiques des “knowledge workers”, clientèle complémentaire de la clientèle actuelle – qui ne sera pas abandonnée pour autant –, en grande partie composée de documentalistes.

Il se trouve que Diva-Press a fait une avancée intéressante dans cette direction des knowledge workers, avec un thesaurus spécialisé et différentes fonctionnalités adaptées à ce public d’utilisateurs finaux, comme des outils de visualisation et d’autres de contextualisation, à partir des résultats d’une recherche.
   
Même si ces fonctionnalités sont plutôt centrées sur le domaine de la finance, la convergence entre cette plate-forme et les projets de Cedrom-SNI a certainement été un élément important dans la décision de ce dernier, d’autant que l’on peut penser que le prix négocié pour l’achat de Diva-Press a dû être assez raisonnable.
   
Par ailleurs, selon certaines sources, la plate-forme de Diva-Press n’avait pas une très grande capacité de développement et des investissements importants auraient sans doute été nécessaires pour dépasser certains seuils.
   
D’ici là, les deux plates-formes vont être maintenues en l’état avec assez peu de changements.
Cedrom-SNI maintiendra son chargement – prudent – de nouvelles sources, tous les deux mois le 10, avec comme axes actuels :

- la presse quotidienne régionale (PQR) ; les titres actuellement disponibles sont La Nouvelle République du Centre Ouest, Le Journal de Saône et Loire, Le Parisien, Le Progrès, Le Télégramme, Ouest France et Sud-Ouest ;

- l’environnement, avec en particulier des titres comme Environnement Magazine, publié par Victoire Editions.
Les prochains chargements sont prévus le 10 février et le 10 avril prochain.
   
On notera avec intérêt la convergence des stratégies de Diva-Press et Cedrom-SNI : tous deux sont très prudents dans le chargement de nouvelles sources, et accordent beaucoup d’importance  aux nouvelles fonctionnalités, destinées à de nouvelles clientèles.
   
Cette stratégie et ce discours sont évidemment une façon de se démarquer de la stratégie de chargement massif de sources de presse françaises de L’Européenne de Données  (voir Bases n°199, novembre 2003).
   
Le lancement très récent d’une série d’outils spécifiquement destinés à la réalisation de panoramas de presse semble néanmoins démontrer que L’Européenne de Données se préoccupe aussi du développement de nouvelles fonctionnalités.
   
Les cinq personnes de l’équipe de Diva-Press ont rejoint les locaux d’Europresse et seront sous la responsabilité de Raymond Descout, Vice- Président Ventes et Marketing Europe et Directeur Général de Cedrom-SNI France, tandis que Pierre Briand, Directeur Général sortant de Diva-Press, est nommé Directeur Général d’Agefi Editions en plus de ses fonctions de Directeur de la Stratégie et du Développement du Groupe Finintel.
   
Pour le moment, les contrats des clients avec les deux agrégateurs seront poursuivis en l’état, et les commerciaux de l’un et de l’autre vendront évidemment les deux services.
   
Ils devront gérer les politiques de prix relativement différentes des deux agrégateurs.
   
Si l’on compare, par exemple, les deux formules d’achat d’articles à l’avance, la formule Diva-Solo permet d’acheter les articles à 1 € HT – si l’on en achète 200 d’avance à consommer en moins d’un an –, tandis que Europresse facture désormais 2,50 € HT l’article, quand on achète un panier de 50 articles à consommer en moins de trois mois. Précisons que cet achat de panier d’articles ne donne pas accès à toutes les fonctionnalités du serveur. Il y a peu, le prix de ce panier de 50 articles était calculé sur la base de 1,50 € HT l’article.
   
Interrogés sur cette augmentation pour le moins brutale (+66,7 %), les commerciaux de Cedrom-SNI répondent que cette augmentation a été décidée à la demande des éditeurs – qui ont bon dos –.
   
On attend avec impatience le lancement de la nouvelle plate-forme de Cedrom-SNI, qui offrira, nous a précisé Raymond Descout, des systèmes de facturation plus diversifiés que ceux proposés aujourd’hui, car le système actuel commence à atteindre ses limites.
   
En effet, le principe du prix uniforme des articles a connu sa première exception avec la mise à disposition des biographies de la SGP, avec un tarif “premium” lié à un abonnement particulier.
   
La possibilité de varier les prix selon les sources permettra certainement d’avoir une offre plus réaliste, sachant que ce principe n’a rien d’innovant, dans la mesure où des serveurs comme L’Européenne de Données en France, Dialog ou DataStar, Questel ou STN d’autre part, l’ont toujours pratiqué sans problème majeur à notre connaissance.
   
On espère aussi qu’Europresse n’aura plus comme seule offre d’abonnement – hors milieu académique où ses prix bas ne sont pas du goût de tous – le forfait mensuel, qui oblige à l’achat d’un certain nombre d’articles (75 au minimum) en plus de frais fixes non négligeables .
   
On regrettera déjà que la formule d’abonnement avec frais fixes mais sans consommation minimum ait été supprimée, en rappelant que dans ce cadre, le prix de l’article était brutalement passé il y a environ un an de 1,83 € à 3 € (+64 %), bien sûr à la demande des éditeurs nous a t-on dit.
   
Si cette formule de forfait mensuel peut éventuellement convenir à des structures capables d’estimer précisément leur consommation mensuelle et que, de plus, cette dernière soit proche d’un des paliers proposés (le palier suivant 75 articles est 150 articles), on a du mal à imaginer des structures qui n’ont pas de baisse de consommation certains mois de l’année, par exemple en août, en décembre ou en mai. Elles ont donc de grandes chances de payer pour des articles qu’elles ne vont pas visualiser.
   
Ceux qui ont des consommations variables et, ce qui aggrave leur cas, sont dans l’impossibilité de les prévoir, ont la désagréable impression d’être piégés davantage encore, quelle que soit leur consommation réelle, dès qu’elle sort de la consommation prévue.
   
En effet, s’ils ne consomment pas les articles de leur forfait mensuel, ils les payeront quand même, sachant que ce qui n’est pas consommé dans le mois n’est pas reportable le mois suivant (même avec la plupart des forfaits de téléphone mobile, la durée non consommée d’un mois est reportée sur le mois suivant).
   
S’ils consomment plus ou s’ils risquent de consommer plus, ils ont le choix entre deux mauvaises solutions : soit le service est coupé jusqu’au début du mois suivant – ce qui nous paraît très douteux sur le plan de la qualité de service –, soit le service n’est pas coupé mais les articles sont facturés aux prix fort, à savoir 3,5 € dans le cas du premier forfait (75 articles par mois), soit près du double des 75 premiers articles à 1,84 € hors frais fixes.
   
Petit détail : aucune alerte n’est prévue lorsque l’on atteint ou que l’on va atteindre le plafond mensuel ; il faut aller vérifier régulièrement sur le site où l’on en est de sa consommation mensuelle.
   
Autre inconvénient, Cedrom-SNI demande un paiement d’avance, alors que les serveurs envoient traditionnellement des factures en fin de mois.
   
Ce type de facturation devrait conduire les utilisateurs à mettre en relation, de façon peut-être plus attentive qu’ils n’ont coutume de le faire, le prix de l’article tel qu’il est affiché et le prix moyen effectivement payé des articles visualisés. Selon certains, le coût réel peut aller jusqu’au double du prix affiché.
   
Nous attendons avec impatience les systèmes de facturations plus diversifiés qui sont annoncés par Cedrom-SNI et verrons s’ils marquent  ou non un changement d’état d’esprit. D’ici là, la diminution du nombre d’acteurs dans le secteur des agrégateurs de presse française risque d’être de courte durée. Presse+ en effet – qui, par ailleurs, est le premier à avoir signé pour une licence de France Actu Régions – annonce le lancement en février de son service en ligne, avec mise à disposition d’archives.

Le lancement prochain de ce service avait déjà été annoncé en décembre 2000 (voir Bases n° 167) et l’on n’avait rien vu se concrétiser ; mais les responsables de Presse+ assurent que, cette fois, le lancement est réellement imminent.

QUELQUE CHIFFRES SUR CEDROM-SNI

- Plus de 200 titres en ligne (essentiellement presse française et canadienne)
- 250 clients français auxquels viennent s’ajouter une centaine de clients de Diva-Press
- Plus de 700 clients canadiens
- 25 000 articles chargés chaque jour
- Plus de 20 personnes au service des opérations basé au Canada
- 99,50 % de disponibilité du service
- Equipe de 10 personnes à Paris rejointe par 5 personnes de Diva-Press
Le groupe Cedrom.SNI se présente comme globalement rentable

Cedrom-SNI France a réalisé l’an dernier de gros investissements en terme de personnel et de locaux pour atteindre la rentabilité à terme.

Pour la période du 1 septembre 2001 au 31 août 2002, le CA a été de 670 000 € ; il a plus que doublé sur l’exercice achevé au 31 août 2003.

Ce chiffre inclut la distribution de cédéroms et les services aux éditeurs (ventes d’archives sur leur site propre)




 

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