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Bases, Numéro de Septembre 2003 - n°197 A la recherche de données prospectives |
Auteur : Aurélie Vathonne |
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Les données prospectives constituent une denrée précieuse, mais les
professionnels de l’information se trouvent parfois désorientés
pour les retrouver.
La difficulté tient sans doute au fait que les données de cette nature sont relativement disséminées et que le concept-même de donnée prospective est difficilement traduisible en mots-clés. Il existe pourtant un certain nombre de ressources, tant françaises qu’internationales, qui mériteraient sans doute d’être mieux connues, ainsi que des astuces de recherches dans les bases de données ou sur Internet. Petit état des lieux. Attardons-nous pour commencer sur la définition de la prospective. Ce domaine, dont certains attribuent l’invention au philosophe Gaston Berger en 1958, se veut résolument multi-disciplinaire : la prospective serait ainsi l’art d’imaginer de nouvelles configurations, en s’inspirant des tendances – de toutes les tendances – actuelles, d’anticiper, d’analyser les futurs possibles (les “futuribles”) et d’en tirer les conclusions sur les actions que l’on souhaite mener dans le présent pour y parvenir ou au contraire l’éviter. Elle trouve des applications dans de nombreux domaines : des projections démographiques à la prospective territoriale en passant par les mutations sociologiques, les évolutions de la santé, de l’environnement, pour n’en citer que quelques-uns, et bien sûr, l’anticipation économique pour tenter de prévoir l’état d’un marché dans le futur. La prospective peut donc a priori concerner aussi bien le décideur que l’homme politique, le scientifique que le sociologue. Des données de base sur cette démarche intellectuelle, telles que définitions, historique, textes fondateurs, revues essentielles et ouvrages fondamentaux, peuvent être trouvées sur les sites prospective.fr (en français) ou sur la page Future Studies Topics (en anglais). Mais si l’on souhaite aller plus loin, non plus cerner cette “multi-discipline” mais partir à la recherche des travaux prospectifs eux-mêmes, on exploitera avec bénéfice un certain nombre de ressources spécialisées. LES SITES INCONTOURNABLES EN FRANCESi l’on devait ne retenir qu’une seule source, ce serait celle-ci : le site du groupe Futuribles est sans conteste la référence du genre. Ce centre d’études créé il y a plus de 40 ans, analyse le futur et met “l’anticipation au service de l’action”. Il propose des prestations d’études, des formations, une base de données (payante) et des ouvrages. Dans la partie gratuite de son site, on trouve des comptes-rendus de conférences, une sélection de résumés d’articles ou d’articles en texte intégral issus de ses publications (Revue Futuribles, bulletin Vigie Info), ainsi que de nombreuses références de documents qu’il est possible de commander. L’index complet des articles de la revue Futuribles est accessible gratuitement. Mais le principal attrait reste la base de données Octave, qui rassemble plus de 5 000 références de documents prospectifs : articles de la revue Futuribles, mais aussi beaucoup d’analyses provenant de différentes sources, gratuites ou payantes, sélectionnées pour leur contribution à une meilleure compréhension des enjeux du futur. Du fait de son appartenance à un réseau international, Futuribles reçoit régulièrement une masse d’informations prospectives dans tous les domaines : géopolitique, démographie, santé, commerce international, mondialisation, environnement, éducation, industrie, transports, NTIC, sciences et recherche, travail, modes de vie, culture et croyances… La base de données Octave fédère ce riche contenu et permet d’y rechercher au moyen d’une interface conviviale : à l’aide du thésaurus, par mots du titre (en utilisant éventuellement les booléens ET (&), OU (/), SAUF (≠) et la troncature (@ ou *)), par date, par type de documents (article, brève, ouvrage, rapport, revue…). Les résultats apparaissent d’abord au sein d’une liste ; on peut ensuite visualiser un résumé du document et dans 40 % des cas environ, arriver jusqu’au document lui-même par le biais d’un lien PDF. Si l’accès au document final n’est pas possible, la référence donne systématiquement une adresse, un contact, ou un lien vers le bon de commande qui permettra à l’utilisateur de se le procurer. Le seul reproche que l’on pourrait faire tient au mode de facturation, puisqu’une seule formule forfaitaire est proposée pour le moment (1 000 e TTC pour un an). Bien que conforme à la valeur du contenu proposé, ce tarif est prohibitif pour l’utilisateur occasionnel et l’on souhaiterait voir se développer d’autres formules (accès limité à des périodes plus courtes, numéro de téléphone surtaxé délivrant des codes d’accès, etc). Le CEPII constitue également un site digne d’intérêt. Le Centre d’études prospectives et d’informations internationales est un organisme public créé en 1978 et placé auprès du Commissariat au Plan. L’accent est porté sur les interdépendances mondiales et leurs conséquences pour la France et pour l’Europe. Le CEPII est tout à la fois un centre de recherche en économie et un cabinet d’experts qui apporte sa connaissance auprès des décideurs publics et privés ou des partenaires sociaux. Il diffuse des publications disponibles en ligne sur son site en format PDF : La Lettre du CEPII (mensuel), l’Economie mondiale (annuel), EFN Economic Outlook (European Forecasting Network) et de nombreux documents de travail classés par ordre ante-chronologique. Il existe un moteur interne qui permet de rechercher les documents, mais les tests que nous avons menés ne plaident pas en faveur de son efficacité. L’utilisation du thésaurus (en cliquant par liens successifs) semble plus fiable. Le Commissariat Général du Plan propose sur son site une lettre mensuelle au format PDF et des résumés assez fournis de rapports dans différents domaines (Transports 2010, Santé 2010, Energies 2010-2020 : trois scénarios énergétiques pour la France) L’Association Prospective 2100 a pour but de promouvoir la prospective auprès des décideurs. Elle diffuse sur son site des scénarios du 21ème siècle dans tous les domaines à des horizons différents (2020, 2060, 2100). On y trouve également une bonne bibliothèque de liens. La Datar est incontournable pour la prospective territoriale. On y trouve notamment des informations sur les schémas de services collectifs dont le but est de planifier à 20 ans dans neuf secteurs (ensei-gnement supérieur/recherche, culture, santé, information & communication, transports, énergie, espaces naturels et sports). La rubrique Publications propose l’ensemble du catalo-gue de la Datar, avec les documents classés par années et accès aux résumés. On trouve enfin la revue Territoire 2020 en format PDF et même quelques études (exemple : Quelle France rurale pour 2020 ?) Comme on le voit, on dispose en France de centres de recherche reconnus et expérimentés ou d’organismes officiels qui offrent des ressources de qualité. LES SITES INCONTOURNABLES A L'INTERNATIONALEn dehors de l’Hexagone, l’utilisateur n’est pas en reste. La World Future Society, association internationale basée aux Etats-Unis, se proclame la plus importante et la plus ancienne organisation consacrée au futur. Le site permet de rechercher librement au sein des articles de The Futurist, revue bi-mensuelle publiée depuis 1967 par l’association. L’accès aux résumés (en anglais) est gratuit ; en revanche, l’accès aux articles en texte intégral est payant via un achat en ligne (plusieurs formules sont proposées du “pay per view” à l’achat groupé de 100 articles en passant par le pass 24 heures). D’autres publications ou services sont proposés : le Future Survey est un “digest” mensuel qui propose des résumés d’ouvrages, d’articles et de rapports concernant les prévisions, les tendances et les débats ayant lieu au sujet du futur. Cette publication existe depuis 1979 et l’accès en ligne est possible sur abonnement (98 $/an). Un résumé sélec-tionné chaque mois (“abstract of the month”) ainsi qu’au sommaire détaillé du numéro en cours sont en libre accès. Future Research Quaterly, revue trimestrielle de référence, se définit comme un forum pour tous ceux qui s’intéressent à la théorie, la méthodologie et la pratique de la prospective. Elle dispose d’un comité éditorial international et prestigieux. Seul le sommaire des numéros est accessible en ligne. L’abonnement à la revue coûte 99$/an pour les entreprises ou 77$/an pour les particuliers. Futurist Update permet d’accéder gratuitement aux résumés des articles qui seront présents dans le numéro à venir, avec des liens de références pour chaque sujet. Tous ces liens sont par ailleurs rassemblés dans la page “Click of the month”. Bien d’autres données sont accessibles librement sur ce site au riche contenu : sélection des dix prévisions les plus impor-tantes, critiques d’ouvrages, annonce de conférences, communiqués de presse, interviews… La World Futures Studies Federation a été créée dans les années 70 à l’initiative d’européens ; elle était alors basée à Paris. Depuis 1997, elle est présidée par des membres australiens mais se veut toujours internationale. Elle se consacre essentiellement à la prospective dans le domaine de l’éducation et la recherche. On s’attardera tout particulièrement sur les rubriques publications et resources qui offrent respectivement des documents en ligne – le plus souvent en format PDF – et une bibliothèque de liens bien fournie, ainsi que des informations sur les conférences du domaine. On regrette cependant l’absence de moteur, de thésaurus ou de classement thématique pour retrouver facilement les documents. Le site gigantesque et labyrinthique de l’OCDE comprend une partie “Etudes prospectives”. Il existe plusieurs modes de recherche et d’accès aux nombreux documents : par type de données (statistiques, docu-ments, données sur les pays), par le moteur interne du site qui permet de limiter la recherche à la partie Etudes prospectives, ou encore par des liens thématiques sur la gauche de l’écran (Afrique de l’Ouest, éducation, environnement, développement durable...). Le Millenium Project a été initié par le Conseil Américain pour l'Université des Nations Unies (AC/UNU) en coopération avec l'Institut Smithsonian, le Futures Group International et l'Université des Nations Unies (UNU). Depuis 1996, futurologues, universitaires, décisionnaires et planificateurs d'affaires de plus de 50 pays ont contribué avec leurs points de vues aux recherches du Projet Millénium. Le but initial du projet est d’organiser la recherche en prospective, de contribuer à une pensée globale et à jour sur le futur, et de diffuser ces travaux. Aujourd'hui, un réseau international collabore à la recherche. Il se définit comme un groupe de réflexion géographiquement et institutionnellement dispersé. Un répertoire de scénarios dits “globaux” propose des analyses du futur à plus ou moins longue échéance (2025, 2050... et même 3000) ; une matrice du futur permet en un seul clic d’accéder à différents types de données ou ressources (scénarios, défis, actions, indicateurs, développements, données régionales, sites Web…) pour différents thèmes (démographie, environnement, technologie, politique, écono-mie, prospective globale). Un moteur de recherche sur la page d’accueil permet d’introduire des mots-clés. La Cellule de Prospective de la Commission Européenne semble ne plus exister, mais des anciennes pages du site sont toujours accessibles : on y trouve toujours de nombreux documents dont la série Scénarios Europe 2010 en français, anglais, italien et allemand. PROSPECTIVE SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUEDans le domaine scientifique et technologique, on pourra se tourner vers le Laboratoire scientique et technique de recherche de l’Union Européenne. Rattaché à la Commission Européenne, c’est une Direction générale à part entière qui est constituée de sept instituts parmi lesquels l’IPTS (Institute for Prospective Technological Studies). Le but de cet institut basé à Séville en Espagne, est de promouvoir et permettre une meilleure compréhension des liens entre technologie, économie et société. On trouve sur le site de nombreux rapports téléchargeables en format PDF, et disponible en anglais, français, espagnol et allemand. En France, l’OST (Observatoire des sciences et des techniques) est un Groupement d’intérêt public doté d’un comité scientifique et de prospective ; il a notamment pour mission de participer à l’analyse stratégique et prospective des politiques publiques de recherche à l’échelle française et européenne. Ses travaux concernent tous ceux, chercheurs ou non, qui s’intéressent à l’avenir des sciences et des techniques. On trouve sur le site les sommaires des rapports produits par ce groupement, la lettre de l’OST ainsi que des études et dossiers (exemple : La recherche scientifique française : les enseignants-chercheurs et les chercheurs des EPST – situation démographique le 31.12.2000 et perspective des départs de 2001 à 2012). L’INRIA, Institut national de recherche en informatique et en automatique, établissement placé sous la double tutelle du Ministère de la recherche et du Ministère de l’économie, exerce une activité de prospective importante : toute une partie de son site met à disposition des rapports de prospective scientifique, d’origine INRIA ou non, qui tentent d’éclairer l’évolution des domaines scientifiques sur lesquels travaille l’institut. Ce tour d’horizon du Net, fatalement sélectif, ne saurait se suffire à lui-même, car des données prospectives se trouvent aussi dans nos bonnes vieilles bases de données. Certaines revues de prospective – comme The Futurist ou Futures – sont accessibles en tout ou en partie, en texte complet ou en résumé, sur des serveurs comme Factiva et LexisNexis. Mais ce sont surtout les astuces de recherche qui s’avèreront payantes pour retrouver des données prospectives. LES ASTUCES DE RECHERCHEAinsi, lorsqu’on scrute attentivement l’indexation de Delphes, on note la présence d’un descripteur “prospective” (code 10-2051) mais attention : il appartient au champ sémantique consacré à la science. On retiendra plutôt l’utilisation de l’expression normalisée du résumé “données prospectives”, qui est à rechercher dans le texte du résumé. Dans Promt (fichier 16 sur Dialog), le code événement EC=01 semble bien approprié (Forecasts, Trends, Outlook) ; dans Business & Industry (fichier 9 sur Dialog), on peut utiliser le concept term “Trends”. Le “smart indexing” de LexisNexis propose les descripteurs Trends et Futures. Sur Factiva en revanche, l’“intelligent indexing” n’offre pas de code spécifique pour la prospective, mais on trouve dans la rubrique Choix de la rédaction, classés par marchés, des artricles sur les tendances plutôt à court terme. Lorsqu’aucune indexation n’est disponible, outre l’utilisation du vocabulaire associé à la prospective (voir encadré), une technique peut consister à rechercher dans le titre la présence des années visées (2010, 2020, 2050) et de croiser ce critère avec des mots-clés associés au secteur recherché dans le titre, le chapô ou les descripteurs. Cette méthode est également valable dans la recherche d’études de marché, les titres d’études prospectives étant souvent formulés ainsi “Telecom sector in India : Vision 2020”, “Food & Drink to 2008”, “Global Mobile forecasts to 2010”. Sur Internet, une limitation aux fichiers de type PDF peut s’avérer pertinente pour identifier rapidement les rapports de synthèse. Exemple : transport OR transports OR transportation intitle:2025 filetype:pdf (sur Google). La démarche prospective était le fait de quelques précurseurs il y a une trentaine d’années, mais elle a gagné peu à peu du terrain dans tous les milieux et continue de se développer en France comme à l’international. A une époque charnière, entre deux siècles et même deux millénaires, elle prospère sur les besoins qu’on éprouve à faire tout à la fois un bilan et un pronostic sur les années à venir. Ce sujet passionant, constam-ment à la rencontre du futur, a de belles années devant lui.
Il faut bien entendu associer ce vocabulaire à des mots-clés caractéristiques du domaine que l’on souhaite étudier.
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