Bases, Numéro de Juillet-Août 2003 - n°196


Facturation des services en ligne

Une créativité toujours renouvelée

Auteur : François Libmann

Si au début de la commercialisation des banques de données en ligne, les principes de facturation étaient à peu près homogènes, le temps passant, les évolutions technologiques, la diversification des clientèles et la créativité des différents acteurs ont donné naissance à de multiples systèmes aux principes parfois très différents.

Ce foisonnement tient aussi au fait qu’aucun système n’a, jusqu’ici, été jugé totalement satisfaisant, pour les clients d’abord, mais aussi pour les fournisseurs d’information. Pour les clients, cette insatisfaction permanente est, sans doute pour une part, liée au fait que beaucoup gardent dans un coin de leur esprit que l’information est gratuite et qu’un système qui la fait payer, quel qu’il soit et quel qu’en soit le principe de facturation, ne peut être qu’insatisfaisant.

L’observation de ce foisonnement nous a conduit à envisager une exploration un peu systématique, qui pourrait présenter un intérêt pour le client (évaluer un système de facturation), comme pour le fournisseur (le mettre au point).
   

L'INFORMATION : UN BIEN TRES PARTICULIER

   
Rappelons d’abord que l’information n’est pas un bien courant, comme un objet que l’on achète et que l’on vend.
En effet, si un vendeur transmet un objet à un acheteur, le vendeur ne le possède plus, alors que le vendeur d’une information la possède toujours et que l’acheteur ne peut plus oublier une information, dès lors qu’il en a eu connaissance.
D’autre part, la valeur d’une information ne dépend pas de la loi de l’offre et de la demande comme la plupart des biens, mais est très liée à celui qui la possède et surtout à la problématique dans laquelle il l’insère.

Il y a une déconnexion quasi-totale entre le coût et la valeur de l’information.
Par ailleurs, si le troc des marchandises est assez peu répandu, l’échange d’infor-mations – sans échange d’argent qui lui soit lié – est très fréquent, de même que l’utilisation du “système D” pour obtenir de l’information sans payer.
Enfin, dans le cas de l’information vendue en ligne, l’utilisateur achète à la fois l’information, le service qui la met à disposition et le système qui lui permet de retrouver précisément ce qu’il recherche.

Il faut noter que tous les systèmes de facturation qui ont été mis au point sont basés à la fois sur le coût de la recherche et sur celui attribué à l’information.

La valeur de l’information n’est pas prise en compte. C’est à l’utilisateur d’estimer si la valeur qu’il donnera à l’information qu’il espère trouver – mais qu’il n’est pas toujour sûr à l’avance d’obtenir –  justifie le coût certain qu’il va payer pour tenter de la trouver. Pour pallier cette difficulté, de nombreux serveurs / agrégateurs ont reporté tous les coûts sur l’information, proposant une recherche gratuite, hors d’éventuels frais d’abonnement ou engagements de consommation.
   

FACTURATION A LA DUREE ET AU DOCUMENT : UN CLASSIQUE

   
Dès lors qu’un accès distant aux serveurs a été proposé dans les années 70, le premier principe de facturation a été celui du coût horaire de connexion à la base de données, auquel s’ajoutait en général un coût au document visualisé, ces coûts variant selon les banques de données.
   
Ce principe a sans doute été inspiré du “time sharing” largement répandu à l’époque, qui consistait à permettre à plusieurs terminaux non intelligents de se connecter à un ordinateur distant,  et de l’utiliser comme s’ils en étaient très proches. L’interrogation à distance des banques de données était tout à fait une application de cette nature.
   
Ce mode de facturation – qui consiste à facturer la recherche d’une part et l’information d’autre part–, a été utilisé par la quasi-totalité des serveurs de banques de données bibliographiques.
Même s’il a beaucoup été critiqué, la plupart des grands serveurs historiques de banques de données  l’utilisent encore, mais offrent aussi dans certains cas des solutions alternatives.
   
Ce principe de facturation au temps de connexion a donc été critiqué tant par les utilisateurs que par les serveurs.
   
Les utilisateurs considèrent que ce type de facturation :

- est générateur de stress ;
- fait subir et payer les lenteurs du système, qui ne sont pas toujours liées à la complexité de la recherche ;
- dissuade l’utilisateur de chercher à améliorer ou à complexifier sa recherche, car cela ajouterait du temps de connexion sans garantie d’amélioration du résultat.
   
On notera aussi que ce principe de facturation, comme d’autres, ne prend pas en compte la valeur de l’information pour l’utilisateur.
   
Il faut signaler que Dialog et DataStar ont apporté une innovation intéressante, en proposant une commande PAUSE (..PAUSE sur DataStar), qui met la recherche en veille et diminue fortement le coût de connexion ; celui-ci passe à 30$/h sur Dialog  et 40FS/h sur DataStar. On reprend la recherche là où on en était en tapant n’importe quelle commande dans Dialog ou ..GO dans DataStar.
   
Précisons que sur Dialog, ce système n’a de sens que dans le mode de facturation horaire, puisque dans le système de facturation en DialUnits (voir ci-après), le temps de connexion n’est pas facturé.
   
De leur côté, les producteurs/ serveurs ont également leurs insatisfactions :

- l’augmentation des vitesses de transmission de l’information a diminué significativement leurs revenus à taux horaire constant.
Il faut rappeler qu’à l’origine, la vitesse de transmission était de 300 bauds (bits par seconde) ; les passages à 1 200 puis à
2 400 bauds ont été vécus comme des sortes de révolutions. Or, les modems d’aujourd’hui fonc-tionnent à 56 000 bauds et une connexion par Telnet peut être encore plus rapide ;
- ce système favorise les utilisateurs professionnels (qui savent aller vite), alors que tous les serveurs pensent que le marché de l’avenir est celui des utilisateurs finaux ;
- ce principe décourage les serveurs d’améliorer leur système. En effet, des commandes plus performantes ou une augmentation de la puissance – et donc de la rapidité – du système ont pour effet de diminuer leurs revenus, au moins dans un premier temps.
   
L’année 1988 a vu des changements importants dans les modes de facturation.
   
L’Esa/IRS, alors dirigée par Marino Saksida, a supprimé l’essentiel du coût horaire pour n’en garder qu’un montant symbolique, a introduit un coût à la session et a augmenté le coût du document, considérant qu’au final, c’est l’information qui intéressait vraiment les clients.
   
Dans un premier temps, les résultats de ce changement ont été plutôt catastrophiques, admit à l’époque Marino Saksida. Les utilisateurs en effet, ne sachant pas quel serait l’impact de ce nouveau mode de facturation, ont adopté une attitude d’attente, faisant très fortement chuter les revenus du serveur ; il fallut six mois pour revenir au niveau antérieur.

Pendant un temps, le déclenchement du prix de la session ne s’est fait qu’à l’entrée de la cinquième commande. Mais aujourd’hui, EINS – qui est le “descendant” de l’Esa/IRS – déclenche le coût de session à la première commande Select ou Expand ; ce coût de session est de 8 € sauf pour Chemical Abstracts, tandis que le coût horaire est de 6 €. 
   
A la même époque, Chemical Abstracts Service a introduit une facturation au terme de recherche. On retrouve aujourd’hui ce principe sur quelques bases proposées par le serveur STN. Le prix au terme de recherche s’ajoute alors aux autres éléments de facturation ; c’est le cas pour Plasnews, où le terme de recherche est facturé 0,10 € tandis que le coût horaire est de 126 €, le coût de visualisation d’un article étant de 1,96 €.
   
Pour les banques de données textuelles de Chemical Abstracts en revanche, les utilisateurs se voient proposer le choix entre deux modes de tarification pour la recherche. Soit un coût horaire élevé (210 € pour Chemical Abstracts) et pas de coût au terme de recherche, soit un coût horaire nettement moins élevé (34 € pour cette même base) et 1,65 € par terme de recherche.
   
Dans les deux cas, la référence complète visualisée coûte 2,60 €. A tout moment, l’utilisateur a le choix de son mode de facturation, il lui suffit de choisir entre HCA ou CA comme code pour entrer dans la base. Les utilisateurs ont tout intérêt à utiliser au mieux ces deux options car, pour certaines recherches, les écarts de prix peuvent être très importants.
   
Chez Dialog, Dan Wagner, du temps où il en était propriétaire, a supprimé le coût horaire pour le remplacer par des DialUnits, qui étaient liées à la puissance informatique consommée par les utilisateurs dans leur recherche ;  le prix des DialUnits était défini pour chaque base.
   
Si le principe était et demeure plutôt intelligent, cette réforme a été très mal exécutée et a suscité à l’époque de très violentes réactions chez les utilisateurs (voir BASES n°141, juillet/août 1998). En effet, les arrondis à l’unité supérieure, imposés au lancement de cette formule, ont été ressentis comme une manœuvre grossière pour récupérer de l’argent à tout prix sur le dos des utilisateurs ; par ailleurs, les prix des DialUnits de certaines bases avaient été manifestement exagérés.
   
Ces excès ont été corrigés, mais ce système présente toujours l’inconvénient majeur que personne n’a jamais réussi à savoir combien de DialUnits coûtait telle ou telle commande, ce qui était et reste pourtant une attente légitime.
   
Finalement, Dialog a réintroduit une facturation à la durée (BASES n°179, janvier 2002), les utilisateurs ayant le choix entre les deux systèmes.

Il faut savoir que pour les utilisateurs experts et sauf pour des questions très simples, cette facturation à la durée est, en général, plus avantageuse que celle aux DialUnits. On notera en revanche que, contrairement à ce qui est possible sur STN, on ne peut pas changer de mode de facturation en cours de session ; par ailleurs, changer de mode de facturation par défaut n’est pas très simple.
   
Certains serveurs d’autre part – notamment ceux qui offrent des informations brevets et des informations scientifiques et techniques – ont développé des commandes complémentaires, par exemple pour extraire des informations statistiques d’un lot de réponses (auteurs les plus prolifiques, déposants de brevet les plus fréquents...).

L’utilisation de ces commandes RANK (Dialog), ANALYSE (STN), MEMTRI (Questel.Orbit) est en général facturée en plus et selon des principes différents d’un serveur à l’autre.
   
Pour rester sur la facturation au temps de connexion, on signalera l’exemple de Reuters Business Briefing, qui facturait uniquement au temps de connexion, à un tarif relativement peu élevé (mais il fallait acheter à l’avance des lots d’heures) permettant de visualiser gratuitement autant de documents qu’on le souhaitait. Pour la petite histoire, ce mode de facturation était lié au fait que Reuters ne disposait pas d’outil logiciel permettant de facturer au document.
   
Ce service – un peu pervers car l’information y était très dévalorisée – a été fermé en juin dernier et les utilisateurs invités à basculer sur Factiva (qui est la fusion de Reuters Business Briefing avec Dow Jones Interactive). Le changement a sans doute été brutal car Factiva, à l’inverse de Reuters Business Briefing, facture les documents mais pas le temps de connexion.
   
On signalera aussi que LexisNexis facture en général à la question et que seuls quelques clients ont un contrat au temps de connexion.
   
Nous avons dit, dans le dernier numéro de BASES, que ce principe de facturation à la question nous paraissait être l’un des plus mauvais systèmes pour la facturation de la recherche sur des serveurs/agrégateurs ; il prive en effet l’utilisateur de l’interactivité de l’outil, qui est justement l’un des intérêts majeurs des systèmes d’information en ligne.
  
Un tel système, en particulier, ne pardonne pas les fautes de frappe ou d’orthographe qui génèrent un résultat nul, car la question est de toute façon facturée.

LE PRINCIPE DE LA RECHERCHE GRATUITE

   
On a vu que dès 1988, l’Esa/IRS avait fortement baissé les coûts de la recherche, même si ces derniers ne sont pas devenus tout à fait nuls pour autant ; peu de serveurs avaient alors suivi le mouvement.
   
Cette situation a fortement évolué ces dernières années, avec l’arrivée de nouveaux acteurs baignant dans la culture du Web, pour lesquels la facturation au temps de connexion n’était même pas imaginable.
   
On a donc vu se développer des systèmes basés sur la facturation du seul document, la recherche étant gratuite, le tout dans un environnement du Web ouvert, dans lequel non seulement la recherche mais aussi l’information étaient gratuites.
   
Les serveurs qui offrent une recherche gratuite sont par exemple Factiva, Profound, de nombreux services de recherche d’études de marché en ligne, Europresse (Cedrom SNI), Diva-Presse et Pressed (L’Européenne de Données), depuis son basculement sur le Web le 15 décembre 1997.
   
On peut ici distinguer deux écoles :

- chez certains agrégateurs, comme Factiva ou Europresse, tous les documents sont au même prix ; pour Europresse néanmoins, cela risque de changer dans les mois qui viennent ;
- chez d’autres, comme Pressed de L’Européenne de Données, les prix varient beaucoup d’un titre à l’autre. C’est ainsi que pour les abonnés à Pressed, et pour un premier palier d’engagement de consommation – 150 docu-ments par an –, le prix d’un document varie de 0,90 € pour le Bodacc à 8 € pour une biographie, en passant par 1,80 € pour un article de presse quotidienne nationale. Ces coûts baissent pour des engagements supérieurs.
   

FRAIS FIXES ET MINIMUM DE CONSOMMATION

   
Si beaucoup de nouveaux venus sur le marché, en général spécialisés sur un domaine, ne facturent pas les recherches, ne comptent pas de frais fixes et n’exigent pas de minimum de consommation, la plupart des acteurs historiques – qui sont souvent les plus gros – pratiquent l’un et/ou l’autre.
   
STN qui, pendant longtemps, n’a pas facturé de frais fixes, demande maintenant 30 € par an.
   
Questel.Orbit quant à lui a plusieurs fois modifié ses principes et ses tarifs : en 2000, les frais fixes étaient de 300 € la première année et 110 € les années suivantes, mais il y avait un minimum de facturation de 260 € par semestre. A partir de 2001, le minimum de consommation a été supprimé et les frais fixes portés à 300 € pour tous. Le montant de ces frais fixes est passé à 330 € en 2002 et à 350 € en 2003.
   
EINS pour sa part ne demande pas de frais fixes, au risque – assumé – d’avoir de nombreux contrats dormants.
   
Quant à Dialog, les frais fixes varient selon les pays.
Pour ceux qui souhaitent accéder à l’offre de Dialog en France, les frais annuels sont de 75 $, plus 10 $ par mot de passe pour les cinq premiers et 1 $ pour les suivants.
Un minimum de consommation de 4 500 $ par an est également exigé.
   
Pour DataStar, l’abonnement annuel est de 600 FS, quelque soit le nombre d’identifiants ; le minimum de consommation est du même ordre que pour Dialog.
Il faut signaler pour être complet que les formations à Dialog et DataStar sont gratuites pour les abonnés, alors qu’elles sont payantes pour la quasi-totalité d’entre elles chez STN et Questel.Orbit.
   
En ce qui concerne Profound, la recherche est gratuite et deux formules sont proposées, soit un abonnement annuel de
5 000$ auquel s’ajoute le prix des documents visualisés, soit un abonnement de 75 $ et un engagement de consommation de 10 000 $ sur un an.
   
On signalera aussi Cedrom SNI (Europresse), avant son prochain changement de grille tarifaire, qui propose à ses clients un abonnement annuel de l’ordre de 150 €, puis un engagement de consommation mensuel avec un tarif dégressif pour les articles, selon l’engagement de consommation.
   
Deux originalités sont à noter dans la tarification de ce serveur :

- cet engagement de consommation comporte deux options : l’option sécurité, dans laquelle l’accès est coupé jusqu’au début du mois suivant lorsque la consommation correspondant à l’engagement mensuel est atteint, ou l’option liberté, dans lequel l’accès n’est pas coupé mais où les documents visualisés au-delà de l’engagement mensuel sont facturés plus cher ;
- les documents non consommés lors d’un mois donné ne sont pas reportés sur le mois suivant, ce qui est très pénalisant pour les utilisateurs ayant des consommations variables.
   
L’Européenne de Données facture pour Pressed des frais fixes, dont le premier palier est à 240 € par an, mais qui peuvent être nettement supérieurs.

Ils correspondent à différents services, et notamment  la mise en place d’alertes.

Le serveur a toutefois renoncé à surfacturer les documents les plus anciens (voir BASES n°174, juillet/août 2001), car il n’était pas réaliste qu’il soit le seul sur le marché à le faire.

On notera une différence notable avec Europresse : l’engagement sur Pressed se fait sur une base annuelle et les documents consommés au-delà du forfait sont facturés au prix correspondant à celui du forfait.
   

ACHATS EN LIGNE SANS ABONNEMENT

   
Dans tous les systèmes que nous avons évoqués, le client reçoit une facture – en général en fin de mois – reflet de sa consommation, sur laquelle sont imputés les coûts d’abonnement, soit une fois par an (le plus souvent), soit de façon étalée.
   
Le développement d’Internet et la sécurisation supposée des paiements par carte de crédit ont suscité la multiplication des systèmes d’achats en ligne, avec des variations de prix parfois importantes. Si l’on ne craint pas de payer par carte de crédit en ligne et que la structure à laquelle on appartient le permet, on reconnaîtra à ce système le mérite de la simplicité. Plutôt destiné à des utilisateurs occasionnels à qui toutes les possibilités de service ne sont en général pas offertes, il permet quelquefois de faire de bonnes affaires, par exemple en cas de besoins ponctuels importants.
   
C’est ainsi qu’Europresse propose, dans son panier d’achat, d’acheter en ligne 10 articles pour 25 € (soit 2,50 € l’article ; valable un mois), 25 articles pour 50 € (2 € par article, valable deux mois) ou 50 articles pour 75 € (1,50 € par article, valable trois mois), sachant que dans ce dernier cas, il est possible de payer par chèque.
   
Diva-Presse présente une offre analogue avec Diva-Solo, dont le palier à 200 € HT permet d’acheter 200 articles dans l’année, ce qui est une offre particulièrement alléchante.
   
On peut dire qu’aujourd’hui, pratiquement tous les serveurs agrégateurs offrent la possi-bilité – pas toujours pour l’ensemble de leurs services – de payer par carte de crédit sans être abonné.
   

L'OFFRE EN LIGNE DES EDITEURS

   
Le développement d’Internet et la baisse générale des coûts informatiques a permis aux éditeurs et aux producteurs de banques de données de mettre en ligne directement le contenu de leurs titres, sans passer par les serveurs agrégateurs. Le plus souvent cependant, cette évolution n’a pas remis en cause leur présence sur ces derniers.
   
En France, le quotidien Les Echos a été l’un des premiers à ouvrir un site, avec les archives du quotidien et de ses suppléments, mais pas des lettres spécialisées. Au cours du temps, d’autres contenus – tels que des biographies – sont venus enrichir l’offre, conduisant le site à devenir un mini-serveur.

Les Echos ont toujours eu comme politique de faire payer les articles, mais au coût relativement peu élevé  de 1 € HT actuellement.

D’autres titres ont pendant longtemps proposé leur contenu en ligne gratuitement. Il n’y a pas si longtemps que La Tribune a rendu payantes ses archives.

Pendant longtemps aussi, des quotidiens de presse régionale ont offert un accès gratuit à leur contenu. Cette période est aujourd’hui quasiment révolue et, si les éditions du jour sont souvent en accès libre sur les sites, l’accès aux archives est en général payant.
   
Le plus souvent, les abonnés à la version papier sont privilégiés. Le premier cas – extrême – est celui du Moniteur des Travaux Publics et du Bâtiment, qui réserve à ses abonnés l’accès (gratuit) à ses archives électroniques. Pour s’assurer que seuls les abonnés y accèdent, ceux-ci doivent entrer un code, qu’ils peuvent relever sur la dernière édition de la revue.
   
Dans le cas le plus répandu, les abonnés ont un accès gratuit aux archives, et les autres doivent payer. C’est le cas par exemple des titres du groupe GISI (Groupe Industries Services Info) (L’Usine Nouvelle, Industrie et Techniques, LSA, L’Echo Touristique, L’Argus de l’Assurance, Emballage Maga-zine, Neo-Restauration), pour lequel un abonnement titre par titre est nécessaire.
   
Pour le groupe France Agricole en revanche, il suffit d’être abonné à l’un des titres pour avoir un accès gratuit  illimité à l’ensemble des titres du groupe (La France Agricole, Revue de L’Eleveur Laitier…).
   
Stratégies présente un autre cas de figure : les abonnés payent aussi les archives, mais bénéficient d’un tarif préférentiel (30 € pour 100 articles, contre 130 € pour les non-abonnés) ; les archives de Stratégies sont aussi disponibles sur Factiva, au prix de 2,95 $ l’article.
   
Lorsque l’accès aux archives est payant, deux systèmes peuvent exister : le paiement à l’article ou pour un lot d’articles – facturé après ou acheté à l’avance – ou bien l’accès illimité pendant une durée donnée, qui est souvent d’un an (La Tribune, France Agricole), mais qui peut être beaucoup plus réduite (Archipresse -– voir ci-après).
   
Certains titres hébergés par Europresse proposent par exemple un accès direct à leurs archives avec un système calqué sur le panier d’achat d’Europresse. Sur Le Figaro, on peut acheter un article pour 4 €, 10 pour 20 € (soit 2 € l’article valable un mois), 25 articles pour 40 € (1,60 € par article, valable également un mois), 75 articles pour 75 € (1 € par article, valable trois mois) ou enfin 250 articles pour 150 € (0,60 € par article, valable six mois).
   
Ce système est adopté par d’autres sites comme Libération, Le Progrès, Le Télégramme, Sud-Ouest… mais avec des prix qui peuvent varier.
   
Cela fait apparaître les très grands écarts de prix que l’on peut observer pour le même article, selon l’endroit où on l’achète et la quantité que l’on achète ou que l’on s’engage à consommer.
   
C’est particulièrement vrai pour les quotidiens nationaux français.
   
De tels écarts de prix peuvent amener les utilisateurs à avoir une attitude consumériste, même s’il faut, bien sûr, tenir compte des services et des conditions liés à l’achat d’un article sur tel ou tel site.
   

FORFAITS SUR MESURE OU NON

   
Tous les systèmes que nous avons évoqués sont basés pour l’essentiel sur le principe de la facturation à la consommation (pay as you go), auquel se rajoutent éventuellement des frais d’abonnement, dont les tarifs peuvent varier selon l’engagement de consommation.
   
Il ne faut pas oublier qu’avant l’apparition des services en ligne, les achats d’information sous forme papier se faisaient à l’avance et de façon forfaitaire, sans aucun lien avec l’usage qui en était fait ; ce système existe d’ailleurs toujours.
   
On achète en effet un livre qu’on ne paye qu’une fois ou un abonnement, souvent d’un an payable à l’avance, à une publication, là encore sans aucun lien avec l’usage que l’on fera de l’information. A la limite, si l’on ne lit pas le livre ou la publication, on aura payé le même prix que si on l’a dévoré et redévoré de la première à la dernière ligne.
   
Il faut noter que, à part les tables des matières ou éventuellement les index, ce prix n’inclut quasiment pas le prix d’éventuels outils de recherche.
   
Ce principe de l’achat forfaitaire s’est également développé avec l’information électronique, en particulier avec les cédéroms – qui sont hors du champ de cet article – mais aussi pour les services en ligne.
   
On peut distinguer schématiquement deux systèmes : les systèmes indépendants de la consommation et ceux qui en dépendent.
   
Les systèmes indépendants de la consommation sont bien sûr les plus proches des systèmes liés au papier. On achète pour un prix forfaitaire un accès illimité à une banque de données  ou à une publication disponible en ligne.
   
La durée de cet accès est en général d’un an, mais on a vu se développer des offres sur des durées beaucoup plus limitées. C’est ainsi que l’éditeur suisse Edipresse propose dans son système d’archives Archipresse des forfaits d’accès illimité à l’ensemble de ses titres (24 heures, Le Matin, La Tribune de Genève et le mensuel Bilan) pour une période de deux mois (100 FS) ou six mois (250 FS).
   
Souvent, certains titres de presse offrent des accès illimités pour un an à des prix relativement raisonnables, qui ne constituent pas trop un obstacle pour des usagers occasionnels.
   
L’Usine Nouvelle et les publications du groupe GISI proposent ainsi à ceux qui ne sont pas abonnés (les abonnés ont un accès gratuit aux archives) une période d’essai gratuite puis, s’ils ne veulent toujours pas s’abonner, un forfait annuel de
50 € par exemple pour Industrie et Techniques.
   
Le groupe France Agricole propose également un accès illimité aux archives électroniques de ses différents titres pour un forfait annuel de 37,63 € HT.
   
Souvent ces systèmes, ceux du moins qui portent sur des longues durées, ont des prix à l’utilisateur dégressifs en fonction de leur nombre.

Ces systèmes sont particulièrement développés dans le monde universitaire et dans les grandes entreprises.
   
De nombreux producteurs de banques de données proposent ce type d’accès en parallèle à des systèmes à la consommation, en particulier par l’intermédiaire de serveurs. Mais toutes les bases ne sont pas disponibles en “pay as you go”.

C’est ainsi que Cambridge Scientific Abstracts, qui a racheté ces dernières années plusieurs banques de données, propose l’ensemble de son corpus sur la base d’un abonnement annuel. Certaines de ces bases sont disponibles sur STN, tandis que les 19 bases qui étaient proposées par Dialog ont été déchargées (Bases n°186, septembre 2002). D’autres sont par ailleurs accessibles dans les “bouquets” que propose Cambridge Scientific Abstracts avec, pour 39 $, un accès ilimité pendant 36 heures. Mais on note que la base ArtBiblio-graphies Modern, qui était disponible jusqu’en septembre 2002 sur Dialog, n’est dans aucun bouquet et n’est pas non plus sur STN. Son accès n’est possible que par une souscrip-tion annuelle sur le site de CSA.
   
Dans un tout autre domaine, la banque de données bibliographique Octave, concernant les documents à caractère prospectif, produite par l’association Futuribles, n’est disponible que sur abonne-ment annuel d’un montant de 1 000 € TTC.

Certes, ce type de facturation est plus simple à gérer pour le producteur de la banque de données, car le nombre de factures à émettre est limité, et car il n’a pas à mettre en place de système de mesure de la consommation.
Mais il faut savoir que ce principe de facturation réserve la base à de gros utilisateurs, l’interdisant de fait aux utilisateurs occasionnels.

C’est clairement un choix politique que, pour notre part, nous déplorons.
   
Un autre type d’abonnement forfaitaire s’est développé ces dernières années, afin de permettre aux clients qui le souhaitent de budgéter leur consommation (ce que la facturation à la consommation ne permet pas). La plupart des grands serveurs et certains producteurs comme Derwent (producteur en particulier de la banque de données World Patents Index) proposent aujourd’hui cette alternative.
   
Le prix du forfait est en général évalué à partir des consommations de l’année précédente, ou d’une période d’essai pour les nouveaux clients. Ces évaluations se font, bien entendu, à partir des prix calculés selon le principe de facturation en vigueur chez le serveur.
   
On notera toutefois que le paramètre nombre d’utilisateurs devient parfois prédominant dans les très grandes structures, dans lesquelles la loi des grands nombres s’applique. C’est un principe qu’utilise notamment Factiva.
   
Des systèmes mixtes sont également proposés, comme chez Questel.Orbit, où l’on peut prendre un forfait pour certaines bases et payer à la consommation pour les autres.
   

LE PAIEMENT PAR TELEPHONE

   
Le succès du Minitel a été lié pour une bonne part au système du kiosque, qui permet à l’utilisateur de voir débiter avec sa facture de téléphone ses achats d’informations, et plus généralement ses utilisations des services Minitel.
   
Dans ce système qui existe toujours, France Telecom se charge du recouvrement de la facture et reverse au fournisseur du service un montant variable selon le palier d’accès.

Mais il y a quelques années, l’augmentation brutale des frais fixes à payer par les fournisseurs de service a conduit tous ceux dont les bases étaient peu consultées à les décharger, ce qui a appauvri notablement l’offre de services Teletel. Personne n’a jusqu’ici réussi à transposer de manière satisfaisante au monde Internet à grande échelle le système du kiosque pour les services à valeur ajoutée.
   
On a néanmoins vu apparaître une façon astucieuse d’utiliser les numéros de téléphone surtaxés. C’est ainsi que plusieurs titres de presse quotidienne régionale tels que Les Dernières Nouvelles d’Alsace proposent la recherche gratuite sur leurs archives. Puis pour visualiser les articles, il faut appeler un numéro surtaxé (08 99 700 782 qui est à 1,35 € par appel puis 0,34€/mm) qui donne un code d’accès valable pendant une durée limitée pour visualiser sept articles.
   

L'INFORMATION GRATUITE (POUR L'UTILISATEUR)

   
Tout le monde n’est pas convaincu que les utilisateurs/ consommateurs doivent payer l’information qu’ils reçoivent ou même celle qu’ils recherchent.
Un moyen souvent utilisé pour offrir gratuitement l’information, en tout cas pour le grand public, est celui du financement par la publicité.
Ce moyen est classique pour les radios comme Europe 1 ou RTL, et se développe dans la presse écrite avec des quotidiens d’information gratuits comme Métro (même s’ils n’ont pas, aujourd’hui, atteint leur seuil de rentabilité).
   
Si, à notre connaissance, il n’existe pas de banques de données professionnelles ou de systèmes d’archives électroniques financés par la publicité, il existe néanmoins des cas où l’utilisateur ne paye pas les recherches d’information qu’il effectue dans un support électronique.
   
Il y a d’abord les titres de presse qui offrent à leurs abonnés la recherche gratuite dans leurs archives. C’est le cas par exemple de L’Usine Nouvelle, d’Industrie et Techniques du Moniteur des Travaux Publics et du Bâtiment ainsi que de Courrier International.
   
Il existe un autre cas que l’on a vu se développer ces dernières années, qui est du domaine du politique, quand certaines institutions considèrent que le citoyen doit disposer gratuitement de l’information.
C’est ainsi que les banques de données proposées par le serveur européen Eurobases sont devenues progressivement gratuites.
   
Ce fut le cas, il y a quelques années déjà, de banques de données telles que Rapid (communiqués du service de presse et de la communication des Communautés Européen-nes) ou de TED (appels d’offres publiés dans le supplément S du Journal Officiel des Communautés Européennes).
   
Le 30 juin 2004, la banque de données Celex, consacrée au droit européen, deviendra elle aussi gratuite, tout au moins pour la version chargée sur le serveur européen (on ne sait pas quelle politique choisiront d’appliquer LexisNexis et Factiva).
   
Comme la production et la mise à disposition de ces banques de données ne va pas miraculeusement devenir gratuite, cette décision politique unilatérale revient à faire financer par le citoyen, sans lui demander son avis, la fourniture d’information à des professionnels (les informations “grand public” étaient déjà accessibles gratuitement). On peut s’interroger sur le sens de cette décision.
   
Le futur contrôle qualité de ces banques de données, ne subissant plus la pression d’utilisateurs qui payent pour un service, est sans doute également en péril.
   
Le service assistance, indispensable pour l’utilisation de ce type de banques de données au mode d’interrogation complexe, risque enfin de n’être pas maintenu.
Un autre exemple récent de même nature, mais au niveau français, est Legifrance (voir Bases n°186).
  
Il est intéressant aussi d’observer la politique des Offices de  Brevets, qui mettent en ligne gratuitement leurs fonds documentaires. 

Il est clair qu’il est dans la vocation de ces Offices de faciliter l’accès aux informations contenues dans les brevets publiés. Cela se fait depuis toujours avec les collections papier. Cela se fait maintenant avec ces collections sous forme électronique.
   
Il se trouve que différents serveurs (Questel.Orbit, Dialog, STN) et d’autres sociétés proposent l’accès à ces mêmes données, en général mises à disposition par les Offices mais avec des possibilités de recherche relativement sophistiquées, justifiant une facturation de ces services.
   
Le problème est que la limite entre les services gratuits “pas trop sophistiqués” offerts par les Offices des Brevets et ceux qu’offrent les serveurs, avec une plus forte valeur ajoutée, n’est pas simple à définir et est très mouvante, les Offices en proposant toujours plus au grand dam des serveurs.
   
On a vu aussi se développer dans le domaine scientifique et technique des systèmes qui proposent un autre modèle économique dans lequel, c’est l’auteur (en général son institution) qui paye la mise en ligne de son article dans une banque de données qui est accessible gratuitement. C’est le cas de Biomed par exemple (Bases n°192).
   
On signalera enfin le système du référencement payant qui se développe sur Internet, et qui assure des revenus aux propriétaires des outils de recherches.

On n’a encore heureusement pas vu de références bibliographiques ou d’articles sponsorisés arrivant en tête des résultats d’une recherche !
   
On a pu voir dans cet article que les principes de facturation ou de non facturation de l’information professionnelle sont multiples, et qu’il n’y a pas de raisons que d’autres systèmes ne voient pas le jour.
   
On peut penser par exemple à l’idée que Pierre Buffet de Questel.Orbit avait évoquée lors de la Chemical Information Conference à Nimes en 1999, de considérer qu’une vérification dans une banque de données très chère de structures chimiques relevait plutôt d’une problématique d’assurance, car elle minimisait le risque de contrefaçon de brevets.

Il faudrait alors que toutes les sociétés potentiellement concernées paient un droit annuel d’un montant raisonnable, seules celles qui en ont l’utilité pouvant y avoir accès sans coût supplémentaire.
   
On évoquera aussi sans l’approfondir la problématique de la rediffusion des informations  sous forme électronique dans un organisme, rediffusion qui est facturée.
   

A CHACUN SON SYSTEME


L’essentiel pour conclure est que chacun choisisse un système qui lui soit économiquement et psychologiquement le plus acceptable, afin de pouvoir acquérir avec la tranquillité d’esprit nécessaire les informations dont il a besoin dans son activité.