Bases, Numéro de Mai 2004 - n°205


Arisem devient "a Thales Company"

Auteur : François Libmann

Arisem (Artificiel Intelligence et Sémantique) fait partie des célébrités de la bulle Internet. La société a été créée en 1996 par Alain Garnier et Stéphane Leroy pour exploiter et développer les logiciels d’analyse sémantique mis au point initialement pour des applications militaires. Alain Garnier a d’ailleurs précédemment travaillé à l’industrialisation de Taïga, un logiciel de même nature, au sein de la société Madicia.

Ces logiciels présentent un intérêt particulier pour surveiller le Web et procéder à des analyses sémantiques de son contenu, le volume toujours croissant des informations à traiter justifiant de plus en plus l’utilisation de tels outils.

Bénéficiaire de plusieurs aides publiques, ayant levé 20 MF en 2000, facturant des prix relativement haut de gamme à un nombre plutôt élevé de clients (plusieurs dizaines) compte tenu de la nature de l’activité, Arisem a grandi jusqu’à compter près d’une centaine de salariés et, comme beaucoup de start-ups de l’époque, n’a peut-être pas attaché une attention assez grande à sa gestion.

Par ailleurs, la clientèle a pris conscience qu’outre le prix relativement élevé des solutions proposées par Arisem, il fallait prendre en compte le temps considérable nécessaire pour la maintenance de l’outil, pour les solutions lourdes. Il n’était pas rare en effet d’entendre qu’il fallait prévoir une personne à temps plein pour gérer l’outil.

D’autre part, les ex-dirigeants admettent aujourd’hui qu’ils ont alors trop différé une nouvelle augmentation de capital, tout en laissant peut-être croître les effectifs un peu vite ; mais ils n’ont sûrement pas été les seuls dans ce cas.

Ces différents éléments et, en tout état de cause, l’éclatement de la bulle Internet, ont conduit au dépôt de bilan en décembre 2001.

La société a été reprise début mars 2002 par Jean-Claude Carles, qui avait gagné de l’argent dans la création puis la revente de sociétés dans le domaine de l’informatique.

Une réduction drastique des effectifs a été opérée et des produits plus simples et plus diversifiés sont apparus dans l’offre d’Arisem.
Puis, en novembre 2003, le groupe de sociétés d’investissement privé Emergo – dont le siège est à Calgary au Canada – a annoncé une prise de participation majoritaire dans le capital d’Arisem.

Dans le même temps, et dans la droite ligne du rapport Carayon publié en juin 2003, le concept de “stratégie de sécurité économique nationale” a commençé  à prendre corps et à recevoir des applications concrètes.

Toujours dans la même ligne, le député du Tarn Bernard Carayon vient d’ailleurs de présenter le 9 juin à l’Assemblée Nationale un rapport d’information sur la stratégie de sécurité économique nationale
(www.assemblee-nat.fr/12/
rap-info/i164.asp).

Cette prise de conscience a conduit à l’annulation de la vente d’Arisem au fonds canadien (les communiqués de presse annonçant la vente avaient néanmoins été déjà largement diffusés), puis au rachat, finalisé fin mars 2004, de 100 % d’Arisem par Thales qui, par ailleurs, était déjà client d’Arisem.

Dans ce nouveau dispositif, Jean-Claude Carles reste président, tandis qu’Alain Garnier devient directeur de la stratégie.

Le premier intérêt de ce rachat est qu’il offre à Arisem, pour la première fois, une garantie de pérennité.
 
Le fait que, jusqu’à présent, il s’agissait d’une structure indépendante de quelques dizaines de personnes a pu freiner des clients potentiels, qui hésitaient à s’engager sur une solution lourde, face à des offres anglo-saxonnes d’entreprises de taille bien supérieure.

Par ailleurs, il est évident que des collaborations vont s’établir au niveau R&D, ce qui ne peut avoir que des conséquences très positives.

Cette nouvelle appartenance est bien mise en évidence par l’expression “a Thales Company“, accolée au nom Arisem, dans les documents récemment diffusés.

Arisem, qui est donc une filiale à 100 % de Thales, est rattachée à la division nouvellement créée Land & Joint Systems, à laquelle appartient Kalima, initialement une joint venture entre Thales et IBM, devenue 100 % Thales en 2002.

L’intérêt pour Thales de garder Arisem comme société indépendante, outre sa notoriété, est qu’il est plus facile à cette dernière de vendre des produits – les siens et ceux issus de Kalima –, tandis que l’entité Kalima, au sein de Thales, a plus vocation à vendre des solutions complexes sur mesure.

Cela étant, Arisem va avoir une communication complexe avec trois marques :
- la sienne qu’il n’est pas, semble-t-il, question d’abandonner ;
- Thales, qui est le nom de son actionnaire en même temps que le gage de sa pérennité et de son développement futur ;
-  et Kaliwatch, derivé de Kalima, qui est la racine de tous les noms de produits.

Ces produits rebaptisés on été présentés à i-expo :

- Kaliwatch Server remplace Arisem KM Server. Ce produit propose l’ensemble des fonctionnalités de ce qui s’appelait auparavant OpenPortal4U : moteur de recherche sémantique, fonctionnalités de classement, le tout dans le cadre d’un projet d’intelligence collective ;

- Kaliwatch Professional, développé par Kalima, en collaboration avec Arisem pour les dernières étapes.
C’est une plate-forme monoposte et multifonctions récemment lancée permettant l’acquisition ciblée, l’analyse et la consultation d’informations de sources très variées. Cette plate-forme est bien sûr compatible avec Kaliwatch Server en cas de montée en puissance ;

- Kaliwatch Tools est quant à elle une boîte à outils destinée avant tout aux intégrateurs, qui comporte trois grandes fonctions de traitement sémantique de l’information : collecte, catégorisation et indexation.