Google nous étonnera toujours.
Il y a six mois, il devait faire face à la brusque rupture de son
partenariat avec Yahoo! qui, depuis plusieurs années, offrait les
résultats de Google lors d’une recherche par mots sur son interface
(voir Netsources n°48).
Yahoo! en effet lançait le 18 février dernier sa solution de
recherche Yahoo! Search Technology (YST), afin de fournir en lieu
et place des données de Google les résultats de son propre moteur
de recherche – moteur qu’il avait développé en retenant “ce qu’il y
avait de meilleur” dans les trois technologies dont il était
propriétaire : Inktomi, AltaVista et AlltheWeb.
Ce basculement – qui s’est fait dans un premier temps sur la
version internationale de Yahoo! puis, dans les mois qui suivirent,
sur les diverses versions nationales de l’annuaire et sur Altavista
et AlltheWeb – privait Google d’un revenu substantiel, mais
introduisait surtout sur le marché des moteurs un nouvel acteur
d’envergure.
Différentes analyses ont en effet montré que les solutions des deux
moteurs étaient “comparables”, tant sur le plan des possibilités de
recherche que sur celui de leur couverture (voir notamment “
Yahoo! Search
Technology : voyage au centre d’un moteur”, Netsources n°49) ;
il était donc logique de penser que certains internautes se
détourneraient de Google au profit de Yahoo!.
Las, les espérances de ce dernier ont été cruellement déçues. Six
mois après le lancement d’YST, force est de constater que les
positions respectives des deux moteurs n’ont pas évolué. Pire même,
Google continue de caracoler en tête et connaît une croissance
indécente, quand Yahoo! poursuit, lentement mais sûrement, son
inexorable déclin...
Les statistiques du site Barometre-referencement.com concernant le
panel professionnel indiquent en effet que Google représente, en
juillet 2004, 71,3 % du trafic sur les outils de recherche en
France, quand Yahoo! occupe la seconde place avec 8 % ; leurs
positions respectives en février 2004 étaient 60,91 % et 10,32 %
!
Afin de mieux connaître le moteur chéri des internautes – et
comprendre les raisons de son succès –, nous avons jugé utile de
proposer une synthèse et une remise en perspective des diverses
annonces de l’année concernant Google, qui ont été éclipsées dans
nos colonnes par les autres actualités du domaine...
FONCTIONNALITES : DE "PETITES CHOSES" EN PLUS
Dans l’article “
Pas
de vacances pour Google” (Netsources n°45, juillet/août 2003),
nous avions fait le point sur les nouveautés lancées par le moteur
au cours de l’été 2003.
Celles-ci étaient nombreuses et comprenaient aussi bien de “petites
choses” comme le développement d’opérateurs spécifiques – tel
que le symbole ~ accolé à un mot en anglais, pour rechercher les
synonymes –, que des améliorations attendues, comme le lancement de
Google Actualités (en français) ou celui de Google News Alerts
(pour la version internationale). L’année 2004 quant à elle s’avère
plus calme... Sans doute les responsables de Google ont-ils passé
de nombreux mois à préparer son entrée en Bourse et à résoudre les
nombreux incidents survenus à cette occasion (voir encadré
ci-dessous)...
Néanmoins, de petits enrichissements ont été apportés au
moteur.
• deux ajouts sur les versions
Cached de Google
Parmi les atouts de Google, le très utile lien
En cache – qui affiche la
dernière version de la page enregistrée par Google – compte sans
doute parmi les plus importants ; d’autant que le moteur a
longtemps été le seul à offrir cette fonctionnalité (reprise par la
suite par le nouveau Yahoo!).
Google a depuis peu apporté à cette version En cache deux
enrichissements notables :
• le premier en date est l’ajout d’un “cache textuel”, qui permet
de voir précisément, pour une page donnée, ce que Google indexe. On
remarque ainsi dans le message surmontant la version cache la
phrase
“Cette page mise en cache
peut renvoyer à des images qui ne sont plus disponibles. Cliquez
ici pour obtenir uniquement le texte mis en cache”.
Un clic sur cette version textuelle met en évidence le texte indexé
par Google et les liens pris en compte. Une donnée utile pour
comprendre comment le moteur lit la page...
Cette version textuelle du cache a d‘abord été lancée sur
Google.com fin juin 2004, puis ajoutée à l’interface en français
;
• autre ajout et non des moindres, Google précise depuis fin
juillet 2004 – sur Google.com uniquement – la date et l’heure
d’indexation de la page (ex.:
“This is Google's cache of
http://www.bases-publications.com/ as retrieved on 31 Aug 2004
01:59:28 GMT”).
On peut penser que cette précision sera ajoutée prochainement aux
autres interfaces de Google.
• la commande
numrange:
Fin mars 2004, Google a lancé un nouvel opérateur, permettant de
rechercher spécifiquement les pages qui contiennent des nombres
inclus dans une fourchette donnée.
Il suffit pour cela de saisir les deux chiffres de la fourchette,
séparés par deux points (..), sans espace.
A titre d’exemples, Google indique dans son communiqué qu’il est
possible de rechercher ainsi des lecteurs de DVD dont le prix est
compris entre 250 et 350 $ (DVD player $250..350) ou des batteries
de haute capacité (500..1000 wh/kg battery).
On verra ci-après comment cet opérateur a été détourné de ses
fonctions premières par des internautes peu scrupuleux...
• Google Web Alerts
Pour permettre aux internautes d’identifier aisément les nouvelles
pages indexées par Google sur un sujet donné, il existait déjà le
service d’alertes par mail Google Alert (www.googlealert.com),
développé par ... Gideon Greenspan, un étudiant du Technion,
l’Institut de Technologie d’Israël ; ce service gratuit, mis en
place dans le cadre des API, dispose depuis peu – en complément –
d’une version plus sophistiquée, mais payante.
Devant le succès rencontré par ce service, il était logique que
Google pense à offrir sa propre solution. Le moteur a donc lancé
fin mars une version beta de Google Web Alerts, fonctionnant sur le
même principe que ses alertes sur les actualités.
Si l’abus de biens ne nuit pas, il sera intéressant de comparer les
performances des deux services...
www.google.com/webalerts
;
www.google.fr/webalerts.
• une interface très légèrement
modifiée
Les aficionados de Google auront peut être remarqué les subtiles
“améliorations” apportées fin mars à l’interface du moteur :
• les onglets donnant accès aux diverses bases de Google (
Images, Groupes, Annuaire,
Actualités) ont été remplacés par des liens, jugés plus
simples d’utilisation ;
• à cette occasion, le choix
Directory de la version
internationale – qui permettait d’interroger l’annuaire de l’Open
Directory – a été remplacé par un lien vers Froogle, l’outil de
comparaison de prix offrant du “Smart shopping through Google”...
Dmoz reste accessible, mais il faut aller le chercher via le lien
More>>.
Nous avons par ailleurs remarqué que les informations issues de
Dmoz avaient subrepticement disparu des résultats du moteur, lors
d’une recherche sur le Web. Auparavant, Google interrogeait
simultanément son index et l’annuaire Dmoz et indiquait le cas
échéant, sous l’extrait de page pertinent, la catégorie dans
laquelle le site était indexé dans Dmoz.
Dorénavant, les résultats de Dmoz sont uniquement accessibles via
le lien Annuaire. Dommage ;
• depuis fin mars également, une recherche par mots sur la
base Actualités affiche, en complément des liens vers les articles
identifiés, de petites vignettes (photos) en rapport avec le sujet.
Un clic sur ces images affiche d’autres articles pertinents. Ces
petites vignettes avec lien vers des dépêches ont pendant un temps
été proposées également sur le module Images de Google ; lors de
nos derniers tests cependant, elles avaient disparu, peut-être
provisoirement...
ADWORDS ET ADSENSE : DEVELOPPEMENTS IMPORTANTS
De quoi vit Google ? Essentiellement de la publicité. Les
insertions publicitaires représentent en effet une part en hausse
croissante de son chiffre d’affaires.
Dans une interview accordée au Journal du Net en 2001, Fabio
Selmoni, Manager Business Development pour l'Europe, annonçait
alors que 50 % des revenus du moteur étaient générés par la
publicité et que le reste provenait de la vente de la technologie
(
www.journaldunet.com/0111/
011120 google.shtml) ; le lancement des AdWords, ces petites
annonces publicitaires qui s’affichent sur la droite de la page de
résultats, lors d’une recherche par mots sur Google, était en effet
récent...
Depuis, les AdWords ont connu un succès fulgurant : Google comptait
100 000 annonceurs en 2002 et 150 000 en 2003 – dates auxquelles
Overture, “l’inventeur” du système des liens sponsorisés, en
revendiquait respectivement 80 000 et 100 000 –. Conséquence
logique : la publicité représentait 95 % du chiffre d’affaires de
Google en 2003 et 98 % pour le premier semestre 2004 !
Mais cette situation fragilise le moteur, ses résultats financiers
étant à la merci d’une réduction des budgets publicitaires, d’un
désintérêt soudain des annonceurs, de l’arrivée de concurrents
sérieux, etc.
On ne sera donc pas étonnés que Google ait développé ces derniers
mois son offre publicitaire, pour proposer aux annonceurs un
service aussi attractif que possible.
• un nouveau produit en 2003 : la
publicité contextuelle AdSense
La grande nouveauté en matière de publicité a été le développement
d’un programme de “publicité contextuelle” (offre Content Target
Advertising), permettant à un éditeur de site Web d’héberger des
AdWords ciblés sur les pages statiques de son site, grâce à une
analyse automatique du contenu des pages. Dès son lancement, ce
programme disposait donc d’un triple atout :
• il incitait les annonceurs à choisir le programme AdWords,
ce qui leur permettait d’être présents dans Google ET dans des
sites partenaires ;
• il offrait aux internautes des liens sponsorisés pertinents,
puisqu’ayant trait au contenu de la page ;
• et il offrait aux éditeurs de site Web un revenu
supplémentaire, puisque ceux-ci étaient rémunérés par Google au
prorata du nombre de clics sur les liens.
Dans le même temps, Overture quant à lui proposait une offre
similaire, avec le programme Content Match.
Réservée dans un premier temps à de gros sites éditoriaux en
anglais (comme celui du groupe de presse Knight Ridder Digital, les
sites HowStuffWorks, Blogger ou Weather Underground), l’offre de
Google a été élargie pour être proposée aux petits sites, sous le
nom de
AdSense. Fin 2003,
l’offre AdSense s’est internationalisée, pour toucher en
particulier des sites en français, en espagnol, en italien...
Aujourd’hui, elle est disponible dans une douzaine de langues et
couvre 250 pays !
La publicité contextuelle est une piste prometteuse car, selon
Google, si 95 % du chiffre d’affaires de 2003 provenaient de la
publicité, environ 15% de cette somme étaient issus des services de
publicité contextuelle. Ce pourcentage était de 21% pour le premier
semestre 2004...
• Google Search
Afin d’optimiser la présence des AdWords sur les sites affiliés au
programme AdSense, Google propose depuis fin juin aux éditeurs
d’ajouter un “champ de recherche Google” sur leur site ; leurs
visiteurs peuvent ainsi compléter une recherche sur le site par une
recherche sur le Web (avec Google), d’autres AdWords peuvent alors
s’afficher et là encore, l’éditeur du site est rémunéré en fonction
du nombre de clics sur les liens...
• enrichissements pour les offres
AdWords et AdSense
Plusieurs enrichissements ont été apportés ces derniers temps aux
offres publicitaires de Google :
• localisation : les annonceurs qui lancent une campagne AdWords
peuvent désormais réserver l’affichage de leur annonce aux seuls
internautes habitant dans une ville ou une région donnée. Cette
fonctionnalité est disponible pour huit pays, dont les Etats-Unis
et la France ;
• images : Google propose depuis peu aux annonceurs du programme
AdWords d’enrichir leur message – jusqu’ici uniquement textuel –
par des images, logo, bannières..., avec quatre possibilités de
format (bannière verticale, horizontale, rectangle...).
Dans un premier temps cependant, ces images ne s’afficheront que
sur les sites partenaires (membres du programme AdSense) qui le
souhaitent et non sur les pages de résultats de Google...
• blogs : depuis fin août enfin, Google incite les utilisateurs de
son service Blogger.com – qui offre à chacun les outils et l’espace
pour créer son propre blog – d’afficher des publicités AdSense et
donc d’être rémunérés au prorata des clics sur ces publicités...
Google envisagerait par ailleurs d’ouvrir cette possibilité à tous
les blogs. On notera que les AdSense diffusés sur des blogs sont
également appelés “BlogSense”.
GOOGLE ET LES AUTRES : BATAILLE AUTOUR DES EMAILS
Le premier avril 2004, Google a diffusé un communiqué de presse qui
a fait l’effet d’un poisson d’avril – à tel point que plusieurs
sources ont hésité à propager la nouvelle, croyant à une farce et
que Google a dû confirmer officiellement la véracité de
l’annonce...
Le moteur annonçait en effet le prochain lancement de Gmail – un
service de gestion de mails sur le Web (un “Webmail”) –, dont les
caractéristiques semblaient fort alléchantes :
•
recherche : conçu sur la
technologie de recherche de Google, Gmail permet de retrouver
rapidement des emails reçus ou envoyés, en utilisant des mots-clés
ou des possibilités de recherche avancées ;
•
stockage : pour que les
utilisateurs aient la possibilité de garder tous les messages
reçus, Gmail offre un stockage gratuit de un Go (!), soit 100 à 500
fois plus que ses principaux concurrents... (1 Go représente
environ 500 000 pages d’emails...) ;
•
rapidité : pour que
l’usage du service soit rapide et efficace, les messages sont
classés automatiquement par discussions, ce qui permet de suivre
dans leur contexte les questions/réponses et d’identifier plus
aisément les spams...
• enfin, pour peaufiner son produit et inciter les internautes à
changer de service, Gmail a ajouté en juillet deux fonctionnalités
importantes : au début du mois, il a offert la possibilité
d’importer aisément son carnet d’adresses depuis Outlook, Yahoo!
Mail ou autre logiciel ; à la fin du mois, ce sont les messages
qu’il a permis d’importer, depuis les Webmails de Yahoo!, Microsoft
et AOL.
A ce jour, le service n’a pas encore été lancé officiellement : il
est toujours en phase beta pour une période de quelques mois ; il
est toutefois disponible en version test sur le site
http://gmail.google.com.
Les quelques tests effectués semblent montrer un service
performant*, mais il est un détail qui a mis Gmail au centre des
débats : si le service est offert gratuitement, Google se rémunère
en affichant, sur la droite de la boîte de réception ... ses
publicités contextuelles AdSense...
Or, le principe même des publicités contextuelles est qu’elles
s’affichent en fonction du contenu de la page, ici donc le contenu
des emails...
Ce principe a fait bondir de nombreuses associations de défense du
consommateur, qui ont vu là une atteinte au secret des
correspondances privées.
Pour placer ces AdWords, Google analyse en effet le contenu des
courriels – le moteur souligne néanmoins que cela est fait
automatiquement ; mais surtout, il peut conserver des copies de
courriels, même si l’internaute les a effacés de sa messagerie,
voire s’il a clôturé son compte. C’est ce qu’il indique précisément
dans ses conditions d’utilisation et qui fait couler tant
d’encre...
D’autre part, certains craignent que Google soit tenté d’utiliser
les données dont il disposera sur chaque internaute : données
personnelles de Gmail et habitudes de navigation sur Google
(cookies)...
L’ONG britannique Privacy International notamment (
www.privacyinternational.org)
est montée au créneau et a déposé une plainte contre Google devant
la Commission européenne, tout en saisissant les organismes
de surveillance de la vie privée et de protection des données
personnelles de 17 pays en Europe...
D’après elle, le service Gmail enfreint le droit à la vie privée,
dans l’Union européenne mais aussi dans d’autres pays.
Cela étant, la première plainte de l’association déposée auprès de
l’organisme britannique ICO (Information Commis-sioner's Officer) a
été classée sans suite, au motif que les conditions d’utilisation
de Gmail sont explicites quant à l’usage fait par Google des
données personnelles des utilisateurs ; ces dernier ne peuvent
utiliser Gmail que s’ils ont accepté ces conditions. Le service
Internet est donc considéré comme légal. Face à cette levée de
boucliers, Google a néanmoins différé le lancement officiel du
service et a annoncé qu’il procéderait à certaines modifications,
sans pour autant préciser lesquelles.
Comme si ces soucis ne suffisaient pas, Google va d’autre part
devoir pallier une erreur – ou du moins une lenteur – de ses
propres services. Il semble en effet que d’autres sociétés aient
été plus rapides que lui dans le dépôt de la marque Gmail à l’USPTO
(United States Patent and Trademark Office) ! Le propriétaire
officiel de la marque est en fait la société californienne
CenCourse, qui a déposé le nom une semaine après l’annonce du
lancement...
Pour conclure sur Gmail, il est intéressant de noter que l’annonce
de Google a eu un impact immédiat sur l’offre existante, pour le
plus grand plaisir des internautes ; pour faire face aux
fonctionnalités annoncées de Gmail, ses concurrents ont
immédiatement augmenté la capacité de stockage qu’ils offraient
:
• le portail Lycos, qui proposait déjà un service Webmail gratuit
(CaraMail, étendu à 10 Mo de stockage), a annoncé en mai le
lancement d’un service payant, offrant 1 Go de stockage (CaraMail
Pro, 6,99 € par mois) ;
• Yahoo! Mail a offert en juin 100 Mo d’espace de stockage pour son
service gratuit, contre 4 Mo auparavant ; le service payant quant à
lui dispose désormais d’une capacité de 2 Go, pour 15 € par an
;
• en juin également, MSN a annoncé la prochaine extension gratuite
de son Webmail (Hotmail) à 250 Mo, contre 2 Mo aujourd’hui. L’offre
payante (19,99 € par an) sera étendue à 2 Go (10 Mo
actuellement).
DEVELOPPEMENTS FUTURS
Comme on le voit, depuis plusieurs mois, Google a investi davantage
dans les développements commerciaux et publicitaires (avec Froogle
et les AdWords) que dans l’amélioration de sa solution de
recherche, jugée sans doute suffisamment efficace par ses
concepteurs. Pourtant, le moteur est encore perfectible ; une
utilisation possible de la troncature notamment rendrait ainsi des
services précieux aux professionnels de l’information et à beaucoup
d’autres...
Néanmoins, si mise à disposition de la troncature ne semble pas à
l’ordre du jour, une visite sur le Laboratoire de Google
(http://labs.google.com, voir Netsources n°42) apporte un éclairage
intéressant sur les possibles évolutions du moteur.
• recherche
personnalisée
Lancée en version beta sur les Laboratoires Google à la fin du mois
de mars, la recherche personnalisée a pour objectif d’améliorer la
pertinence des résultats du moteur, en offrant à l’internaute des
données qui prennent en compte ses centres d’intérêt.
Préliminaire obligatoire, il faut donc remplir en premier lieu un
profil (encore des informations personnelles dont Google disposera
!), en choisissant dans une liste ses sujets d’intérêt, parmi douze
domaines (arts/cinema ; business/industries ; computers ; health ;
home...) et de multiples sous-domaines (accounting ; aerospace and
defense ; agriculture and forestry ; arts and entertainment ;
automotive ; biotechnology and pharmaceuticals...). Les thèmes
indiqués sont alors enregistrés dans les Préférences du
moteur.
Une fois le profil enregistré et la requête envoyée, on obtient une
page de résultats agrémentée – sous le logo de Google – d’un petit
curseur permettant à l’internaute de préciser le degré de
personnalisation qu’il souhaite.
Lorsque l’on fait glisser le curseur du minimum vers le maximum,
les nouveaux algorithmes développés par Google réorganisent
dynamiquement les résultats, pour placer en premières positions
quelques pages censées être plus pertinentes, car plus centrées sur
les domaines de prédilection de l’internaute. Ces résultats
personnalisés (quelques-uns sur la première page de résultats
uniquement) sont signalés par une icône spécifique ; à leur suite
sont classés les résultats “standards” de Google.
http://labs.google.com/personalized
• Google Groups 2
Google a lancé en mai dernier dans ses laboratoires la nouvelle
interface en version beta Google Groups 2, pour la recherche sur
les archives des forums de discussion Usenet.
Plusieurs fonctionnalités ont été ajoutées à cette interface. Si la
fonction première reste bien sûr la recherche sur les archives des
845 millions de messages postés depuis 1981 dans les forums Usenet,
Google Groups voit désormais plus large et s’intéresse aux listes
de diffusion, fonctionnant par email.
Concurrençant ainsi frontalement Yahoo! Groupes, Google Groups
offre aux internautes la possibilité de créer leur liste de
diffusion et de lancer des recherches sur les listes gérées par
Google.
Par ailleurs, les messages postés sur les forums Usenet comme sur
les listes de discussion sont désormais indexés dans un délai de 10
minutes, alors qu’il fallait souvent compter plus de 24 h
auparavant.
Enfin, des options de personnalisation sont proposées au sein de My
Groups, et permettent notamment de surveiller des groupes
particuliers, de recevoir par mail les messages de certains
groupes...
http://groups-beta.google.com
• après le Web, les
PC...
D’après un article du New York Times paru le 19 mai (Google Moves
Toward a Direct Confrontation With Microsoft), Google s’apprêterait
à lancer dans les mois qui viennent un outil permettant d’effectuer
des recherches sur les PC, pour localiser des fichiers textes et
images ; cet outil serait proposé gratuitement en
téléchargement – c’est le “projet Puffin”...
Cet outil s’intègrerait à la Google DeskBar, apparue l’an
dernier...
C’est là une réponse directe au futur système d’exploitation de
Microsoft (Longhorn), qui offrira d’après ses concepteurs des
fonctionnalités étendues de recherche sur le Web et sur les
ordinateurs...
LA RANCON DE LA GLOIRE : GOOGLE EST LA CIBLE DE PIRATES EN TOUT
GENRE
C’est la triste rançon de la gloire... Google étant le moteur le
plus utilisé par les internautes, il fait l’objet de piratages en
tout genre...
Les “Google Bombing”** par exemple font les choux gras de la presse
et sont la frayeur des politiciens...
Il s’en créé régulièrement, qui visent des personnalités (Jacques
Chirac, Jean Dionis du Séjour, Silvio Berlusconi...), des sociétés
(SCO Group...), des événements (fête de l’internet...), ou qui
constituent le principe utilisé pour des concours de positionnement
(par exemple sur l’expression “mangeurs de cigognes”...).
Mais il y a plus grave.
Il y a quelques mois, un informaticien américain a tout simplement
menacé Google de distribuer à des spammeurs un logiciel de son
invention, capable de cliquer automatiquement sur les liens
sponsorisés – et par conséquent de perturber tout l’équilibre du
système –, si le moteur ne lui remettait pas la somme de 100 000 $.
Au final, Google n’a pas payé, les menaces ont été enregistrées et
le maître chanteur a été arrêté...
Des virus ont également été créés spécifiquement pour attaquer des
moteurs de recherche. Fin juillet par exemple, une variante du ver
MyDoom (MyDoom-O) a été lancée pour “engorger” des moteurs de
recherche (Google principalement, mais aussi Lycos, Yahoo et
AltaVista) et les rendre inutilisable ; résultat : pendant
plusieurs heures, Google a répondu aux requêtes en envoyant un
message d’erreur....
Enfin, début août, des spécialistes de la sécurité informatique
expliquaient à Las Vegas que les fonctions avancées de Google
(intitle, inurl, filetype, numrange...) étaient utilisées par les
hackers pour trouver de nombreuses informations financières ou
confidentielles, comme les numéros de sécurité sociale, les numéros
de cartes de crédit, des listes de mots de passe pour se connecter
à des banques de données ou des serveurs... Des pratiques tellement
“courantes” qu’un site américain s’en fait la vitrine... (I’m
Johnny - I hack stuff ; http://johnny.ihackstuff.com/).
Après lecture de ces quelques pages sur Google, on aurait envie de
fredonner une nouvelle version du générique bien connu, rebaptisée
pour l’occasion “Google, ton univers impitoyable...”.
Google est aujourd’hui le moteur fétiche des internautes français
et le préféré des Américains (qui l’utilisent pour 56% de leurs
recherches). Reste que cette prédominance n’est pas acquise.
Un effondrement des budgets publicitaires, ou une offensive
aggressive de Microsoft, peuvent déstabiliser le moteur.
Ceci explique les diversifications de Google dans des domaines
moins prisés des professionnels, comme le commerce en ligne, la
publicité, la messagerie, etc.
Il ne faudrait pas pour autant qu’il néglige ce qui a fait son
succès : la recherche sur le Web...
*Pour une analyse détaillée des
fonctionnalités du service, on lira avec profit l’article d’Olivier
Andrieu, paru dans la lettre Recherche & Référencement
d’avril 2004.
**Le Google Bombing est un
procédé qui consiste à tirer parti du critère de classement de
Google – qui prend en compte essentiellement les liens qui pointent
vers les pages – pour faire apparaître en premier résultat du
moteur, pour un mot-clé péjoratif, un site donné. Pour cela, les
auteurs du Google Bombing créent de nombreux liens qui contiennent
ce mot-clé – si possible depuis des pages ayant un bon “page rank”
– et qui pointent vers le site de leur victime...
Parmi les “Google Bombing”
célèbres, on citera la requête “miserable failure”, qui affiche en
premier résultat ... la biographie officielle de Georges W.
Bush.
| IPO DE GOOGLE : TEMPETES SUR LE MONDE BOURSIER |
Les premières rumeurs concernant la possible entrée en Bourse
du plus célèbre des moteurs ont fait leur apparition en décembre
2002 sur le site de Forbes Magazine et annonçaient une IPO au cours
du premier trimestre 2003... Il faudra en fait attendre le 29
avril 2004 pour que le moteur dépose son dossier d’introduction en
bourse auprès de la SEC (Securities & Exchange Commission) et
les mois qui suivront seront riches en bouleversements et
péripéties...
Alors que l’IPO de Google était annoncée comme l’événement majeur
de l’Internet en 2004, la société devra faire face à une enquête de
la SEC relative à des distributions d’actions dans le passé non
enregistrées, à des controverses sur le mode d’introduction en
bourse – originaux jusqu’au bout, les dirigeants de Google ont
décidé de vendre les actions sur Internet, par le biais d’enchères,
ce qui a fortement déplu aux investisseurs...–, à des variations (à
la hausse puis à la baisse) dans le choix du volume et du montant
des actions prévus pour l’introduction en Bourse et enfin à des
inquiétudes suite à la publication d’une interview des deux
cofondateurs de Google dans le magazine Playboy, pendant la “quiet
period” précédent l’introduction, ce qui est en principe
interdit...
C’est finalement le 13 août 2004 (un vendredi bien sûr !) qu’ont
démarré les enchères de l’introduction en Bourse ; épilogue
heureux, l’entrée au Nasdaq le 19 août a été une réussite, avec des
actions en hausse de 18,04 % dès l’ouverture... Mais déjà, certains
craignent une trop grande volatilité du titre....
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| ADWORDS : QUAND LA SIMPLICITE MENE AUX DERIVES... |
La rapidité de mise en place d’une campagne est indéniablement
l’un des atouts des AdWords. La mise en ligne d’une annonce est en
effet simplissime, puisqu’il suffit à l’annonceur de créer son
annonce (définition du texte et choix des mots-clés pour lesquels
elle devra s’afficher), d’indiquer le montant maximum qu’il est
prêt à payer pour chaque clic (c’est le principe du CPC), ainsi que
la somme quotidienne allouée à la campagne, d’indiquer les éléments
de facturation, de valider ... et l’annonce est en ligne. Le
coût est uniquement fonction du nombre de clics sur l’annonce – et
donc du nombre de visites sur le site de l’annonceur –. Quant au
positionnement, il est défini à partir d’un subtil mélange (élaboré
par Google) entre le CPC indiqué par l’annonceur et les
performances de l’annonce, déterminées par l’intermédiaire de son
taux de clics (CTR). Autrement dit, les annonceurs qui payent le
plus cher ne sont pas systématiquement les premiers (contrairement
à ce qui se passe avec Espotting et Overture).
Cela étant, ce principe de fonctionnement a causé moult soucis à
Google, qui s’est vu assigner en justice pour deux raisons
principales :
• contrairement au principe adopté par Overture et Espotting – qui
valident les annonces avant leur parution –, la mise en ligne d’une
annonce sur Google est immédiate et se fait sans qu’il y ait
validation de sa conformité ; il y a toutefois, théoriquement, une
validation “a posteriori”, 24 à 48 heures après la mise en ligne.
Cette absence de vérification a priori a conduit à des dérives,
certains annonceurs peu scrupuleux n’ayant pas hésité à utiliser
comme mots-clés les noms de leurs concurrents, pourtant dûment
enregistrés comme marque déposée. Des sociétés comme Xiti,
Rentabiliweb ou Louis Vuitton ont ainsi été victimes de “position
squatting”... Selon les cas, ces dérives ont été résolues à
l’amiable ou devant un tribunal...
• la technologie des AdWords utilise le principe du “broad match” ;
cela signifie que lorsqu’un internaute saisit une requête composée
de deux mots par exemple, il voit s’afficher les AdWords indexés
avec l’un ET/OU l’autre des mots-clés. Ce “OU” est la cause de
plusieurs litiges et notamment du procès intenté par les sociétés
Luteciel et Viaticum, propriétaires en particulier des marques
“Bourse des Vols” et “Bourse des Voyages”. Elles ont accusé Google
d’afficher, lors d’une requête sur leurs marques, des AdWords
menant vers les sites concurrents – qui n’avaient en fait acheté
que l’un des mots (voyages ou vols). Le moteur ayant refusé un
règlement à l’amiable, l’affaire a été portée en octobre 2003
devant le tribunal, qui a condamné Google, pour contrefaçon de
marques, à verser aux plaignants 70 000 euros de dommages et
intérêts et 5 000 euros au titre des frais de justice... Plusieurs
affaires similaires sont en cours, en France et aux
Etats-Unis... |
|
| La troncature à pile ou face... |
Les professionnels de la recherche, habitués à la syntaxe
rigoureuse des serveurs classiques, risquent fort d’être désemparés
face à l’approximation des informations données par Google dans sa
rubrique d’Aide, sur l’utilisation de la troncature...
• Sur la version française du moteur en effet, il est
clairement indiqué que “Pour garantir des résultats aussi précis
que possible, Google n'applique pas de “lemmatisation” (réduction
des mots au masculin et/ou au singulier, à l'infinitif, etc.) et ne
supporte pas les recherches à base de caractères joker/wildcard.”
C’est une information claire, nette et sans ambiguïtés...
• Sur l’aide de la version internationale en revanche, et comme
nous l’avions indiqué dans le n°48 de Netsources, il est inscrit
que “Google now uses stemming technology. Thus, when appropriate,
it will search not only for your search terms, but also for words
that are similar to some or all of those terms. (...)
Autrement dit, Google utilise la troncature selon son bon vouloir
(et uniquement le sien !), quand il le juge approprié et sur
certains mots seulement... Selon d’autres sources, cette troncature
implicite mais pas automatique n’est utilisée, pour le moment du
moins, que pour des mots en anglais. Une précision qui a son
importance, même sur l’interface en français !
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