Bases, Numéro de Juin 2004 - n°206


John Libbey Eurotext

injecte ses archives sur le Web

Auteur : Madeleine Wolff-Terroine

Depuis quelques années, les grands éditeurs scientifiques ont mis en ligne leurs publications périodiques avec des conditions d’accès très diverses et, souvent, l’addition d’outils performants pour l’analyse des textes.

Les éditeurs de moindre envergure ont suivi cette tendance avec circonspection et une prudente lenteur.

L’un d’eux, John Libbey, vient cependant de se rappeler à nous avec son récent site       Web. Et l’on pourrait à son sujet parodier la Marquise de Sévigné :  je vais vous conter la chose la plus extraordinaire, la plus étonnante, la plus nouvelle de ce monde : John Libbey a misé sur le français comme langue de communication et de diffusion de la connaissance scientifique.

C’est là une attitude en contraste total avec ses confrères : les éditeurs européens ont en majorité considéré que l’anglais était une langue prioritaire pour la communication scientifique.
Certains, comme le germanique Springer Verlag, publient même depuis plus de vingt ans des revues intégralement en anglais, mais dont les auteurs sont essentiellement germanophones !

Sur son site, John Libbey nous propose 26 revues, 3 dans le domaine agronomique et 23 dans le secteur biomédical, de la santé publique à différentes pathologies et aux soins infirmiers.

Trois seulement de ces revues sont de langue anglaise.
L’éditeur a une politique de diversification intéressante : d’un côté, il a récupéré des revues bien connues, ayant derrière elles un long passé et consacrées à la publication d’études originales, comme le Bulletin du Cancer, qui approche de ses cent ans ; de l’autre, il a favorisé la création de nouvelles revues, soit dans des créneaux non couverts en langue française – comme le Bulletin Infirmier du Cancer –, soit consacrées à des mises au point et des synthèses, en particulier dans le domaine de la psychologie et de la psychiatrie.

La page d’accueil par laquelle il faut passer pour aller consulter les revues n’est pas très excitante (contrairement au contenu en lui-même). John Libbey a voulu tout mettre sur cette première page : résultat, vous êtes un peu perdu entre la colonne de droite, celle de gauche, le milieu de l’écran, ce qui est en bleu, en rouge, en jaune, en orange… et j’en passe !
Quoi qu’il en soit, on découvre ainsi que notre éditeur publie aussi des livres, que l’on peut consulter les actualités médicales, faire d’emblée une recherche, demander la liste des revues…

En cliquant sur une revue, on obtient le sommaire du dernier numéro. On peut à ce stade, utilisant les propositions à gauche de l’écran, consulter les archives ou s’abonner à une newsletter qui, par courrier électronique, vous annoncera les sommaires de chaque nouveau numéro de la revue consultée.
Une fenêtre Recherche simple avec un lien vers une grille avancée est présente à gauche de l’écran, avec le sommaire de la revue.

Cette recherche est tout à fait classique : auteurs, mots-clés, mots du titre, date, choix de la ou des revues à explorer. Les opérateurs ET, OU, SAUF peuvent être utilisés pour la recherche textuelle.

On pourra regretter que le logiciel de recherche utilise une troncature automatique, basée sur la racine des mots de la requête.
Cette racine est trouvée par des techniques plus informatiques que linguistiques et l’on connaît les dégâts que peut provoquer ce type de procédure, dégâts par excès comme par défaut.

Le classement des résultats obtenus se fait en fonction de l’indice de la corrélation entre les termes de recherche. On peut avoir un accès au texte intégral, soit par abonnement avec diverses modalités possibles, soit par achat à l’article, avec des prix fortement dégressifs si le nombre d’articles commandés s’élève à 20 ou 30.

On peut commander un tel pack d’articles, qu’il faudra alors utiliser dans un délai d’un an.
Bien évidemment, les résumés tant français qu’anglais sont en accès libre.

On notera que si les utilisateurs – chez John Libbey comme chez les autres éditeurs – font en majorité leurs recherches essentiellement sur les périodiques, il est ici possible de l’étendre aux livres ou même de la limiter aux nouvelles brèves.
Par rapport à ses concurrents français, Masson par exemple, notre éditeur se signale par la possibilité donnée à l’utilisateur non abonné d’acheter des articles.

John Libbey a fait un pari, misant sur le français. Sera-t-il suivi par les auteurs ? Ces derniers continueront-ils à réserver leurs meilleures études pour la presse anglophone ?
On ne peut  que souhaiter un développement des publications francophones de qualité et espérer que John Libbey gagnera son pari : au vu de son site, cela paraît jouable.
www.john-libbey-eurotext.fr