Netsources, Numéro de Mai-Juin 2006 - n°62


Identifier les principaux acteurs d'un domaine

L’étude de marché est le passage obligé de tout créateur d’entreprise ou, plus simplement, de toute entreprise qui souhaite développer de nouvelles activités. La première démarche est ici de bien comprendre son environnement concurrentiel et donc d’identifier les principaux acteurs (experts, entreprises...) qui existent sur le marché. Différents outils permettent de les identifier, au moins en partie.

Auteur : Béatrice Foenix-Riou

Les bases de données classiques notamment, hébergées sur les grands serveurs et agrégateurs, peuvent s’avérer précieuses. Pour une telle recherche, on pourra par exemple interroger avec profit les diverses banques de données brevets et repérer ainsi les entreprises et organismes qui ont déposé le plus de brevets dans un domaine. De façon analogue, l’analyse des publications scientifiques référencées dans les bases spécialisées facilitera l’identification des experts et des lieux d’excellence. Les bases bibliographiques et les agrégateurs de presse (Pressedd, Europresse...) permettront quant à eux de trouver, grâce à la puissance de leur langage d’interrogation, des articles de fond citant des entreprises, des experts, etc. Enfin, on pourra identifier les études de marché couvrant le domaine grâce aux sites d’éditeurs (Xerfi...) ou aux agrégateurs d’études de marché (Market Research.com...).

Mais ces documents sont souvent coûteux et, dans de nombreux cas, l’interrogation des sources nécessite de prendre un contrat avec le serveur et de connaître son langage d’interrogation...

Pour les entreprises qui ne disposent pas de ces moyens, il reste la solution de chercher des informations sur le Web gratuit.
On n’obtiendra certes pas le même niveau d’information que dans les bases classiques, mais les renseignements trouvés pourront néanmoins fournir une première approche du marché.

Cela étant, si l’on peut à coup sûr identifier un certain nombre de données pertinentes sur la Toile, il est indispensable d’adopter une méthodologie rigoureuse, sous peine de passer un temps considérable à errer de lien en lien, sans forcément aboutir à des renseignements utiles !

Nous présenterons dans cet article quelques méthodologies – parmi les nombreuses qui existent – permettant d’arriver à ses fins ; nous les illustrerons en tentant de résoudre le problème suivant :

comment repérer les principaux acteurs (experts, entreprises...) dans le domaine des nanotechnologies, en France ?


Lors d’une recherche de ce type, le réflexe de nombreux internautes sera certainement d’interroger Google avec des mots comme nanotechonologies et expert, entreprise... en pensant, dans le meilleur des cas, à utiliser l’opérateur OR pour combiner les synonymes et les formes singulier et pluriel.

Si cette méthode peut indiscutablement permettre de trouver quelques résultats intéressants, elle s’apparente plus à une pêche aux informations qu’à une recherche professionnelle d’informations.

L’identification de “pépites” dans les premières pages de résultats sélectionnés par Google – on pourrait même dire dans les 20 premiers résultats, car les analyses montrent que les internautes dépassent rarement les deux premières pages –, parmi un total d’environ 1 050 000 de pages pertinentes, relève en effet fortement du hasard.

Les pages sélectionnées contiendront bien les mots nanotechnologies et entreprise ou expert...– et encore, il est fréquent que l’un des mots soit dans les backlinks et non dans la page elle-même ! –, mais le document pourra être ancien – le premier résultat, intitulé “01net. - Nanotechnologies : la nouvelle bulle ?”, date ainsi de mai 2002 –, les pages ne citeront pas forcément les noms d’experts du domaine, etc.

Bref, pour ce type de recherche, le moteur n’est pas forcément l’outil le mieux adapté, du moins si la question est formulée ainsi.

CHERCHER vs RECHERCHER


Le Petit Larousse nous dit que le verbe “rechercher” signifie “chercher avec soin”.
Si l’on applique cette définition au domaine de l’information, cette tâche effectuée “avec soin” peut correspondre à la phase de préparation de la recherche elle-même.

On retrouve là les conseils plusieurs fois donnés dans ces colonnes expliquant que, dès que la recherche est un tant soit peu complexe, il est important de prendre le temps de la réflexion. Cette phase de réflexion, trop souvent oubliée par les internautes, a pour but d’identifier non pas directement les documents eux-mêmes, mais les sources susceptibles de contenir ces documents.

Dans notre cas, cela revient à rechercher non pas les coordonnées d’acteurs du domaine, mais plutôt les sources susceptibles de les recenser.
Cette simple reformulation de la question met en évidence plusieurs pistes, qu’il faudra explorer :
• dans les domaines de ce type, il existe souvent un ou plusieurs organismes fédérateurs  ; ce peut être un club, une association, une fédération...
• un domaine “de pointe” comme les nanotechnologies peut aussi intéresser les pôles de compétitivité ;
• peut-être existe-t-il un annuaire des professionnels du domaine, couvrant la France ou, plus sûrement, l’international ;
• les conférences sur le sujet enfin peuvent permettre d’identifier des experts de la question...

Ce ne sont ici que quelques pistes, parmi les nombreuses qui existent ; il reste ensuite à choisir l’outil de recherche le mieux adapté à chacune.

MOTEUR DE RECHERCHE : DANS QUEL CAS ?


Dans les deux premières pistes, il s’agit de localiser le site Web d’un éventuel organisme français – association, club, fédération ou pôle de compétitivité – dans le domaine des nanotechnologies.

Logiquement, une telle requête devrait être posée à un annuaire généraliste, qui recense les sites par rubriques et sous-rubriques.
Malheureusement, l’offre en la matière ne cesse de décroître : Yahoo! France a supprimé son annuaire généraliste il y a quelques semaines – ce qui était prévisible depuis longtemps –, la partie française de l’Open Directory est très incomplète et le guide Voila végète dans son coin...
Bref, le moteur de recherche semble l’outil le mieux adapté pour repérer les pages d’accueil des sites de ces organismes.

En posant à Google la question : nanotechnologies association OR club OR fédération OR “pôle de compétitivité”, et en limitant la requête avec l’option Pages : France (c’est-à-dire sites hébergés en France), on obtient 248 000 pages – contre 816 000 pour le Web international –, parmi lesquelles on trouve :

• en premier résultat, le Club Nano-Micro (www.clubnano.asso.fr/) : créé en 1990, en collaboration avec les instances scientifiques nationales, le Club Nano-Micro Technologie a pour objectif de mettre en contact les chercheurs et les industriels du domaine. La rubrique Contacts fournit notamment le nom et les adresses email des membres du bureau, mais aussi des délégués régionaux du club et des responsables thématiques des différents groupes de travail et de réflexion. Au total, le site donne les noms de plus d’une vingtaine de professionnels impliqués dans les nanotechnologies ;

• le site de Minatec (www.minatec.com), pôle d’innovation en micro et nanotechnologies, arrive en 3ème position. Lancé en 2002 à l'initiative du CEA-Leti Grenoble et de l'INP Grenoble, Minatec a pour ambition de devenir le Pôle d'Innovation et d'expertise majeur en Europe pour les micro et nanotechnologies.
La rubrique Base des acteurs locaux regroupe en particulier les principaux acteurs de la microélectronique du site Grenoble-Isère  ; la recherche se fait par type d’organisme (centre de recherche, entreprise...) et activité (équipementier, logiciels CAO...), ou depuis la liste alphabétique complète des organismes (environ 250 fiches).
Au sein du Pôle Minatec, on trouve également la Fédération des Micro et Nanotechnologies Rhône-Alpes (FMNT-RA), regroupant différents laboratoires.
La rubrique Actualité enfin s’avère fort utile, avec une revue de presse du domaine qui permet d’identifier de nombreux acteurs.

IDENTIFIER UN ANNUAIRE ... AVEC UN ANNUAIRE


Parmi les voies à explorer, figurait aussi la recherche d’un éventuel annuaire des entreprises du secteur.
Si un tel annuaire existe, les probabilités sont fortes :
• qu’il soit international, ou à tout le moins américain (il n’y a pas forcément assez d’acteurs en France pour qu’il existe un annuaire français) ;
• qu’il soit référencé dans un annuaire généraliste (type Open Directory, Yahoo!...). Les annuaires thématiques en effet peuvent constituer des sites de référence dans leur domaine et sont alors pris en compte par les annuaires généralistes ; de plus, ils sont fréquemment édités par des sociétés commerciales, qui n’hésitent pas à utiliser les offres de soumissionnement payant.

Pour une telle requête, on peut tenter sa chance avec l’annuaire de Yahoo.com qui, contrairement à la version française, est toujours en vie et possède d’ailleurs toujours une offre de soumissionnement payant (offre qui a disparu de Yahoo! France il y a plus d’un an, et qui est proposée sur Yahoo.com au prix de 299 $ pour une évaluation sous sept jours).

Si la nouvelle page d’accueil de Yahoo.com, lancée il y a peu, ne propose plus la consultation de l’annuaire par rubriques, celui-ci reste néanmoins interrogeable par mots depuis la zone de saisie, en cliquant sur l’onglet Directory.
La consultation par rubriques reste quant à elle proposée sur l’interface épurée de Yahoo! (http://search.yahoo.com), en cliquant sur l’onglet Directory.

On lancera donc comme requête sur l’annuaire Yahoo! nano* directory (on utilisera la troncature – qui fonctionne sur l’annuaire Yahoo! mais pas sur le moteur Yahoo! – pour retrouver les formes singulier et pluriel du mot, et l’on précisera directory car l’on cherche bien un annuaire).

Cinq sites sont identifiés, parmi lesquels :
Nanovip.com - Directory of international nanotechnology business resources.
Category: B2B > Nanotechnology
www.nanovip.com/
• Nanotechnology Now - Offers a resource portal for nano science and nanotechnology news with event information, interviews, directories, glossary, and a tutorial on the basics.
Category: Science > Nanotechnology
www.nanotech-now.com/

Le premier site, Nanovip.com, se présente comme The fastest way to find nanotechnology companies, ce qui est plutôt de bon augure. C’est un véritable portail dédié au domaine des nanotechnologies, qui recense plus de 1 800 entreprises du domaine, classées par activité (capital and fundings, computers, electronics, governmental...) et par pays.
Plus de 32 entreprises et organismes sont identifiés en France. Pour chacun, le site donne une fiche avec ses coordonnées postales et téléphoniques et une descrip-tion très détaillée de son activité, de ses produits, etc.

Il est intéressant de noter que le premier résultat de Nanovip est le RMNT, Réseau de recherche en micro et nano technologies (www.rmnt.org), qui a pour but de favoriser, dans des domaines jugés prioritaires par le gouvernement, des transferts de technologies entre la recherche publique et les entreprises.
Cet acteur important n’apparaissait pas dans les premières pages de résultats de Google, puisque ce n’est ni une association, ni une fédération, ni un pôle de compétitivité... Ceci illustre bien le côté aléatoire d’une telle recherche sur un moteur...

En complément de cet annuaire d’entreprises on trouve sur Nanovip les actualités du domaine (nouveaux projets...) et l’annonce des prochains événements et conférences, dans le monde.

Le deuxième site identifié par Yahoo.com, Nanotechnology Now, est pour sa part centré sur l’actualité du domaine des nanotechnologies – il se présente comme Your Gateway to Everithing Nanotech.
Une rubrique Directory liste néanmoins, au niveau international, les entreprises et organismes classés dans des rubriques comme Academic, Business, Government...
Une sous-rubrique International recense les programmes internationaux en matière de nanotechnologies.
A cette étape de la recherche, nous avons déjà identifié un bon nombre d’acteurs (organismes, entreprises...) du domaine des nanotechnologies en France.
Cependant, si l’on souhaite être aussi complet que possible, il peut être utile d’enrichir les informations obtenues sur Yahoo! Aucun annuaire en effet n’est exhaustif, à plus forte raison quand le soumissionnement payant est obligatoire pour les sociétés commerciales – ce qui est le cas de Yahoo! – et que les délais d’insertions des sites d’organismes à but non lucratif peuvent s’avérer fort longs...

Un test rapide sur Google montre ainsi qu’il existe d’autres annuaires de même type, non présents sur Yahoo!.
Une recherche avec intitle:nanotechnology intitle:directory (pour que les deux mots soient recherchés dans le titre, mais de façon indépendante, car on peut aussi bien avoir nanotechnology directory que directory of nanotechnology companies) génère 918 résultats, parmi lesquels on trouve, en deuxième position, Nanotechweb.org ; ce portail offre notamment un annuaire international des entreprises du domaine, qui recense 15 entreprises et organismes en France et donne pour chacun un profil détaillé.

LES CONFERENCES : POUR REPERER DES EXPERTS


Lorsque l’on recherche les principaux acteurs d’un domaine, les programmes des conférences sur le sujet peuvent s’avérer des sources d’information précieuses.
Les intervenants des grands colloques sont en effet généralement choisis parmi les experts de leur profession.
Bien que l’on puisse trouver des intervenants français dans des colloques internationaux, on recherchera d’abord les congrès et conférences se déroulant en France.
Une fois le problème “cerné” – grâce à la phase de réflexion ! –, plusieurs méthodes existent pour identifier de tels événements en France.

• Les portails sur les nanotechnologies seront les premiers outils consultés. On peut en effet penser qu’ils chercheront à être le plus exhaustif possible dans leur couverture du sujet.
Nous avons justement repéré un portail, lors de la recherche d’un annuaire :
Nanotechnologie Now propose la rubrique Events & Conferences, qui recense 392 événements en 2005 (le programme d’une conférence de 2005 reste très pertinent pour l’identification d’experts), 383 événements en 2006 et 12 en 2007.     Il est impossible de chercher par zone géographique mais, comme la liste des salons d’une année s’affiche sur une page unique, il suffit d’utiliser la fonction Rechercher (sur le mot France) pour localiser les colloques en France.
23 événements sont identifiés en France, avec un lien vers le site du colloque ; ce dernier fournit, le plus souvent, le programme des journées avec les noms et les affiliations des différents intervenants.

• Les annuaires généralistes peuvent aussi être testés ; il est probable en effet que les principaux congrès disposent de leur site Web.
Une recherche sur l’Open Directory avec nano* conference* identifie la catégorie Top: Science: Technology: Nanotechnology, qui offre la sous-rubrique Conferences.
Les sites d’une trentaine d’événements sont listés ; un seul a lieu à Paris, mais il s’est déroulé... en 2002 ! C’est la malheureuse illustration du déclin des annuaires, qui peinent à mettre à jour leur répertoire...

• Sur un tel sujet, on peut également tenter sa chance avec un moteur, en précisant par exemple nanotechnologies conférence OR colloque OR congrès france.
Si les résultats risquent de contenir un pourcentage important de pages non pertinentes, la méthode permettra en revanche d’identifier des colloques ou conférences non recensés dans les portails internationaux, mais néanmoins fort intéressants.
On obtient ainsi sur Google l’enregistrement vidéo d’une conférence qui a eu  lieu à l’université Paris X, l’annonce de conférences à la Cité des sciences et de l’industrie, etc.
Une fois de plus, cet exemple illustre qu’il n’y a pas une méthode mais des méthodes de recherche.
Si toutes les pistes ne mènent pas aux mêmes informations, plusieurs voies permettent en général de répondre, au moins en partie, à la question posée.

Le seul impératif, on ne le répétera jamais assez, est de ne pas “s’entêter” sur un moteur de recherche, à partir de la requête initiale.

Lorsque les premières pages de résultats ne s’avèrent pas satisfaisantes, il faut prendre du recul par rapport à problématique, se demander quelles sont les sources susceptibles d’y répondre et relancer la recherche – en utilisant différentes familles d’outils –  pour tenter d’identifier ces sources.

Ce sont là les clés d’une recherche fructeuse.