Netsources, Numéro de Novembre-décembre 2002 - n°41


Actualité brûlante pour Yahoo!

Auteur : Béatrice Foenix-Riou

Les partenariats entre moteurs et annuaires évoluent régulièrement, et l’on assiste à un ballet permanent entre les outils de recherche.

Yahoo! ne fait pas exception à la règle, et compte peut-être même parmi les outils les plus volages.

Rappelons que l’annuaire avait conclu en juillet 2000 un accord avec Google (accord signé auparavant avec Inktomi, après l’avoir été à l’origine avec AltaVista), pour la fourniture des résultats “secondaires”.

Aux termes de cet accord, lorsqu’une recherche sur les catégories et les sites de Yahoo! s’avérait infructeuse – et seulement dans ce cas – la recherche était automatiquement lancée sur l’index de pages Web du moteur. Cet accord n’est d’ailleurs pas étranger au succès rapide de Google, qui a vu son taux de consultation “exploser” dès la mise en place du partenariat.

Le succès de Google n’ayant pas été sans conséquences – négatives – sur la fréquentation de Yahoo!, l’annuaire s’était interrogé sur la reconduction du partenariat – qui arrivait à échéance en juin 2002 – et annonçait sa décision finale pour septembre 2002. Le principal concurrent en lice était AlltheWeb, mais le rachat d’Inktomi figurait également parmi les hypothèses.

Il aura fallu attendre octobre pour apprendre que Yahoo! donnait une nouvelle chance à Google, mais sans lui jurer fidélité. Cela étant, l’annuaire a bien fait de ne pas jurer, car il se serait parjuré !

Yahoo! a en effet annoncé fin décembre sa décision de racheter Inktomi – et son index de deux milliards de pages, utilisé notamment par HotBot et MSN –, pour environ 235 millions de dollars.

La transaction devrait être finalisée dans le courant du premier trimestre 2003.

Ce rachat soulève évidemment des questions quant au devenir de l’accord Google / Yahoo!. On peut en effet raisonnablement imaginer que si Yahoo! rachète un moteur, c’est pour utiliser sa technologie et ses résultats...

Les développements futurs seront d’autant plus intéressants à suivre que Yahoo! France a terminé l’année en modifiant encore une fois sa page de résultats, pour se calquer sur celle de la version internationale. Or, la modification majeure tient à la place prépondérante accordée aux résultats de Google...

La précédente version, lancée pourtant en octobre 2002 (voir Netsources n°40), affichait successivement, lors d’une recherche par mots :
- la liste des éventuels services Yahoo! sur le sujet ;
- la liste des deux premières catégories répondant à la requête (suivie du lien “Afficher les xx catégories suivantes”) ;
- les cinq premiers liens promotionnels fournis par Espotting France, avec une présentation similaire à celle des données de Yahoo ;
- la liste des “Pages Web”, correspondant en fait à la liste des sites pertinents de l’annuaire.

En complément de ces résultats, un lien “Autres Pages Web” permettait d’afficher les pages fournies par Google, et ce quel que soit le nombre de sites identifiés. Ces résultats étaient précédés de la mention discrète (sans le logo) “Attention, les résultats suivants sont fournis par Google et ne sont pas contrôlés par Yahoo! France”.

La nouvelle page de résultats offre, au premier regard, peu de différences ; mais celles-ci sont d’importance et laissent perplexe.

Sous les liens promotionnels, se trouve en effet désormais la catégorie “Tout le Web”, avec la liste des pages Web répondant à la requête.

Les sites pertinents de Yahoo! sont quant à eux accessibles à partir du lien “Annuaire de sites”, proposé discrètement tout en haut et à droite de l’écran.

On remarque que curieusement, aucune information n’est donnée sur l’origine des résultats de la catégorie “Tout le Web”.

Mais il suffit de quelques comparaisons pour comprendre que les pages sont en majeure partie fournies par Google : le nombre de documents, comme l’ordre des pages, sont presque similaires, à quelques exceptions près (en plus ou en moins). On note toutefois des différences dans les descriptions de certaines pages. D’autre part, Yahoo n’affiche qu’une page de chaque site (avec un lien “Autres résultats du domaine xxx”), quand Google en propose deux.

On comprend mieux les différences en allant fouiller dans la rubrique d’Aide ; on y découvre en effet que “Les sites Web : Cette section montre une combinaison de résultats de notre partenaire moteur de recherche (le nom du moteur en question n’est bizarrement pas cité - n.d.l.r.) et de résultats provenant de l'annuaire de sites Web de Yahoo! France.

Quand un site Web listé dans les résultats de recherche est également listé dans l'annuaire de Yahoo! France, ce site sera affiché avec le titre et la description issus de l'annuaire. Ce site est de plus suivi de la mention «Plus de sites dans:» pointant vers la catégorie dans laquelle nos surfeurs ont classé le site.

En cliquant sur ce lien, vous pourrez accéder à l'ensemble des sites de la catégorie.”
Au total, la version lancée en octobre par Yahoo! nous avait laissé un sentiment de confusion, la distinction entre les rubriques “Pages Web” (donnant accès aux sites de Yahoo) et “Autres Pages Web” (affichant les pages de Google) étant loin d’être claire.

La nouvelle version nous donne le triste sentiment d’avoir perdu un annuaire !

Yahoo! est sans doute l’un des annuaires les plus connus de l’Internet, et l’un des pionniers du Web. Et voila que, sans doute jaloux du succès de Google, il cherche à lui ressembler, quitte à perdre son âme, et sa raison d’être.

En multipliant les partenariats entre eux, les annuaires et les moteurs ont tenté de gommer leurs différences, en se rassemblant sous l’appellation de “portails”. Mais la différence intrinsèque qui existe entre ces deux familles d’outils demeure, à notre avis, la base de la recherche sur le Net et chercher à l’atténuer ne peut que rendre plus difficile la quête de Certes, les sites de Yahoo! restent accessibles, mais de façon très discrète.

Cette discrétion risque d’ailleurs de faire baisser le nombre de soumissionnements payants, qui représentent pourtant une part non négligeable du chiffre d’affaires de Yahoo!. Pourquoi en effet investir 250 e pour être présent dans l’annuaire, quand les premiers résultats affichés lors d’une requête par mots sont ceux d’un autre moteur ?

Bref, la “googlisation” des outils de recherche semble à la mode, et ce n’est pas forcément une bonne chose...