Bases, Numéro de Février 2001 - n°169


Reuters Business Insight

Auteur : François Libmann

Dialog et Data-Star ont chargé, à quelques semaines d’intervalle, une banque de données baptisée Reuters Business Insight (fichier n°759 sur Dialog, code RBIR sur Data-Star). D’après les fiches de présentation, cette base propose le texte intégral des études publiées par Reuters Business Insight, une joint-venture créée par Reuters et Datamonitor (ce dernier continuant par ailleurs à publier des études de son côté). Les études de RBI concernent essentiellement cinq marchés : biens de consommation, énergie, santé, finance, commerce électronique et technologie.
   
Nous avons comparé le contenu de cette base sur les deux serveurs et avec ce qui est disponible sur le site de Reuters Business Insight (www.reutersbusinessinsight.com).
   
On constatera que toutes les études de RBI ne sont pas, loin s’en faut, proposées sur Dialog et Data-Star et que, de plus, ceux-ci n’ont pas la même offre.
   
On trouve en effet 140 études sur Data-Star et 108 sur Dialog, mais 86 études seulement sont présentes sur les deux.
   
La logique qui a présidé à ce choix n’apparaît pas clairement. Les deux serveurs offrent ainsi toute une série de rapports d’analyses d’une maladie (asthme, cancer, “bacterial diseases”...) dans différents pays. Curieusement, les mêmes pays ne sont pas couverts par les deux serveurs, sans qu’aucune logique de sélection apparaisse clairement.
   
Mais le plus étonnant avec ces rapports sur une maladie est ... qu’il ne s’agit pas de rapports produits par Reuters Business Insight, comme cela nous a été confirmé par l’éditeur. Il s’agit sans doute d’extraits d’études de Datamonitor, par exemple du rapport Market Dynamics 1999 Arthrites: Seven Country Analysis and Perspective.

Si l’on enlève ces analyses de maladies, il reste à peine ... 30 études sur Dialog et 50 sur Data-Star.
   
Il semblerait par ailleurs que pour les études réellement issues de Reuters Business Insight, les dates de publication telles qu’elles sont indiquées sur Dialog et Data-Star soient résolument optimistes par rapport à la vraie date de publication de l’étude.
   
A titre d’exemple, pour Issues on US Green Energy Marketing, publiée en juin 1999 par RBI, comme pour Natural Gas in Latin America, publiée en septembre 1998, la date de publication indiquée sur Dialog et Data-Star est le 2 janvier 2001.
   
On pense - on espère - que cela n’est pas intentionnel. Mais il s’agit en tout état de cause d’un très regrettable problème de qualité, d’autant que chaque page sur Dialog coûte 25$ (plus les Dialunits).
   
Pour rester sur les problèmes de qualité, on s’étonnera de la façon dont cette base est montée sur Data-Star.
   
Sur ce serveur en effet, le principe pour les bases d’études est qu’un document corresponde à une étude entière, sachant qu’il est possible de choisir - TX(n) - les pages que l’on souhaite visualiser. Or, pour RB   §IR, la quasi-totalité des études sont composées de plusieurs documents, chacun pouvant en outre comporter une ou plusieurs pages. De plus, pour les études constituées de plusieurs documents (cas de la plupart), ceux-ci sont classés dans l’ordre inverse de la pagination. Le premier document peut être une annexe et l’introduction se retrouvera en huitième position...
   

OU VA DIALOG ?

   
La façon dont les deux bases ont été chargées pose un vrai problème concernant la stratégie de Dialog et Data-Star.
   
Le secteur des études en ligne ou des catalogues d’études en ligne est en effet aujourd’hui fort encombré, à la fois par les éditeurs des études et par des agrégateurs (Research Bank Web, qui appartient comme Dialog et Data-Star au groupe Thomson, IMRMall ou encore  MarketResearch.com, qui propose d’ailleurs une partie des études de RBI) ; la plupart ont la caractéristique d’offrir une recherche libre et gratuite (pas d’abonnement payant), même s’il faut évidemment s’identifier pour acheter tout ou partie d’une étude.
  
Sur Dialog et Data-Star, il faut soit payer un abonnement, soit s’engager sur un minimum de consommation ; la recherche n’est pas gratuite (Dialunits ou temps de connexion) et la présentation des documents est tout à fait minimaliste, un tout petit peu mieux qu’un texte au kilomètre.
   
Les valeurs ajoutées de ces serveurs tiennent à la puissance du moteur de recherche, qui ne se compare pas à celle offerte par les sites évoqués plus haut, à la possibilité d’effectuer des recherches multifichiers et d’acheter une seule page, ce qui est souvent possible sur les agrégateurs mais pas chez les éditeurs.
   
Encore faudrait-il que ces avantages ne finissent pas par disparaître derrière une telle absence de qualité, qui pousserait les clients, lassés d’être à ce point considérés comme quantité négligeable, à aller voir ailleurs.
   
A moins qu’il n’y ait une autre hypothèse. L’immobilisme quasi-total de Dialog - au moins pour l’extérieur - peut être la marque de fortes luttes internes au sein du groupe Thomson, à propos de l’avenir de Dialog, qui concurrence d’autres sociétés du groupe.
   
Si le rachat de Dialog a en effet permis de sécuriser la diffusion de plusieurs bases importantes appartenant à Thomson (Investext, Promt, World Patent Index...), il a dans le même temps introduit une “concurrence interne” pour les producteurs de différentes bases, qui diffusent directement leurs produits. Il est donc vraisemblable que certains d’entre eux ne sont pas du tout favorables au développement de Dialog et Data-Star.
   
Une telle absence de qualité pourrait être analysée comme une sorte de sabotage volontaire préfigurant la fin de Dialog. Ce serait une grande perte pour les professionnels de l’information.