|
Bases, Numéro de Février 2006 - n°224 Presse locale et régionale en ligne : le mouvement s'enclencheLa presse locale est d’une richesse que l’on ne soupçonne pas.
|
Auteur : François Libmann |
|
En fait, si les quotidiens régionaux membres du SPQR (Syndicat de
la presse quotidienne régionale, qui inclut aussi la presse
quotidienne départementale) se comptent en dizaines, les membres du
Syndicat de la presse hebdomadaire régionale sont beaucoup plus
nombreux, puisqu’il existe plus de 250 adhérents.
Il faut ensuite ajouter toutes les publications régionales ou locales, lettres, magazines… qui ne sont pas membres de l’un ou l’autre syndicat, par volonté délibérée ou parce que leur profil ne correspond pas exactement aux critères d’adhésion de ces derniers. Cet ensemble de publications constitue donc un gisement d’information exceptionnel sur la vie des régions françaises, métropolitaines ou non, informations que l’on ne retrouve que très partiellement ou très ponctuellement dans la presse nationale, même si de nombreux titres accordent une place certaine aux informations régionales. Les Echos et La Tribune notamment consacrent ainsi au moins une page chaque jour à des informations concernant des entreprises, essentiellement des PME/PMI situées en province. Dans l’immense flux proposé par la presse régionale ou locale, de nombreuses actualités sont d’un intérêt limité pour un professionnel de l’information, comme par exemple ce qui est lié à la vie festive ou associative locale ; or, ce thème constitue une part importante du contenu de ces publications. On y trouve en revanche des informations très précieuses qui sont rarement publiées ailleurs. Ainsi, c’est une source très efficace pour se renseigner sur des personnalités locales, qu’elles aient ou non, par ailleurs, des activités au plan national. La presse régionale ou locale peut également s’avérer utile pour mesurer l’impact de certaines mesures ou décisions prises au plan national. Enfin, c’est une manne pour collecter des informations sur les innombrables sociétés en région. La presse locale ou régionale s’en fera plus facilement et plus souvent l’écho que la presse nationale, de façon parfois très inattendue. Par exemple, les directeurs de la communication, qui “formatent” les discours des dirigeants de grandes entreprises, sont plutôt basés à Paris, ce qui peut laisser une plus grande liberté d’expression aux dirigeants d’établissements locaux. Avis aux spécialistes de l’intelligence économique... Nous avons aussi le souvenir d’’un article de journal local, qui relatait la visite d’une usine par des écoliers, à l’occasion d’une journée portes ouvertes. En apparence anodin, ce compte-rendu fourmillait d’informations précieuses et détaillait la capacité de l’usine, le nombre de lignes de production, etc. Pour les petites entreprises régionales, on pensera aussi à la presse industrielle multisectorielle comme L’Usine Nouvelle, ou spécialisée sur le secteur de l’entreprise, comme L’Officiel des Transporteurs… Mais cela n’est pas le sujet de cet article. D’une façon plus générale, la presse locale ou régionale parlera de quantité d’événements liés à une entreprise locale, qui ne seront pas repris dans la presse nationale ou économique. Il est enfin des sujets dont la dimension est spécifiquement régionale. On peut citer par exemple la mise en application des politiques de transports urbains dans les régions, ou les plans de déplacement des entreprises. Si certaines informations peuvent être trouvées notamment dans URBAMET, la presse régionale et locale est incontournable pour de tels thèmes, car elle fournit une multitude d’exemples réels très précieux. Tirer le meilleur parti de cette immense ressource est un exercice qui s’avère rapidement d’une très grande complexité, dans la mesure où ces informations sont, sauf rares exceptions, difficilement accessibles hors de la lecture de la publication à sa parution. Encore aujourd’hui, très rares sont les éditeurs de presse qui se sont préoccupés d’une autre démarche d’accès à l’information. TROIS TYPES DE BESOINLe besoin de rechercher ou d’identifier des informations régionales peut s’inscrire dans trois démarches différentes. On peut dire que la lecture d’un titre de presse à sa parution correspond à un premier type de besoin d’information. Il s’agit de se tenir informé, sans idée préconçue, de l’actualité (l’air du temps, les événements qui surviennent) dans un secteur donné : une région, un secteur d’activité (l’industrie en général ou l’agro-alimentaire en particulier…) ou un sujet d’intérêt (la littérature, la pêche de loisir…). On lira donc dès leur parution une série de titres focalisés sur cette thématique pour découvrir, sans a priori, ce qui se passe dans ce secteur. On peut, dans ce cadre, construire sans limitation un bouquet de titres de presse régionale et s’abonner à chacun des titres, mais cela devient vite très chronophage et le rapport utilité/temps passé est faible, si les sujets d’intérêt ne font pas souvent l’actualité ou si le nombre des titres à lire est important. On peut aussi utiliser les mêmes sources sous forme électronique, lorsqu’elles existent ; elles proposent alors les titres d’articles accompagnés d’un lien vers l’article, mais les ressources disponibles sous cette forme sont en nombre infiniment plus restreint. Le deuxième type de besoin d’information consiste à surveiller des sujets précis comme l’actualité d’une entreprise ou d’une personnalité. On est alors dans une problématique de veille/revue de presse. Que ces informations soient destinées à un nombre limité de personnes (dans le cas d’une veille) ou à un grand nombre (dans le cas d’un panorama de presse) importe ici assez peu. On confiera cette tâche à des services spécialisés, en interne – classiquement le service documentation ou le service communication – ou en externe, comme le prestataire TNS Media Inteligence. On pourra aussi demander à un correspondant local de surveiller une série de titres. En terme de presse régionale, seules quelques dizaines de titres permettent de réaliser cette surveillance sous forme électronique, ce qui est très limité. Néanmoins, figurent parmi eux des titres ayant une large couverture et publiant un grand nombre d’articles chaque jour, en particulier des quotidiens régionaux. Si l’on veut pouvoir retrouver aisément ces documents plus tard, il faut qu’un système d’archivage ait été mis en place – ce qui suppose un investissement non négligeable –, sauf si ces titres proposent des archives électroniques en ligne sur leur site ou via un agrégateur. Le troisième type de besoin consiste à s’intéresser à un moment donné à une personne ou à une société qui n’était pas précédemment dans son champ de préoccupation. Comme il existe de moins en moins d’organismes qui gardent des archives papier classées sur l’information locale/ régionale, on ne pourra, sauf cas particulier, retrouver l’information que si elle est disponible sous forme électronique. De plus, il faut que l’on dispose au minimum d’une recherche par mot-clé, si l’on veut retrouver un article dont on ne connaît pas la date de publication. Dans le cas contraire, on peut considérer l’information comme définitivement perdue. Le champ de la presse locale ou régionale répondant à ces conditions est donc extrêmement réduit. Là encore, le nombre de titres disponibles de façon électronique avec des archives et une recherche à partir d’au moins un mot-clé ne se compte qu’en dizaines. Il faut cependant mentionner ici la banque de données Delphes, coproduite essentiellement par les chambres de commerce et d’industrie. Lancée en décembre 1987, Delphes est née de la fusion des banques de données Grappe et Isis, créées respectivement en novembre 1979 et en janvier 1981. Cette base propose les références avec résumé d’une sélection d’articles issus de plusieurs centaines de publications, dont beaucoup de presse locale/régionale et de presse spécialisée. Un service performant, organisé par les chambres de commerce et d’industrie, assurait la fourniture des documents primaires. Après différentes péripéties dont Bases s’est fait l’écho, la production de la banque de données Delphes a été reprise début 2006 par la société Indexpresse (voir Bases n°220), qui offre des archives remontant à 1995. Il faut noter que depuis 2006, la liste des titres dépouillés a été assez profondément modifiée, avec une disparition quasi-totale de la presse locale/régionale, l’essentiel des sources étant maintenant constitué de presse spécialisée. Pour en revenir à la presse régionale en ligne, il faut saluer les pionniers que furent Nice Matin, premier quotidien de PQR disponible en ligne depuis 1996, ainsi que Sud Ouest et le Télégramme de Brest, qui l’ont suivi en 2001 ; mais la montée en puissance est longue et demeure difficile. On notera également que certains titres – pas nécessairement les plus connus, comme le Courrier de Mantes ou la République de Seine et Marne –, ont aussi innové en offrant depuis plusieurs années un site sur lequel il est possible d’interroger les archives de leurs publications ; ces exemples sont malheureusement très peu nombreux. L’INITIATIVE FRANCE ACTU REGIONSCréé à l’initiative du SPQR en 2002, le GIE Panorama PQR a lancé le 17 mars 2003 le service France Actu Régions (voir Bases n° 193, avril 2003). Toutefois, cette démarche n’est pas liée à une problématique de mise à disposition d’archives. Elle a été déclenchée par la prise de conscience qu’avec l’avènement de l’électronique, il devenait relativement facile – en tout cas beaucoup plus qu’avec le papier – de diffuser des revues de presse sous forme électronique d’un simple clic. Autre avantage, l’utilisation de l’électronique évitait de réaliser des montagnes de photocopies à acheminer ensuite à plusieurs centaines ou milliers de destinataires. Les éditeurs de PQR ont décidé de réagir, considérant à juste titre qu’il n’était pas normal qu’un article issu du numéro d’un journal acheté à un exemplaire soit largement diffusé sous forme électronique après avoir été scanné, sans leur générer de revenu supplémentaire. Rappelons que cette diffusion sous forme électronique n’entrait pas dans le cadre de l’obligation de reverser des droit au CFC (Centre français du droit de copie), comme c’est le cas pour les photocopies d’articles de presse. France Actu Régions (FAR) met aujourd’hui (le 19 avril 2006) à disposition, pour 21 titres de PQR, le contenu sous forme électronique de l’ensemble de leurs éditions, le matin de leur parution. Ce nombre était de 23 il y a peu, mais Le Midi Libre et L’Indépendant ont été provisoirement retirés. La création de ce service a dû surmonter de multiples réticences et de nombreux obstacles. En effet, pour la plupart de ces quotidiens, tant pour leur direction que pour leurs journalistes, le monde des banques de données et de l’information électronique était situé sur une autre planète. Par ailleurs, les techniques de fabrication utilisées par certains éditeurs de PQR ne permettaient pas toujours – et c’est encore le cas aujourd’hui pour quelques-uns – de transférer facilement les informations, pour leur mise à disposition sous forme électronique. Les journalistes enfin, ont souvent fait part d’une forte réticence, parfois pour des raisons de principe, le plus souvent pour des raisons matérielles, exigeant de percevoir une partie des nouveaux revenus générés, ce qui a conduit à des négociations parfois difficiles, certaines étant toujours en cours. Il faut noter que si la démarche de FAR est une démarche collective, elle n’a pas rassemblé pour autant tous les quotidiens régionaux. Certains se sont en effet abstenus, tandis que d’autres ont développé leur propre politique et leur propre offre, comme on peut le voir dans le tableau qui suit. La difficulté d’adaptation du monde de la PQR au monde de l’information électronique est particulièrement bien illustrée par l’aberration d’un système qui a longtemps consisté, pour plus de 10 titres, à charger dans FAR – disponible notamment sur Pressedd – leur contenu le jour de leur parution, pour l’effacer un jour après (trois maintenant pour tenir compte des week-ends). Et c’est encore le cas pour plusieurs titres. Cela tient au fait que la démarche des éditeurs de PQR était centrée sur la problématique des panoramas de presse et non sur celle de la mise à disposition des archives en ligne. Une autre problématique signifiait également une autre négociation avec les journalistes. Soulignons que le résultat concret de cette situation est l’effacement quotidien de plusieurs milliers d’articles !!! Il est clair que la situation actuelle représente un progrès certain, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire si l’on en juge par les chiffres suivants : • sur les 61 quotidiens régionaux ou départementaux existants, 22 ont été à l’origine du GIE Panorama PQR, sachant qu’ils sont 27 aujourd’hui et que 21 sont disponibles dans FAR. Sur ces 21, seuls 16 – dont 4 depuis quelques jours seulement – proposent également leurs archives sur Pressedd, qui héberge FAR. Le cas de Nice Matin est particulier, puisqu’il ne participe pas à FAR pour des raisons techniques, mais que ses archives en revanche sont en ligne. Par ailleurs, 10 quotidiens régionaux participant à FAR proposent leurs archives en ligne sur Europresse, dont un (Paris Normandie) est disponible aussi sur LexisNexis… mais pas sur Pressedd. • sur les 21 titres participant à FAR, 4 offrent leurs archives sur leur propre site, mais pas sur un agrégateur (L’Alsace, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est Républicain et Le Républicain Lorrain), tandis que 2 n’offrent d’archives nulle part (Le Dauphiné Libéré et L’Union de Reims). Enfin, la Dépêche du Midi, qui offre un site avec archives, n’est disponible sur aucun agrégateur, ni dans FAR. Ceci est un tableau à l’instant t et l’on peut raisonnablement penser que l’offre va s’élargir et évoluer dans les mois et années qui viennent . LES AUTRES PUBLICATIONS REGIONALESLes quotidiens, s’ils représentent de gros tirages et un volume important d’articles ne sont, et de loin, pas les seuls titres traitant de l’information régionale. On trouve en effet quantité de titres de nature et de périodicité très variables. Ces titres diffusent en général de quelques milliers à quelques dizaines de milliers d’exemplaires, dans une zone géographique bien délimitée. Aucune démarche collective n’a, semble-t-il, été engagée. Quelques rares titres – dont, curieusement, beaucoup sont publiés dans la région Rhône-Alpes, tels Bref Rhône-Alpes – sont disponibles sur un agrégateur et seuls quelques-uns offrent leurs archives en ligne sur le Web. UN TABLEAU RECAPITULATIFFinalement, nous avons recensé au total près de cinquante sites de presse locale ou régionale offrant des archives en ligne, ce qui est somme toute très peu, même si cela met déjà à disposition des informations intéressantes. Ils sont présentés dans un tableau récapitulatif pages 6 et 7. Si l’on prend en compte les titres n’offrant que l’information du jour et/ou des archives, dans lesquelles la seule clé de recherche est la date, le nombre est un peu plus élevé et une surveillance, éventuellement avec des outils de surveillance automatique tels que KB Crawl, peut élargir les possibilités de veille. Nous n’avons pas pris en compte ces titres dans le tableau. Pour la quasi-totalité des titres offrant des archives, la possibilité est offerte d’acheter les articles à l’unité après une recherche gratuite, le règlement se faisant par carte bancaire ou par l’appel d’un numéro de téléphone surtaxé, donnant droit à la visualisation de quelques articles. Certains enfin, peu nombreux, ne font pas payer la visualisation des articles. Par ailleurs, plusieurs lettres économiques régionales réservent l’accès – gratuit – de leurs archives à leurs abonnés. Nous n’avons retenu dans le tableau qu’une seule de ces lettres – L’Opinion Indépendante, publiée à Toulouse –, car le prix de l’abonnement annuel est de 40 €. Nous n’avons en revanche pas retenu dans le tableau Midipresse Service (près de 700 € par an pour le package abonnement au papier + accès aux archives sous forme électronique), la lettre API (L’information économique de l’Ouest, à un prix sensiblement équivalent) et la Bretagne Economique (200 €), car s’abonner à ces publications pour avoir accès à leurs archives est une démarche spécifique. Les possibilités de recherche sur ces sites sont très variables, pas toujours explicites et l’on n’a pas la garantie que tous les numéros soient présents mais, à vrai dire, on ne l’a nulle part. On verra sur le tableau que certains de ces titres sont disponibles sur au moins un des agrégateurs, avec des possibilités de recherche nettement plus sophistiquées. Pour certains titres comme Nice Matin ou Sud Ouest, l’agrégateur propose un accès direct avec une facturation spécifique. En matière d’antériorité, plusieurs cas de figure existent : • elle peut être la même sur le site et sur tous les agrégateurs : c’est le cas de La Voix du Nord ou de Nice Matin ; • quelquefois, seul l’un des agrégateurs a la même antériorité que le site : Le Progrès et Europresse par exemple ; • dans d’autres cas encore, l’antériorité est plus grande sur le site, comme pour Paris Normandie ou Ouest France ; • enfin, plusieurs titres n’offrent les archives que sur leur site. Ils font parfois partie de France Actu Régions, comme L’Alsace et Les Dernières Nouvelles d’Alsace. En terme d’accessibilité des archives, il est clair que le plus commode est la présence sur un agrégateur, Pressedd et Europresse offrant le plus grand choix (respectivement 15 et 10, si l’on se limite à la PQR). L’avantage des agrégateurs est d’offrir des possibilités de recherche relativement sophistiquées et de permettre l’interrogation de plusieurs titres à la fois. Néanmoins, si l’on souhaite obtenir des informations sur une entreprise située par exemple en Alsace ou en Midi-Pyrénées, les agrégateurs fourniront certes des articles issus de la presse nationale, mais l’interrogation de titres L’Alsace, Les Dernières Nouvelles d’Alsace ou La Dépêche du Midi sur leur site demeurera incontournable. Les titres de PQR couvrant une région sont intéressants par leur large couverture et la multiplicité de leurs éditions locales. Cependant, ils ne s’intéressent pas à tous les sujets et d’autres publications locales sont alors à prendre en considération. A titre d’exemple, nous nous sommes intéressés aux problèmes de dépollution du site des Réveils Bayard, à Saint Nicolas d’Aliermont, près de Dieppe. Ce site a fermé en 1989, mais il est pollué car l’entreprise utilisait des peintures radioactives. Le problème a été évoqué dans différentes dépêches et sur les agrégateurs, l’article le plus récent mentionnant ce problème est un article de La Tribune du 11 juillet 2000. Paris-Normandie, dont les archives en ligne sur le site remontent au 1er octobre 2000, est muet sur le sujet. On trouve en revanche un article très détaillé sur ce thème dans Les Informations Dieppoises du 23 mai 2003. *
* * Cette photographie de la disponibilité de la presse régionale montre que nous n’en sommes qu’au tout début du processus. Il n’empêche que pour certaines recherches d’information, ces sources sont devenues incontournables, à condition d’en connaître l’existence. Il est très vraisemblable que la situation va évoluer rapidement, mais on ne peut pas considérer que la presse régionale française soit très en avance, si l’on compare la situation en France avec celle qui existe dans d’autres pays. Aux USA par exemple, la société ArchiveInABox, basée à Seattle, a créé le service Small Town Papers, qui met en ligne les archives de journaux très locaux. |
|