Bases, Numéro de Novembre 2006 - n°232


Datops entre dans le giron de LexisNexis

Une tendance lourde chez les serveurs agrégateurs consiste à offrir non seulement de l’information brute, mais aussi des outils de traitement de ces informations. Ce peut être tout simplement un moyen de fidéliser les clients, en améliorant l’offre. Ce peut être aussi un moyen de vendre de la valeur ajoutée, à un prix quelquefois largement supérieur à l’information elle-même, dont il n’est pas rare qu’elle soit peu ou pas assez valorisée. Ces outils de traitement peuvent avoir été développés en interne ou par un partenaire technique extérieur. ...

Auteur : François Libmann

Parmi les opérations récentes  en termes d’outils, on citera le lancement d’Anavist par STN, un logiciel interactif qui permet de visualiser un ensemble de brevets et de références de littérature scientifique, analysés selon différents critères.

Quant aux opérations capitalistiques,  la prise de participation de Questel.Orbit dans Lingway est un bon exemple du renforcement d’une collaboration déjà ancienne, qui a produit plusieurs outils tels que PatReader ou l’extraction, dans les documents de FamPat, des éléments les plus significatifs du texte de certains brevets rédigés en anglais (EP, PCT, US).

LexisNexis et Datops étaient aussi des partenaires techniques mais là, l’opération a été plus brutale.
Non seulement LexisNexis prend 100 % du capital de Datops, mais le nom de Datops devrait également disparaître à terme au profit de LexisNexis Intelligence Solution, ce qui n’est pas très surprenant quand on connaît la politique de marque forte de LexisNexis.

Ce serveur est, comme chacun sait, l’un des trois grands agrégateurs de presse avec Factiva et NewsRoom de Thomson.

LexisNexis est aussi l’un des grands du droit, anglo-saxon en particulier, en concurrence cette fois avec Westlaw du groupe Thomson ; il est très présent aussi sur le droit français, notamment avec JurisClasseur. Nous avons présenté largement ce serveur et son histoire dans les numéros 195  et 212 de Bases.
   
Datops, créée fin 1994 sous l’impulsion de Louis Gay, est surtout connu pour son logiciel Périclès, qui propose une représentation visuelle du traitement d’informations électroniques, en partie trouvées sur le Web.

En 2001, Datops a fusionné avec Startem et API (Access Press International) et son activité s’est développée à la fois dans le conseil et la technologie.

Les synergies de l’opération de rachat de Datops sont donc parfaitement évidentes : LexisNexis acquiert un outil de traitement de l’information de bonne renommée et une base de clientèle plutôt positionnée grands comptes, tandis que l’entité Datops voit démultiplier sa puissance financière et commerciale.

Cela étant, les opérations de fusion/acquisition, mêmes amicales, peuvent toujours réserver des surprises dans leur mise en œuvre et l’avenir seul dira ce qu’il adviendra vraiment des compétences et des équipes de Datops au sein de LexisNexis.

On sait que dans l’organisation de LexisNexis, les pays ont une certaine autonomie et certains services ne sont pas nécessairement disponibles partout.
C’est ainsi que CopyGuard, un système intéressant de détection des plagiats, est inconnu au bataillon français.
Dans le cas de Datops c’est, pour des raisons évidentes, LexisNexis France qui a été un moteur très actif.

Dans un premier temps, les marchés qui pourront bénéficier de cette solution seront, outre la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg.

On ne pourra s’empêcher de noter, pour conclure, qu’une société française innovante dans le domaine du logiciel passe dans le giron d’une société étrangère.

Les pouvoirs publics avaient jugé utile d’empêcher qu’Arisem, autre société française innovante dans le domaine du logiciel, soit rachetée par un fond canadien – Arisem a finalement été intégrée par Thalès (Bases n°205, mai 2004).

Malgré les discours actuels sur le patriotisme économique, personne n’a, semble-t-il, vu d’obstacle au passage de Datops dans le giron d’une filiale de la société anglo-néerlandaise Reed Elsevier.